TOUR DE FRANCE
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Une première semaine compliquée, beaucoup de montagne mais seulement trois arrivées au sommet. Un Arras-Roubaix avec quinze secteurs pavés et un seul chrono de 30 kilomètres, pour puncheurs, sur les toboggans du Pays basque... Le Tour de France 2018 s'annonce piégeux. D'autant que pour renforcer la sécurité des coureurs et dynamiser la course, les équipes ne compteront plus au départ neuf mais seulement huit éléments. Bardet, Dumoulin, Porte, Urán, Nibali? Qui est en mesure d'arrêter l'épouvantail Chris Froome? Soupçonné de dopage, le tenant du titre rêve de rejoindre Hinault, Anquetil, Merckx et Indurain au rang des quintuples vainqueurs de la Grande Boucle, mais sera-t-il seulement au départ? Emmenés par Quintana, Valverde et Landa, les Movistar sont bien décidés à frapper un grand coup et à secouer les Sky. C'est parti pour trois semaines de sprints, de chutes, de fringales, de soupçons et de grand spectacle. J.BDeux documentaires. Deux documentaires ce dimanche soir, à quelques jours de son coup d'envoi, pour fêter comme il se doit la trentième édition du festival de Dour. Jacques de Pierpont, Rudy Léonet, Jérôme Colin, Alexandra Vassen, Sylvestre Defontaine... Happy Birthday Dour You, programmé par la RTBF, est une plongée sympa et sans prétention d'une petite demi-heure dans l'esprit dourois raconté essentiellement par des journalistes maison. Diffusée par Be1, la proposition de Vincent Philippart se veut nettement plus intéressante et audacieuse. L'ingénieur du son (entre autres de dEUS et de Rone) et son comparse Dominique Henry se sont promenés pendant plus de deux mois, étalés sur deux années, dans les coulisses de l'événement hennuyer. Le tandem a suivi son directeur, ses programmateurs, ses bénévoles, les forces de l'ordre ou encore les services de secours pour croquer des mini-portraits entrelacés qui racontent le festival comme microcosme de notre société. Un peu à la Strip-Tease (en moins mordant et grinçant mais non dénué d'humour et plus pertinent), From toilets to stages montre moins l'atmosphère de Dour et son esprit qu'il étudie sociologiquement, à travers l'humain, son évolution. À voir et à méditer. J.BLe succès en 2014 de Gone Girl de David Fincher, adapté du roman éponyme de Gillian Flynn, a montré à quel point la matière littéraire de l'auteure américaine trouvait des formes avantageuses à l'écran. Peu étonnant donc que son premier livre, Sharp Objects, se retrouve transposé en mini-série, après quelques projets cinéma avortés. Plus étonnante est la liste assez gourmande de noms réunis au générique: Marti Noxon (Buffy et les vampires) en showrunner, Jean-Marc Vallée (Big Little Lies) à la réalisation et, au casting, Elizabeth Perkins (Weeds), Patricia Clarckson (Six Feet Under) et Amy Adams (Arrival). Cette dernière est Camille, journaliste d'un quotidien de Saint-Louis, forcée par son rédacteur en chef de retourner dans son patelin natal du Missouri pour un papier d'ambiance sur la disparition et le meurtre de deux jeunes filles. L'occasion de renouer avec sa mère narcissique, toxique et vitupérante (Clarckson), une demi-soeur effrontée (Eliza Scanlen) et les spectres d'un passé obscurci par la mort tragique de sa jeune soeur durant leur adolescence, qui lui reviennent par vagues suffocantes. En rencontrant la police locale, les familles éplorées, des habitants hagards et une mère de substitution (Perkins), Camille extirpe les pièces d'un puzzle qui dépasse l'enquête policière pour plonger dans une psyché sombre, glaçante et forcément éprouvante. Polar gore, thriller policier, film d'horreur, histoire de fantômes, fresque contemplative et morbide de l'Amérique bon teint et de son pendant white trash, Sharp Objects est un peu tout cela à la fois. Et aussi bien plus: une oeuvre qui définit les frontières de son propre style, mosaïque nébuleuse d'un passé qui vient contaminer le présent ou lui offrir les clés d'une résolution que tous semblent redouter. Adams est formidable de tristesse et de sarcasme dans le rôle de cette femme revenue des cercles de l'enfer et d'un séjour en hôpital psychiatrique avec une manie de l'automutilation par scarification et de l'autodestruction à coup d'alcool, de clopes et de solitude mal consentie. Plus qu'une adaptation d'un roman sur petit écran, les premiers épisodes laissent sentir une traduction littérale du texte vers les images, qui donnent à voir sa complexité, ses enchevêtrements temporels, ses descriptions tour à tour vaporeuses ou précises des souvenirs, des pensées, des émotions, des décors, de la souffrance humaine et de ce qui les relient les uns aux autres. Constellé de réminiscences, le récit évolue au rythme des glissements chaotiques du passé au présent, de détails et d'indices subtils, de dialogues tendus et de moments éthérés, mis en scène en mode coup de force par Jean-Marc Vallée, qui signe une réalisation où images, regards, non-dits, musiques et fonds sonores se répondent jusqu'au vertige. N.BUn des plus beaux films du monde, et la quintessence de l'oeuvre de Tim Burton, maître de l'étrange et de l'émotion singulière. Johnny Depp y incarne l'Edward du titre, un jeune homme créé artificiellement par un émule au grand coeur du docteur Frankenstein (Vincent Price, dans son ultime apparition à l'écran). Son inventeur de père décédant brutalement avant d'avoir pu le "finir", le candide et talentueux Edward se trouvera livré à lui-même dans un univers de banlieue américaine typique où une famille le prendra sous son aile... Tim Burton réussit un miracle d'équilibre entre folle inspiration visuelle, humour affectueux, hymne à la différence et poésie romantique confrontée à la haine visant les "monstres". Johnny Depp signe une interprétation magique. La première d'une longue série pour un réalisateur ayant fait de lui, au fil des années, un merveilleux alter ego. L.D