DANS UNE PHOTO DE PIERRE ET GILLES

Documentaire d'Élisabeth Couturier et Chantal Lasbats. ***(*)

Samedi 27/4, 22.30, France 5.

Initiative originale et didactique, la collection documentaire Influences, une Histoire de l'art au présent a aussi une dimension presque magique, dévoilant la naissance d'oeuvres artistiques et leur processus de fabrication. Avant de se pencher sur le travail de Denis Podalydès, d'Enki Bilal ou encore d'Isabelle Huppert, la série s'intéresse ce samedi au boulot de Pierre et Gilles. Depuis plus de 40 ans, Pierre, le photographe, et Gilles, le peintre, créent à quatre mains des portraits singuliers et colorés d'anonymes et de célébrités. On leur doit d'ailleurs quelques reconnaissables pochettes de disques (La Notte d'Étienne Daho, le Enchanted de Marc Almond...) et affiches de films (La Reine blanche, Les Amants criminels). Peinture, cinéma, photo... Images pieuses, héros mythologiques, univers bollywoodien... Dans leur maison atelier, les deux hommes racontent leur vie, leurs influences, leurs oeuvres. L'un sort son travail de fin d'étude. L'autre revient sur une photo d'Iggy Pop. Mais tandis qu'Eddy de Pretto se prête au jeu, le couple met surtout en lumière une méthode de travail garantie sans Photoshop ni trucages. Fabrication des décors, immortalisation du moment et mise en valeur au pinceau. Artisanale, la photographie peinte de Pierre et Gilles nécessitait bien ce making of.

J.B.

SUR LES QUAIS

Drame d'Elia Kazan. Avec Marlon Brando, Karl Malden, Eva Marie Saint. 1954. ****

Lundi 29/4, 20.55, Arte.

© DR

Le syndicat des dockers est puissant au port de New York où travaille Terry Malloy (Marlin Brando). Ex-boxeur, ce dernier tombe amoureux d'une jeune femme (Eva Marie Saint) qui souhaite exposer les dérives mafieuses du syndicat. Mais le propre frère de Terry (Rod Steiger) y est impliqué. De quoi placer le jeune docker devant un cruel dilemme. D'autant que le sang a coulé... Inspiré d'une série de reportages publiés dans le New York Sun, Sur les quais nous plonge dans une réalité sociale et criminelle des plus sombres. Elia Kazan donne une grande puissance à un récit qu'incarnent des acteurs à la forte présence physique. Dans le rôle principal, Marlon Brando est formidable d'intensité. Tourné à l'époque du maccarthysme et de la chasse aux sorcières communistes, le film fut accusé par certains d'anti-syndicalisme opportuniste. Il reste, en tout état de cause, un classique du cinéma social des années 1950.

L.D.

L'HOMME A MANGÉ LA TERRE

Documentaire de Jean-Robert Viallet. ****

Lundi 29/4, 21.30, Arte.

© Jean-Robert Viallet

On ne vous l'apprend plus. L'impact de l'homme sur la nature est démesuré. Mais pouviez-vous ne serait-ce qu'envisager la suite? Nous aurions carrément provoqué une nouvelle ère de l'Histoire de notre planète. L'Anthropocène, concept qui divise, serait cette "époque durant laquelle l'influence de l'être humain sur la biosphère est telle, qu'elle est devenue une force majeure capable de progressivement bouleverser la croûte terrestre". Affirmons-le sans fard, le progrès, notre raison d'être depuis près de deux siècles, a tout d'abord considérablement amélioré notre mode de vie. Quelque 1 400 milliards de tonnes de CO2 plus tard, l'humanité tire un peu la langue. Ce documentaire s'attache à décortiquer les faits marquants, les bouleversements scientifiques, les choix politiques et les égarements industriels qui sont à l'origine de cette révolution géologique d'une ampleur irréversible. Aux premières heures de la révolution industrielle donc, le globe devient le terrain de jeu de puissants empires qui s'octroient le droit de dépouiller son plancher de ses ressources. Le potentiel économique du maniement de ces énergies fossiles irrigue à perpétuité l'atmosphère de CO2, ce poison qui nous ronge chaque jour un peu plus. Bien sûr, les guerres stimulent à grands coups de canons la production massive et le génie technique déployé à foudroyer l'ennemi ne parvient qu'à désintégrer davantage le vivant. Des pesticides aux dérives de l'agro-alimentaire, de l'automobile au plastique en passant par le nucléaire, la marche en avant de la mondialisation aveugle et capitaliste n'a pas de brides. Le mode de vie développé depuis le début du 19e siècle est caduc et les certitudes d'antan n'en finissent plus de s'évanouir. Si l'homme s'est goinfré, la Terre crève la dalle. Ce reportage (diffusé également sur Arte mardi à 22.10), passionnant tout du long, didactique et admirablement illustré d'archives globales, attriste autant qu'il documente, soucieux de pointer, pessimiste, les erreurs et les approximations du rouleau compresseur de la modernité.

M.U.

DU RIFIFI CHEZ LES HOMMMES

Film policier de Jules Dassin. Avec Jean Servais, Carl Möhner, Robert Manuel. 1955. ****(*)

Lundi 29/4, 23.35, France 5.

© DR

Les beaux jours de Tony le Stéphanois sont derrière lui. La prison et la maladie lui ont fait perdre de sa superbe. Pour se refaire, il projette avec quelques complices un coup qui se révélera fumant. Mais une bande rivale voudra s'emparer du magot, entraînant un conflit aux conséquences tragiques... Du polar, du bon, du très bon même. Filmé à même les zincs et les pavés d'un Paris tout ce qu'il y a de plus réel. Jules Dassin (par ailleurs papa de Joe) est un réalisateur de haut vol. Du rififi chez les hommes est un de ses meilleurs films, primé au Festival de Cannes et ayant sa place dans toute anthologie du cinéma policier qui se respecte. Dans le rôle de Tony, un acteur belge: Jean Servais. Lequel trouve un de ses rares grands rôles dans l'adaptation du roman d'Auguste Le Breton, écrivain spécialiste des caïds et du "milieu", ici admirablement servi par le cinéma.

L.D.

LE RÉSOLU

Documentaire de Giovanni Donfrancesco. ***(*)

Lundi 29/4, 00.10, Arte.

© donfrancesco

"Tout était fait pour nous laver le cerveau. On volait. On réquisitionnait. On frappait les gens. (...) Les Juifs, je les ai braqués. Dépouillés de tout ce qu'ils avaient. Les femmes pleuraient. "Pitié, ne me l'enlevez pas." Aucune compassion. On était une bande de salauds. Rien de plus. C'est ce qu'ils avaient fait de nous."

Délaissé par ses parents, élevé dès l'âge de six ans à l'Hospice des pauvres où l'on priait pour Dieu et le Duce et participait à des marches en uniformes de petits fascistes, Piero Bonamico avait à peine quinze ans quand il a intégré en 1944 les Résolus, l'une des milices fascistes les plus actives d'Italie.

Les chansons qui n'apprenaient qu'à être agressifs. Les passages à tabac pour tous ceux qui ne les accueillaient pas du salut adéquat. Les perquisitions, disons plutôt les pillages, des maisons de Juifs dans la banlieue de Gênes... Giovanni Donfrancesco recueille en anglais et en italien les souvenirs de l'octogénaire aujourd'hui installé avec son épouse dans le Vermont. Piero fredonne une chanson pro- Mussolini au volant de sa voiture dans les bois. Se rappelle des discours du Duce diffusés par des haut-parleurs avec sa voix tonitruante. Puis l'apprentissage de la violence physique, la première ressource quand on n'a rien. Un film qui capte le mal-être d'un ancien bourreau et les souvenirs qu'il ne pourra jamais oublier.

J.B.

LES 109

Émission présentée par Sacha Daout.

Mardi 30/4, 20.20, La Une.

© DR

Alors que les élections européennes, législatives et régionales approchent à grands pas (c'est pour le 26 mai au cas où vous auriez oublié), la RTBF a décidé de quelque peu dépoussiérer le débat électoral. "Défis, arguments, suspense, analyse..." Proche de la mécanique d'un jeu télévisé, Les 109 va confronter ce mardi soir six personnalités politiques issues des six grands partis francophones à un mur de plus ou moins nouveaux électeurs. Face à ces jeunes hommes et femmes âgés de 18 à 30 ans (en dehors du monde politique et sans lien de parenté avec les candidats ou de quelconques mandataires), ils devront répondre aux questions que se posent aujourd'hui ceux qui seront (on l'espère) la génération du changement. Les 109 mettront en lumière leurs préoccupations (ça devrait pas mal parler environnement et immigration) et pourront s'adresser directement à ceux qui nous dirigent. Mais ils auront également la possibilité de réagir aux solutions et aux réponses proposées par les candidats grâce à un vote en direct. En attendant les urnes...

J.B.

L'ESPRIT BAUHAUS: LE NOUVEAU MONDE

Documentaire de Thomas Tielsch et Niels Bolbrinker. ***(*)

Mercredi 1/5, 22.40, Arte.

© DR

La Cité radieuse aux portes du centre historique de Marseille, prototype de l'habitat du futur. Une résidence aux allures de petite ville édifiée au milieu du siècle dernier par Le Corbusier. Le Barrio Picacho à Medellin, entièrement aménagé par ses habitants. Tous deux sont des reflets du Bauhaus. À l'origine, le Bauhaus est une école d'architecture, des arts et des métiers, un campus pour les utopistes, les inventeurs et les fantaisistes guidé par la pratique, la pluridisciplinarité et la vie communautaire. "Voulons-nous façonner notre environnement ou changer le monde?" Le documentaire en deux parties de Thomas Tielsch et de Niels Bolbrinker raconte le mouvement créé en 1919 (happy birthday!) par Walter Gropius, rencontre ses héritiers et explore ses promesses et ses impasses. "Le Bauhaus, c'est faire passer les besoins du peuple avant ceux du luxe", explique un designer qui crée les schémas de mobiliers et les met à disposition sur Internet. De quoi inspirer notre époque...

J.B.

VERNON SUBUTEX

Série de Cathy Verney, inspirée des romans de Virginie Despentes.

Les trois premiers épisodes le jeudi 2/5, dès 20h30, sur Be TV.

Les romans subversifs et post-punk de Virginie Despentes flinguaient les rêves brisés de sa génération de quadras. La série qui en est librement inspirée adoucit la charge malgré un casting, une BO et une com' remarquables.

>> Lire notre article sur la série: Rock mais pas trop

EDEN

Série créée par Dominik Moll, Edward Berger, Nele Mueller-Stöfen et Marianne Wendt. Avec Sylvie Testud, Diamand Abou Abboud, Maxim Khalil. ***(*)

Jeudi 2/5, 20.55, Arte.

© DR

Sur une jolie plage de sable clair doré par le soleil grec, une embarcation remplie de migrants accoste au milieu des touristes médusés. La saisissante véracité de cette scène inaugurale ne déserte à aucun moment le récit choral qui, suivant les trajets d'une douzaine de protagonistes entre Grèce, Allemagne et France, réfugiés, exilés, personnel encadrant, volontaires généreux, journalistes, autorités, ou opportunistes de tous poils, prend à bras le corps les composantes d'une tragédie qui devrait faire rougir l'Europe entière. Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien) va puiser dans la complexité sombre, triviale, souvent surréaliste mais bien réelle de chaque situation pour en rendre, en plusieurs langue, toute la véracité. En résulte une fresque humaniste, alternant la pédagogie, l'information, le romanesque et des éléments de fable morale mais pas moralisatrice. Le sensationnalisme, qui arrive par effraction, ne le fait jamais longtemps, afin de laisser entrer la lumière sur la détresse encore vive plutôt que le doute ou le ressentiment. Le réalisateur, bien aidé par Sylvie Testud, Diamand Abou Abboud Juliane Köhler, Maxim Khalil, esquisse ainsi des portraits fragiles, touchants de femmes, d'hommes et des structures rigides qui les encadrent, tour à tour miroirs et modèles pour une humanité en quête de rédemption.

N.B.

COUNTERPART (SAISON 2)

Série créée par Justin Marks. Avec J. K. Simmons, Olivia Williams, Harry Lloyd, Nazanin Boniadi, Sara Serraiocco.

Vendredi 3/5, 20.30, Be Séries.

© DR

La première saison de ce thriller psychologique et psychanalytique, nourri au clivage lacanien, avait énormément séduit. Notamment grâce à la prestation de J.K. Simmons en Howard, petit employé d'un service public kafkaïen, chaînon insignifiant d'un monde digne de Brazil baigné de guerre froide circa 1950, qui se découvre un double, agent tueur évoluant dans un autre espace-temps, technologique et futuriste. Cette histoire d'univers parallèle, de contrôle des masses et de mémoire fragmentée évolue, en seconde saison, vers la quête d'identité, explorant davantage les personnages secondaires (notamment Emily, compagne de la face espion d'Howard). Le conflit qui sourd à l'extérieur renvoie à ceux, plus profonds, qui fondent nos personnalités tourmentées. Quand il vise les conséquences d'un attentat, Counterpart met à nu nos paranoïas explosives et nos capacités à nous haïr les uns les autres comme nous-mêmes. Sans pourtant exclure les plus infimes possibilités de réconciliation.

N.B.

L'ANNONCE

Téléfilm de Julie Lopes Curval. Avec Alice Taglioni, Éric Caravaca, Émilien Mathey, Cédric Appietto, Claude Perron. ***(*)

Vendredi 3/5, 20.55, Arte.

© DR

C'est l'histoire de deux êtres qui tentent de se greffer: la solitude de l'un et la fuite en avant de l'autre. Lui, c'est Paul, agriculteur auvergnat de 46 ans, vivant seule dans sa petite exploitation bio. Elle, c'est Annette, employée de grande surface qui tente de fuir une relation toxique avec Didier, amené à sortir bientôt de prison. Lorsqu'Annette répond à l'annonce de Paul ("Homme doux, 46 ans, cherche jeune femme aimant la campagne"), c'est tout autant un acte de survie pour elle et son fils de 11 ans que le geste d'une femme qui sent qu'elle peut encore toucher, être touchée. La scène de la rencontre permet aux deux acteurs, Alice Taglioni et Éric Caravaca, de peindre par touches cette relation née de deux gouffres dont elle tente de s'extraire alors que lui cherche à le combler. Julie Lopes Curval filme avec beaucoup de sensibilité, de vérité et de richesse émotionnelle cette greffe qui a du mal à prendre lorsqu'Annette s'installe avec son fils dans la ferme de Paul, fait l'autruche alors que Didier réclame une garde partielle, réalise que l'amour ne se décrète pas, surtout dans les montagnes désertes et enneigées, où le temps est rythmé par les tâches et tracas agricoles. Alice Taglioni et Éric Caravaca sont pour beaucoup dans la réussite de ce téléfilm derrière lequel transparaît une certaine détresse française.

N.B.

MON PÈRE CONNY PLANK, RÉVOLUTIONNAIRE DU SON

Documentaire de Reto Caduff et Stephan Plank. ***(*)

Vendredi 23.20 Arte

© DR

Il a refusé de bosser avec les Cars et U2 mais a marqué de manière indélébile la musique de son empreinte. Avec lui, il n'y avait guère de règle. Juste une volonté farouche d'exploration. "Ce n'était pas un ingénieur du son. Absolument pas. C'était un artiste du son. Et il a consacré sa vie à sa discipline..." Né en 1940 à Hütschenhausen, le producteur Conny Plank a façonné le krautrock et la musique électronique allemande. Dans la campagne teutonne et une vieille ferme, à une demi-heure de Cologne, qu'il avait dès 1973 transformée en studio d'enregistrement, Plank a repoussé les limites du son. Il s'est effacé derrière la musique pour permettre aux artistes de transposer leur vision. Coréalisé par son fils, Stephan, ce documentaire part à la rencontre de ceux qu'il a épaulés. Michael Rother (Neu!, Harmonia), Robert Görl (D.A.F.), Jaz Coleman (Killing Joke), Karl Hyde (Underworld), Gerald Casale (Devo), Dave Stewart (Eurythmics), Holger Czukay (Can) ou encore Catherine Ringer (Rita Mitsouko)... Intéressant, documenté mais un peu longuet.

J.B.