CHIMERICA

Minisérie créée par Lucy Kirkwood. Avec Alessandro Nivola, Terry Chen, Ty Simpkins. ***(*)

Samedi 28/9, 20h30, Be Séries.

Trente ans après les événements qui ont ensanglanté la place Tiananmen, à Pékin, un photographe américain part à la recherche de l'icône de ce 5 juin 1989: "l'homme au char", cet étudiant en chemise blanche qui s'était dressé devant les blindés de l'armée chinoise, venus réprimer la contestation grandissante. À partir d'une pièce écrite par la dramaturge Lucy Kirkwood (coscénariste de la série Skins), cette minisérie en quatre épisodes, captivante et réaliste, relève du thriller historico-politique à tiroirs, questionnant la dimension iconique des images médiatiques, la manière dont elles figent un instant dans le temps et encadrent sa lecture. Mis en cause dans une sale histoire de cliché truqué, le photographe Lee Berger (Alessandro Nivola) décide de mettre à profit sa mise au placard pour retrouver la trace de celui dont le courage, montré de dos, avait ébloui le monde et secoué le régime totalitariste. Aidé par son contact Zhang Lin (Terry Chen), il revisite les faits, questionne la société chinoise, s'embarque dans une quête dont les ramifications le renvoient à l'Histoire et au destin de sa propre démocratie. Reflet d'une époque où le Brexit, Trump, les hackers russes et la realpolitik exploitent les failles d'un système jugé infaillible, Chimerica parle avec sagacité, et en évitant soigneusement l'ethnocentrisme béat, de nos désillusions. N.B.

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CHAMPIONNATS DU MONDE DE CYCLISME

Dimanche 29/9, 13h40, La Une.

Ce sera l'une grandes attractions de l'épreuve. Un an après ses deux titres mondiaux chez les juniors (course en ligne et contre-la-montre), le phénomène Remco Evenepoel participera sur les routes nerveuses et techniques du Yorkshire à ses premiers Championnats du monde professionnels. "On ne connaît pas les limites d'un talent pareil, déclarait au sujet de sa sélection le coach fédéral Rik Verbrugghe. Il a été chercher les bidons pour ses équipiers avant d'attaquer dans le final", enchérissait-il concernant sa victoire à la Clásica San Sebastián. Âgé de seulement 19 ans, le petit Cannibale comme certains l'ont déjà baptisé pourra à tout le moins engranger de l'expérience dans une équipe belge qui a fière allure, emmenée par Greg Van Avermaet et Philippe Gilbert. Il faudra bien ça pour empêcher les grands favoris, le Néerlandais Mathieu van der Poel et le Français Julian Alaphilippe, de filer en Angleterre vers la tunique arc-en-ciel. J.B.

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KESSEL, UN LION

Documentaire de Marie Brunet-Debaines. ***(*)

Dimanche 29/9, 22h45, Arte.

Il se rêvait acteur et en avait le charisme. Il voulait tout voir, tout comprendre, tout vivre. Grand voyageur et grand reporter, écrivain résistant et globe-trotter patenté, Joseph Kessel a étincelé dans le récit d'aventure, écrit avec son neveu Le Chant des partisans et été le premier journaliste admis à l'Académie française. Mais qui était vraiment l'auteur du Lion, de L'Équipage et de L'Armée des ombres, ces best-sellers devenus par la suite des films à succès? C'est ce que raconte Marie Brunet-Debaines avec des images d'archive, des séquences d'animation et des extraits lus de son oeuvre. Noceur, baroudeur... La frénésie des voyages lui est tombée dessus à l'enfance. Et avec elle, une inimitable passion pour le genre humain. Né en Argentine de parents russes, Kessel a suivi la résistance irlandaise contre l'occupant britannique, deux guerres mondiales, les procès de Nuremberg, la naissance d'Israël... Le portrait trépidant et douloureux (entre le suicide de son frère et la mort de sa femme) d'un témoin privilégié du siècle passé. J.B.

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LE DOULOS

Film policier de Jean-Pierre Melville. Avec Jean-Paul Belmondo, Serge Reggiani, Michel Piccoli. 1962. ****

Lundi 30/9, 20h50, France 5.

Aucun autre cinéaste français, même l'excellent Jacques Becker, n'aura mis en scène le milieu criminel avec l'éloquence de Jean-Pierre Melville. Du Deuxième Souffle (1966) à Un flic (1972) en passant par Le Samouraï (1967) et Le Cercle rouge (1970), le grand réalisateur disparu à 55 ans seulement aura signé quelques sommets parfaitement fascinants entre polar tendu et film de gangsters. Le premier de la série date de 1962 et tire son titre d'un mot d'argot désignant un chapeau... Mais aussi un indicateur de la police. Il est bien question de "balance" dans ce récit centré sur un ex-détenu reprenant la voie du crime et son meilleur ami soupçonné de renseigner les flics. Le tandem Serge Reggiani/Jean-Paul Belmondo joue juste et bien dans une adaptation très personnelle et réussie d'un roman de Pierre Lesou, paru dans la fameuse collection Série noire. L.D.

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THE SERVANT

Drame de Joseph Losey. Avec Dirk Bogarde, Sarah Miles, James Fox. 1963. ****

Mardi 1/10, 21h10, La Trois.

À Londres, un jeune aristocrate (James Fox) emménage dans une vaste et belle demeure. Il engage un domestique (Dirk Bogarde) avec lequel va s'engager une relation complexe. Hugo sert son maître indolent Tony de manière impeccable, au point qu'une certaine complicité naît entre eux. Susan (Wendy Craig), la fiancée de Tony, soupçonnera pourtant vite Hugo et Vera (Sarah Miles), que le valet présente comme étant sa soeur, de jouer un double jeu... Fascinant quatuor que celui de ce film au charme vénéneux, portant indubitablement la marque de son scénariste, le brillant dramaturge Harold Pinter. Joseph Losey, grand cinéaste aujourd'hui injustement oublié, fait son miel de ces personnages et de leurs rapports de pouvoir sur fond de réalité sociale (le système de classes et même de castes) mais aussi de fantasme (sado-masochiste) et de tension sexuelle. Une oeuvre captivante, à voir ou à revoir pour tout cinéphile. L.D.

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REAL MADRID-FC BRUGES

Mardi 1/10, 18h55, Club RTL.

Le tirage au sort des compétitions européennes a réservé de fameux adversaires et de solides affiches aux clubs de football belges. Avant d'affronter le PSG et de retrouver un certain Thomas Meunier (qui semble revenir dans le coup du côté du parc des Princes), le FC Bruges, auteur d'un partage à domicile contre Galatasaray, se rend ce mardi au Santiago-Bernabeu pour affronter le Real Madrid, Thibaut Courtois et Eden Hazard actuellement derniers de la poule. Spectacle garanti aussi le lendemain dans le groupe E. Genk, le champion de Belgique en titre (qui a déjà été étrillé à Salzbourg lors de la première journée et devra aussi se farcir Liverpool) accueille Naples et un Dries Mertens en feu. Ajoutez à cela le déplacement du Standard à Arsenal jeudi en Europa League et vous aurez une idée de la tâche ardue qui attend les nôtres cette semaine sur les différentes scènes continentales. J.B.

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LOCH NESS

Minisérie créée par Stephen Brady. Avec Laura Fraser, Siobhan Finneran, Don Gilet. ***

Mercredi 2/10, 21h05, La Trois.

Le schéma est devenu désespérément classique: une série de meurtres frappant une communauté semi-recluse et vérolée de non-dits, une forêt et un lac pour réveiller les peurs, des monstres humains pour les attiser, des plans de drones sur des paysages arborés préfigurant les lourds secrets qui y planent. Ajoutez à cela des inspecteurs hors d'usage ou hors normes et vous avez l'équivalent en série du fond de gras en cuisine. Le fait que l'enquête se situe ici au pays de l'énigme ou du hoax le plus stéréotypé du monde moderne aurait pu rajouter une mise en abyme douloureuse à ces poncifs devenus irritants. Contre toute attente, l'intrigue policière classique est sauvée de la noyade par le label d'écriture so British des dialogues, le jeu bien rôdé des acteurs, Laura Fraser (Breaking Bad) et Siobhan Finneran (Downton Abbey) en tête, et un humour aussi noir que les eaux du Loch Ness. À découvrir dans le cadre de la nouvelle offre "Series Corner" de la RTBF, sur La Trois et Auvio. N.B.

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UNE VISION DU FUTUR: L'ART TRANSGÉNIQUE ET L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Documentaire de Tanja Küchle. ***(*)

Mercredi 2/10, 22h40, Arte.

Ils travaillent avec des spécialistes, des scientifiques, des laboratoires de neuroscience... L'un (Tomás Saraceno) réfléchit à la société post énergies fossiles. Une autre (Maja Smrekar) a inséminé un de ses ovules avec le sperme de son chien. Les nouvelles technologies sont en train de tout changer. Elles modifient nos vies, nos corps, nos questionnements existentiels. Pourquoi ne bousculeraient- elles pas l'art? Le documentaire de Tanja Küchle s'intéresse au travail d'hommes et de femmes qui ne sont pas des devins mais explorent les possibilités de notre présent et montrent à quoi pourrait ressembler l'avenir. D'où venons-nous? que sommes-nous? où allons-nous? Ils ont beau nourrir les mêmes interrogations que Gauguin, la révolution en cours est comparable à l'arrivée de la photo et du cinéma. L'oeuvre d'art se redéfinit chaque jour. La notion de public évolue. Et pendant ce temps, les questions se bousculent. Le jeu immersif augmente-t-il l'empathie envers les victimes du changement climatique (Marina Abramovic)? Que se passerait-il si on laissait les machines accéder à nos pensées les plus intimes, à nos sentiments, à nos rêves? Les programmes d'intelligence artificielle sont-ils les artistes de demain? Une passionnante immersion au milieu des penseurs, chercheurs et visionnaires de la culture. J.B.

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JETT

Série créée par Sebastian Gutierrez. Avec Carla Gugino, Giancarlo Esposito, Elena Anaya. ***(*)

Jeudi 3/10, 21h00, Be 1.

Sortie de la cuisse de Cinemax, la chaîne câblée qui nous en a mis plein les yeux avec Banshee, Jett est un thriller funky, sexy, saignant et bien éclaté, construit autour de son personnage principal incarné par l'incandescente Carla Gugino (The Haunting of Hill House, Wayward Pines). Derrière la caméra, c'est Sebastian Gutierrez, son compagnon, qui opère (il l'a mise en scène dans une dizaine de films depuis 1998 et Judas Kiss). La voici sous les traits de Daisy "Jett" Kowalski, experte de la cambriole et ex-taularde, forcée de reprendre du service auprès de son ancien amant, un bandit sanguinaire prénommé Baudelaire, qui menace sa fille des pires atrocités. Rythmés à la soul et au funk, découpés à la scie américaine, boulonnés aux sauts dans le temps, pétris de pop culture et de références, les premiers épisodes laissent espérer une série aussi divertissante que délicieusement ramenarde, au style enlevé et épicé par la présence de son actrice principale, entre riot grrrl et femme fatale. N.B.

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LE MONDE SELON AMAZON

Documentaire d'Adrien Pinon et Thomas Lafarge. ***(*)

Jeudi 3/10, 23h05, La Une.

La planète est-elle assez vaste pour subvenir à l'appétit vorace de Jeff Bezos, cet homme qui pèse plus de cent milliards de dollars? Vendre tout, tout de suite, partout, tel est le credo de l'homme qui, à l'abri des regards et sans l'ombre d'une perspective humaine, a assujetti la consommation à son incontournable machine à clics. Son emprise sur le monde, basée sur une mécanique de main-d'oeuvre impitoyable et la domestication du marché de Wall Street est-elle réellement incontournable? La captivante enquête de Pinon et Lafarge remonte à la genèse, bifurque par la fulgurante ascendance et débouche sur l'omnipotence, cette tentaculaire mainmise de la multinationale sur ce qui ressemble à une arène privée (bâtie sur les cendres de la concurrence, cela va sans dire). Qu'en est-il de nos données (un tiers du cloud mondial est hébergé par Amazon)? Quelles sont, à moyen terme, les conséquences sociales et économiques? Le politique va-t-il se risquer à juguler le rouleau compresseur en marche et son écrasante conception du monde? Préoccupant... M.U.

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LEGION (SAISON 3)

Série créée par Noah Hawley. Avec Dan Stevens, Rachel Keller, Aubrey Plaza. ****(*)

Vendredi 4/10, 20h30, Be Séries.

De tous les mutants nés des esprits torturés de Chris Claremont et Bill Sienkiewicz (Marvel), Legion/David Haller est le plus complexe. Il fallait pour le transposer à l'écran tout le talent et la liberté de ton de Noah Hawley (Fargo). Après deux saisons suprêmement audacieuses, la troisième confirme que Legion est bel et bien une série visionnaire, pensée pour ces temps chaotiques, où la raison perd son chemin dans une réalité éclatée, où rien ne semble plus correspondre ni au bien ni au mal, ni à aucune zone de gris. Car de gris, il y en a peu dans l'univers de Legion, cette éclosion de couleurs, ce mariage permanent de la nuance et de l'exubérance, du calme et de la tempête, de l'accélération et de la lenteur, de Stanley Kubrick et de Wes Anderson, de Lewis Caroll et de William Burroughs. Alors que Hawley avait toujours évité de lier son personnage à la galaxie X-Men, malgré sa filiation au Professeur Xavier, ce dernier fait une entrée remarquée dans la lutte contre (ou avec) l'ennemi juré, Amahl Farouk. Rien n'est jamais simple dans un récit aussi cryptique et polysémique que Twin Peaks, mais qui ne récolte pas encore l'abondante exégèse entourant l'oeuvre lynchienne. Il le mérite pourtant. N.B.