"Je sors d'un endroit et j'ai une odeur sur la peau (...) je me sens sale, c'est à l'intérieur (...). C'est la fleur qui fane à l'intérieur." Dans une chambre à l'ambiance capiteuse, une jeune femme décrit avec précision les traces que son expérience de "sugar baby" a laissées en...

"Je sors d'un endroit et j'ai une odeur sur la peau (...) je me sens sale, c'est à l'intérieur (...). C'est la fleur qui fane à l'intérieur." Dans une chambre à l'ambiance capiteuse, une jeune femme décrit avec précision les traces que son expérience de "sugar baby" a laissées en elle. La réalisatrice Nina Robert (Clearstream et moi) a écouté et filmé, la plupart du temps cachées, cinq étudiantes, aujourd'hui entre 19 et 27 ans. Elles racontent les mois difficiles, les boulots ou stages mal payés, la faim, les soins de santé qui passent après le loyer en retard. Elles sont des proies faciles pour les sites portant le nom édulcoré de "sugar dating", une prostitution mal déguisée avec des hommes plus âgés. Une activité aux stratégies volontairement floues, équivoques, trompeuses mais redoutables. Les témoignages éprouvants, qui détaillent traumas, douleurs, rédemptions, habitent une mise en scène sans doute volontairement ambiguë. Dans un château de conte de fées, comme un écho à un imaginaire trompeur exploité par une économie prédatrice, aux rêves d'enfants travestis et violentés, ces femmes parlent, marchent, errent, se reposent. Comme pour se réapproprier, même difficilement, le corps, l'espace, le temps. Leur sincérité, leur courage dans la solitude des souvenirs ou la sororité des paroles échangées explosent l'écran.