MALTESE
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À la suite de l'assassinat, sous ses yeux, de son meilleur ami et de sa femme le jour de leurs noces à Trapani, le commissaire Dario Maltese (Kim Rossi Stuart, vu dans Romanzo Criminale) obtient son transfert dans sa Sicile natale. Soupçonnant la mafia d'en être la commanditaire, il va enquêter sur ce double meurtre, dénouant les fils d'une relation entre l'organisation criminelle et les sphères politiques et économiques italiennes. Le co-créateur de l'excellente série Gomorra, Leonardo Fasoli, et sa scénariste Maddalena Ravagli partent de ce canevas ultra classique pour délier un thriller policier réaliste, âpre, fascinant malgré sa reconstruction un peu pâteuse des années 70. Maltese est d'ailleurs un hommage évident à un monument télévisuel italien, la série Mafia (avec Michele Placido, diffusée dans les années 80). Basé sur des faits réels, Maltese(sous-titré Le Roman d'un commissaire en italien) incarne, aux côtés de ses cousines Gomorra ou encore Squadra Criminale, la bella figura de la fiction policière italienne. N.BSon nom est devenu une insulte pas bien méchante, le signe d'une incroyable maladresse. Comédien plus à l'aise avec ses jambes qu'avec sa langue, Pierre Richard, issu d'une grande famille d'entrepreneurs, a longtemps incarné le Français normal, moyen et gauche. Clown, poète, flamand rose, danseur souple au corps burlesque, Pierre Defays -son vrai nom- a refusé d'entrer dans la compagnie de Béjart. Et préféré faire équipe avec Victor Lanoux au cabaret. Au-delà de son personnage innocent et naïf qui ne veut ou ne peut s'adapter à la société qui l'entoure, le grand blond avec une chaussure noire s'est aussi, dans les années 70, lancé dans la réalisation, les films d'opposition et le burlesque dénonciateur. Il s'est attaqué aux marchands d'armes (Je sais rien, mais je dirai tout), à l'abrutissement des masses par les jeux télé (Les Malheurs d'Alfred) et à l'envahissement de notre société par la publicité (Le Distrait)... Pierre-François Martin-Laval, Georges Lautner, Gérard Oury et Francis Veber se mêlent au directeur de la cinémathèque, à son biographe, aux images d'archives et aux extraits de films pour brosser un chouette et éclairant portrait de ce héros très distrait. J.BTroisième épisode d'une saga comique des plus irrésistibles, Le Retour de la Panthère rose voit l'inspecteur Clouseau enquêter sur le vol du célèbre diamant donnant son nom à la série. L'intrigue tissée de rebondissements et de catastrophes, comme seul Clouseau peut en provoquer, structure efficacement un spectacle qui brille bien entendu surtout par ses gags, et par l'interprétation du génial Peter Sellers. Lequel se déchaîne comme il a pu le faire dans les deux premiers épisodes et dans le chef-d'oeuvre absolu de sa collaboration avec le réalisateur Blake Edwards: The Party (1968). On ne boude pas un tel plaisir! D'autant que les partenaires de Sellers font fort eux aussi. Parmi eux, on reconnaît Christopher Plummer, l'acteur qui allait remplacer (42 ans plus tard!) un Kevin Spacey littéralement effacé dans Tout l'argent du monde, avec à la clé une nomination à l'Oscar... L.DLa deuxième saison de Legion à peine terminée aux États-Unis a laissé toute tentative d'explication logique sur le carreau, et rincé les cerveaux par ses tourbillons temporels extatiques et ses ruptures narratives. Dans les marges des rutilantes machines du Marvel Cinematic Universe et de ses valeurs héroïques saupoudrées de critiques socio-politique, le récit schizoïde de la guerre sanglante entre les forces du mal et David Haller, fils putatif du Pr. Xavier, esprit extrêmement perturbé par de multiples et imprévisibles personnalités, suit sa course folle et prend la tangente sous nos yeux écarquillés. Une fois sortie de l'asile d'aliénés, la lutte entre le Bien et le Mal que semblait augurer la fin de la première saison s'est muée, à la faveur d'un saut dans le temps dont il nous revient, épisode après épisode, de retracer le cours, en un kaléidoscope terrifiant dans lequel les ennemis extérieurs et intérieurs sont de plus en plus difficiles à distinguer. On songerait à Westworld pour le scénario retors, à Breaking Badpour la gestion d'une tension dramatique effrayante, on serait encore loin du compte, tant le burlesque, la comédie, le psychédélique paient ici chacun leur tournée. Et si tout se jouait dans le cerveau malade de David, incarné par un sobre et inquiétant Dan Stevens, entouré par Jemaine Clement (Flight of the Conchords) placide à souhait, et les formidables Aubrey Plaza et Rachel Keller en alter ego féminins? Legion ne vous donnera aucune clé, ne vous prendra pas par la main, ne vous tissera aucun fil d'Ariane, il va vous retourner comme une crêpe, vous charmer, vous sidérer puis vous estomaquer. De ce récit fragmentaire, ébouriffant et aussi occulte qu'un film de David Lynch, émergent tout de même des morceaux de pure jouissance visuelle, des scènes mêlant -notamment- des images tournées et animées qui rendent à la perfection l'ambiance tourmentée du comics original (ce qu'ont raté les franchises Netflix des Defenders). Parce qu'ils sont avant tout joueurs, ses épisodes à la longueur irrégulière ne démarrent presque jamais sur les bases du précédent et ordonnent au spectateur de repartir avec un regard neuf. La grande réussite de cette série, et ce qui va probablement aussi l'éloigner d'une frange du public, est qu'en nous balançant dans ce tsunami télévisuel d'une magnitude sans équivalent, elle semble nous intimer l'ordre de penser à travers tout: le chaos organisé, la multiplicité des sollicitations d'un monde ultra connecté et aliénant, l'effroi, la folie, la solitude et le désespoir. N.B