DONNIE BRASCO
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Quel casting de rêve! Un Al Pacino plus charismatique que jamais, un Johnny Depp intense et passionnant, et le découpeur d'oreille de Reservoir Dogs, Michael Madsen. Du lourd, du très lourd même, pour un film de gangsters situé à la fin des années 1970 et inspiré de faits réels. Depp incarne Joseph Pistone, un agent du FBI qui doit infiltrer une puissante famille mafieuse de New York, les Bonanno. Mission périlleuse pour le flic ayant pris le nom de Donnie Brasco pour couverture... Derrière la caméra, le réalisateur anglais de Quatre mariages et un enterrement se coule efficacement dans le moule du meilleur cinéma de genre américain. Devant, Johnny Depp signe une de ses toutes meilleures interprétations, idéalement entouré par Pacino en modeste "soldat" de la mafia et de Madsen en "capitaine" de l'organisation. Un film captivant, à découvrir si ce n'est déjà fait... et à revoir sinon! L.D.Espace propice aux idées radicales où l'homme se retrouve livré à lui-même, aux prises avec ses questionnements existentiels, le désert a de tout temps attiré les artistes. Série documentaire dominicale en quatre épisodes de Claudia Müller, L'Art s'invite dans le désert se promène dans les étendues arides et commence par visiter le plus célèbre village d'artistes au monde: Marfa. La petite ville d'à peine 2 000 habitants qui doit son nom à un personnage du Crime et Châtiment de Dostoïevski (Marfa Petrovna), c'est l'hôtel Paisano où Elizabeth Taylor et James Dean ont séjourné pendant le tournage de Géant. Mais c'est aussi et surtout des bâtiments avec des oeuvres d'art. Désireux de créer une expérience artistique nouvelle, un village d'arts et d'artistes, un lieu de pèlerinage où il pourrait exposer ses productions et ses collections, Donald Judd a transformé ce patelin du Texas en destination culturelle improbable. Une chouette excursion avant d'aller se balader en Californie ou encore dans le Nevada. J.B.Ils s'appellent Fritjof, Greta, Anton ou Sandrine... Ils n'ont pas plus de dix ou douze ans lorsque la Seconde Guerre mondiale frappe à la porte de leur pays: l'Allemagne, la Norvège, la France, l'Écosse, la Pologne, la Russie. Leur journal intime est mis en images dans cette série pleine de bonnes intentions pédagogiques, qui raconte à hauteur d'enfant un quotidien émaillé de drames, de deuils, de désespoir, de luttes et de sursauts de liberté. Entre les fjords du Nord, où se joue une drôle de guerre psychologique, les pavés allemands frappés par les bottines des jeunesses hitlériennes, l'horreur du camp d'Auschwitz, l'Histoire se joue dans une alternance de fiction, de documentaire et de surprenantes séquences où les personnages sont représentés par des figurines, comme pour mieux coller à une vision enfantine et ludique d'un monde qui pourtant se déchire. Même si la partie fictionnelle est un peu laborieuse, l'ensemble maintient une cohérence et s'appuie sur une reconstitution rigoureuse des étapes du conflit, mais surtout de ses zones de gris (entre la collaboration et la résistance, la frontière est poreuse quand la survie est en jeu). C'est quand elle parvient à quitter le cliché du regard d'enfant réduit à un point de vue naïf sur le monde que cette série réussit à toucher et à nous mettre en garde contre les hoquets de l'Histoire. N.B.Un des meilleurs films européens jamais réalisés a été tourné... au Pérou, par le cinéaste visionnaire allemand Werner Herzog. Lequel s'est embarqué pour un tournage éprouvant, risqué, pour narrer à sa manière l'expédition du conquistador Don Lope de Aguirre en 1536 ou 1537. Négligeant la vérité historique au profit d'une rêverie cruelle et d'une métaphore tragique, Herzog nous cheville à ce conquérant surnommé à l'époque "El Loco", "Le Fou", et dont les rêves d'Eldorado s'abîment dans une nature hostile d'où les flèches des indigènes surgissent comme par magie organique. Klaus Kinski met son génie et sa démesure au service de ceux de son réalisateur. Et la musique hypnotique du groupe planant de Florian Fricke, Popol Vuh, achève de rendre extraordinaire l'expérience du spectateur face à un chef-d'oeuvre de cinéma sauvage et intègre, poétique et politique, dont les images s'impriment en nous à jamais. L.D.Comment se déroulent les premières années d'une transformation pour un garçon, Max, persuadé qu'il est en fait Maxine. Parce qu'il, parce qu'elle entend les premiers frémissements d'une musique un peu différente que celle sur laquelle le monde prétend la faire danser, Maxine s'habille en fille et se ressent fille. L'entourage a évidemment du mal à accepter ou même à considérer cette éventualité. L'arc de changement collectif que tous entament est raconté avec une pudeur, une délicatesse et un aplomb remarquables par cette minisérie anglaise qui aborde, dans une veine réaliste, une question encore inconcevable pour beaucoup: la fluidité des genres. En étudiant les réactions de son entourage, diverses, oscillant de la colère à l'acceptation, sans jugement mais avec empathie, elle s'accorde le droit de toucher un large public, sans jamais se départir de cette question aussi juste que poignante, que nous renvoie Maxine: "Est-ce que je vis dans le bon corps?" Dans le rôle de la mère tiraillée entre un bien et un mal imaginaires, Anna Friel est épatante. Dans celui du père largué, Emmett J. Scanlan a le visage superbement transfiguré par la rage, l'incompréhension, puis la résilience et la compassion. Callum Booth-Ford, dans le rôle de Maxine, embrasse cette vie en rose avec tellement d'intensité qu'on attend déjà la prochaine saison avec impatience. N.B."Un régime autoritaire à l'école ne saurait être formateur de citoyens démocrates", comme le tambourinait déjà au début du XXe siècle Célestin Freinet. Depuis 1998, en province de Liège, l'équipe de l'athénée Léonie de Waha, animée par une inoxydable conviction, a pris le pli d'appliquer les méthodes de pédagogie active prônées par le pédagogue français. Durant dix mois, Patrick Séverin s'est fondu au coeur de l'établissement, là où se nouent les relations entre tous les protagonistes de l'éveil à cette impulsion citoyenne et responsable qu'est l'éducation. Loin des effets corrosifs du système de cotation traditionnel, cette envie relativement saine de vouloir décloisonner la face de l'enseignement traditionnel en observant, dans un esprit de bienveillance, l'apprentissage et l'évolution des compétences, nous donnerait presque envie de retourner user les bancs de l'école. Une immersion riche d'enseignements, assortie d'une réelle impression de plaisir partagé, que même la bêtise des hommes n'altérera pas. Franchement exaltant. M.U.Écrite par le scénariste de The Assassination of Gianni Versace: American Crime Story, cette série britannique nage dans les eaux troubles des collusion politiques et médiatiques. Si elle rappelle Succession en ce qu'elle évoque une dynastie de pouvoir (ici la presse) au bord de l'implosion, MotherFatherSon se distingue par une tonalité nettement plus sournoise et shakespearienne. Depuis une courte apparition dans un épisode de la série policière immémoriale Kojak, en 1976, c'est ici la première apparition de Richard Gere sur petit écran. Il incarne Max Finch, le patriarche, magnat conservateur, mégalo et retors. Son ex-femme, Kathryn (Helen McCrory), bénévole auprès de sans-abri mais impeccablement coiffée, est terrifiée à l'idée que son fils Caden (Billy Howle) marche dans les pas de son père. Mais le déterminisme familial, loin de suivre son cours, réserve des surprises alors que Caden noie le journal familial, The National Reporter, dans son incompétence et l'addiction à la cocaïne. Papa doit y replonger son nez au moment où une crise politique frappe la Grande-Bretagne. Balancée entre grosses ficelles mélodramatiques et acuité dans l'analyse des relations familiales toxiques, la série laisse une impression de spectacle inégal mais souligne avec brio les ressorts égotiques qui poussent le monde toujours plus près du gouffre. N.B.Réalisateurs en herbe, Arctic Monkeys de demain et danseurs aux pieds carrés, fans enamourés, grands demeurés et peuples opprimés... YouTube a offert à chacun un podium, une vitrine, une plateforme pour se faire voir et entendre, et pour atteindre des millions de gens à travers le monde. Le réalisateur et comédien israélien Itamar Rose a créé des vidéos satiriques, a fait jouer des jeux de rôle à des inconnus sur des questions de société. Mais son succès est resté timide... Il a donc décidé d'embarquer femme et enfant pour faire le tour du monde et découvrir les secrets de la viralité. L'occasion de croiser David, l'enfant délirant sous l'effet des antidouleurs après un passage chez le dentiste ou un couple de chanteuses apparemment démonétisées en raison de leur orientation sexuelle... 100 millions de vues questionne avec humour un concept défini par son modèle économique (on ne compte plus les vues aujourd'hui mais les abonnés), une fabrique du cool qui tourne à vide et des parents qui se sont mis à filmer les moments les plus embarrassants et douloureux (jusqu'aux opérations) de la vie de leurs enfants. J.B.En 1919, à Weimar, l'architecte Walter Gropius vient de fonder la Staatliches Bauhaus, établissement d'enseignement dans le sillon du mouvement artistique qui révolutionne la création européenne et mondiale. Exaltée par l'expérimentation et la liberté, la jeune Dörte Helm pousse la porte de l'institution et s'apprête à tisser des relations avec une génération d'élèves et de professeurs prêts à réinventer le monde, mais qui se heurtent aux usages rétrogrades et, bientôt, à la montée du nazisme. La minisérie fait souffler un vent romanesque dans les couloirs de l'Histoire, propose quelques effets modernes (arrêts sur images, filtres sépia...) pour habiller un récit bien documenté, qui glisse même quelques réflexions intéressantes sur l'inégalité hommes-femmes. Dommage que la traduction française, maladroite et jouée avec trop de véhémence, alourdisse un propos qui se veut léger et alerte, assumant le défi de nouer grande et petite histoire et de rendre justice au mouvement le plus novateur du XXe siècle. N.B.Plutôt que de diffuser la version originale de la géniale (on ne le dira jamais assez) série britannique Fleabag, Canal + a préféré l'adapter en français, confier le rôle écrit, tenu et magnifié par Phoebe Waller-Bridge à Camille Cottin et la réalisation à Jeanne Herry (Elle l'adore, Pupille et quelques épisodes de Dix pour cent). Le résultat, transposition presque plan par plan des errements d'une trentenaire qui tente d'étouffer ses chagrins et dysfonctionnements familiaux dans une sexualité de crise, est carrément plan-plan. Là où l'originale est pétillante, corrosive, sombre et émouvante, l'adaptation est fade, inoffensive, dépouillée de ses doubles-fonds émotionnels et de ses dialogues ciselés, réalisée comme un téléfilm de fond de catalogue. Le personnage principal est joué du bout des lèvres par Camille Cottin, surtout lorsqu'elle s'adresse à la caméra, pourtant un des ressorts comiques essentiels. Voilà comment se réduit à peau de chagrin un des plus beaux personnages de l'Histoire de la télé. N.B.Cette année, la saison d'athlétisme se terminera par les championnats du monde à Doha au Qatar, du 29 septembre au 6 octobre. Des sportifs dans la dernière ligne droite de leur préparation? Du pain bénit pour le Mémorial Van Damme qui semble d'office pour le coup, à trois semaines des Mondiaux, promis à des prestations de tout haut niveau. Pour sa 43e édition, le dernier des quatorze meetings de la Diamond League (il en est l'une des deux finales avec Zurich) est placé sous le signe de l'émancipation des filles. Il accueillera notamment la championne du monde de l'heptathlon, Nafi Thiam, qui vient de battre par deux fois le record de Belgique de la longueur à Birmingham, les Belgian Cheetahs, la sprinteuse Shelly-Ann Fraser Pryce ou encore Mariya Lasitskene qui domine la saison à la hauteur. Mais pour assurer le spectacle, il pourra aussi compter sur les frères Borlée et Jonathan Sacoor (trois courses de 400 mètres figurent au programme de la soirée). Notez que la finale du lancer du poids masculin se dispute le jeudi 5 septembre au coeur de Bruxelles sur la place de Brouckère... J.B.Quel est le point commun entre Conan le barbare, E.T. l'extraterrestre, The Thing, Poltergeist, Blade Runner, Tron, le retour de Mad Max, Star Trek 2 et Rocky 3? Tous sont sortis en 1982. En l'été de surcroît... Légèreté retrouvée après les années 70, l'administration Nixon et son Watergate, les temps sont à la révolution et à la création d'univers inédits dans le monde pétaradant du cinéma de divertissement. Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger et Mel Gibson (en moins baraqué) sont les héros musclés des grands écrans. Rythmé par les témoignages de réalisateurs, de scénaristes et de spécialistes, le documentaire de Jac et Johan décrypte les neuf films et leur influence. Il évoque les comics dans les salles obscures, la célébration du corps masculin, le changement de langage du film d'action et l'apogée des effets physiques. "La preuve que la science-fiction ne se limitait pas à des navets à petits budgets et que la fantaisie devait être prise au sérieux." J.B.Troisième saison, déjà, pour la série pugnace produite par Jenji Kohan (Weeds, Orange Is the New Black) et plongeant dans les coulisses pailletées d'un spectacle télévisé de catch féminin au coeur des années 80. Transportant ses pénates à Vegas et déroulant le tapis pour une certaine Geena Davis (Thelma & Louise), GLOW (pour Gorgeous Ladies of Wrestling) continue d'étoffer significativement son univers tout en le nourrissant habilement de références populaires propres à l'époque investie. Divertissant sans jamais oublier d'être malin, le show possède au fond les qualités d'un bon match de catch: débordant d'idées loufoques, il trouve dans le motif même de la répétition matière constante à se réinventer. Et dans les stéréotypes volontairement énormes qu'incarnent ses personnages le carburant idoine pour des dialogues au sarcasme qui claque, réservant ses mandales les plus vicieuses à l'Amérique triomphante du fric et de la frime comme à l'arrogante goujaterie d'un patriarcat débandant à souhait. Même si ses situations répétées d'empowerment peuvent parfois sembler très idéalisées. Plus ouvertement militant, toujours susceptible de prendre une tournure plus dramatique -voir cet épisode dans le désert, entre guimauve un peu potache et vraie profondeur-, GLOW devrait revenir l'an prochain pour une quatrième saison. N.C.