Documentaire d'Annebeth Jacobsenet Jobst Knigge. ***(*)
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Certains se sont filmés en train de brûler son maillot. "Enfoiré de traître!", "Mr Kaepernick, si vous n'aimez pas ce pays, foutez le camp!", "N'aimeriez-vous pas voir un propriétaire de la NFL dire à propos d'un joueur qui dénigre le drapeau: sortez-moi ce fils de pute du terrain. Il est viré!", va jusqu'à hurler en meeting Donald Trump... Coupe de cheveux et carrure à la Marouane Fellaini, Colin Kaepernick est le quaterback des San Francisco 49ers quand à l'été 2016, il décide de poser un genou à terre pendant l'hymne américain pour dénoncer le racisme dans son pays et les violences policières contre les minorités. Devant les micros et les caméras, le joueur d'habitude peu loquace et piètre communicant appelle au changement. Le scandale éclate. Conspué, menacé de mort, blacklisté au sein de la Fédération de football américain (la Ligue la plus puissante du monde), ce métis donné à l'adoption pointe du doigt les inégalités et se sert de sa notoriété pour interpeler la société. Si beaucoup voient en lui une incarnation du mal et de l'antipatriotisme, Kaepernick est imité par d'autres joueurs, une fanfare universitaire, Stevie Wonder, Pharrell Williams... Le portrait somme toute classique de ce héros des temps modernes (il s'est même retrouvé dans South Park) vient se glisser dans une soirée dédiée à Nelson Mandela. J.BEn 1994, le règne de Totò Riina, le parrain des parrains de la mafia sicilienne, prenait fin après 17 ans. Le double assassinat des juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino avait été celui de trop pour "Belva", "le fauve". Son histoire, retracée minutieusement dans ce documentaire en deux volets, depuis sa naissance dans une famille pauvre jusqu'à son ascencion fulgurante à la tête du clan Corleone, un des plus terribles de Sicile, jusqu'à sa chute, est aussi celle de l'Italie. Celle d'une gangrène dont le pays peine toujours à se défaire. À l'écran, des images d'archives, dont certains documents d'enquête policière encore jamais dévoilés, des tueurs repentis et cagoulés, d'anciens magistrats comme l'ex-procureur Giuseppe Ayala, délivrent les éléments d'un gigantesque et terrifiant puzzle, brillamment reconstitué par le réalisateur Mosco Levi Boucault. La mécanique perverse, barbare, ultraviolente et sans vergogne qui a tenu Palerme sous son joug, mais aussi le courage de ceux qui l'ont dénoncée, se révèlent dans une lumière crue. N.BAlessandro, 16 ans seulement, travaille au Bar Cocco. Il porte les cafés, assure des livraisons, dans le sens honnête du terme, attention. Pietro, son seul ami, rêve d'être coiffeur. Il est devenu gras et diabétique depuis la mort de ses trois cousins sur la voie rapide. Alessandro porte un t-shirt Davide Vive. Il a été tué au même âge qu'eux. Il avait été pris pour un fugitif. Le carabinier dit avoir tiré accidentellement. Alessandro et Pietro vivent à Traiano, banlieue napolitaine craignos, terrain de jeu de la Camorra, la tristement célèbre mafia locale. Sur invitation du réalisateur Agostino Ferrente, ils filment leur quotidien, leur monde, leur vie. Une seule règle, se placer eux-mêmes à l'intérieur du cadre en mode selfie. Caméramen de leur propre existence, les deux jeunes hommes font du lèche vitrine sans un balle et parlent des filles. Il y a aussi Francesco qui a arrêté de dealer, Sarah prête à fermer les yeux sur les activités illégales d'un futur prince charmant. La pauvreté, les rêves, la chaleur, la famille... Et puis les flingues, ceux des mauvaises fréquentations. J.BAlors que la Wallonie pleure son manque de piscines, incapable d'assurer à tous les enfants l'apprentissage de la nage pourtant inscrite au socle des compétences et connaissances élémentaires (dans le Hainaut quatre bassins sur dix sont actuellement fermés), les Bains de Bruxelles fêtaient l'année passée leurs 65 ans. Deux bassins de natation et des douches publiques... Dans les Marolles, au coeur populaire de la capitale, les Bains accueillent des nageurs plus ou moins aguerris (parfois adeptes de la synchronisation) mais aussi une population démunie dépourvue du confort élémentaire (quand ce n'est pas de toit) qui passe s'y laver contre deux euros cinquante. Kita Bauchet (Une Vie contre l'oubli) filme ce microcosme de la société. Ceux qui s'arrêtent aux Bains pour rester zen, ceux qui y passent pour rester dignes. Puis aussi ceux qui y travaillent. Une plongée empreinte d'humanité. J.BLe voyage dans le temps peut-il modifier le destin funeste d'une histoire d'amour? Sur cette question maintes fois revisitée, Guillaume Nicloux brode, dans un exercice périlleux, un récit déprimé et sombre, aux frontières du réalisme sentimental et du fantastique un peu absurde. Inconsolable après sa rupture avec Louise, Vincent traîne son spleen de jour (boulot de vendeur dans une boutique d'aquariums) comme de nuit (soirées arrosées et poudrées). Lorsqu'il se fait livrer par erreur un cube qui a la surprenante vertu de servir de machine à remonter le temps, il va tenter patiemment de reconquérir sa belle. Habités, Gaspard Ulliel et Freya Mavor souffrent comme des junkies en manque dans ce jeu de l'amour et du hasard aux dimensions métaphysiques, qui pêche par ses enjeux artificiellement construits et sa résolution prévisible. N.BUn an avant de devenir l'homme le plus dangereux de Californie et le fossoyeur du rêve hippie, d'envoyer ses disciples tuer le 9 août 1969 l'épouse enceinte de huit mois de Roman Polanski, Charles Manson était un auteur, compositeur et gourou en vue à Los Angeles. C'est à cet homme-là que le documentaire de Tom O'Dell tire le portrait. Il raconte ses relations avec Dennis Wilson des Beach Boys qui l'appelait le Sorcier et était fasciné par sa musique et épingle ses rencontres avec Steven Stills et Neil Young (qui lui aurait offert une moto et l'aurait présenté à la Warner). Puis bien sûr son obsession pour l'album blanc des Beatles. Le Démon d'Hollywood postule l'histoire du rejet et de l'échec qui font naître sa folie. Un docu inégal rythmé par les commentaires de biographes et d'anciens membres de la Family... J.B