Malgré cette impression persistante que, dans un univers aussi dangereux qu'amoral et malgré des états de services peu reluisants (un assassinat et une fusillade qui l'a laissé éclopé la saison dernière), le personnage principal Franklin (Damson Idris)...

Malgré cette impression persistante que, dans un univers aussi dangereux qu'amoral et malgré des états de services peu reluisants (un assassinat et une fusillade qui l'a laissé éclopé la saison dernière), le personnage principal Franklin (Damson Idris) s'en sort toujours à trop bon compte, Snowfall progresse inexorablement. Elle donne ici de l'épaisseur à ses figures fantomatiques, du rythme à sa lente course vers l'abîme, et de la perspective à ses questions sociétales pourries par le nihilisme individualiste et consumériste. Plus la série prend de la hauteur (plans aériens d'un quartier qui s'épuise dans le chaos), plus le propos s'enracine, se complexifie. Et plus les liens (de famille, de loyauté, d'affaires, de circonstances) s'extirpent des plans et des dialogues avec une remarquable éloquence politique. Dans un univers télévisuel où nombre de séries ont le nez dans la poudre, Snowfall parvient, dans un registre toujours plus dramatique, à délimiter les zones d'influences culturelles de la dope, ce qu'elle construit d'imaginaires et de territoires, et inflige comme mensonges et compromissions.