Il a fait les comptes. Le jour où il a commencé à bosser, il a livré quatre commandes, gagné 25 euros et tellement eu mal au cul qu'il a dû acheter de la crème anti-hémorroïdes. Jean-Bernard est coursier à vélo. Il a plus de 20.000 kilomètres au compteur et a même gagné le maillot à pois de Deliver...

Il a fait les comptes. Le jour où il a commencé à bosser, il a livré quatre commandes, gagné 25 euros et tellement eu mal au cul qu'il a dû acheter de la crème anti-hémorroïdes. Jean-Bernard est coursier à vélo. Il a plus de 20.000 kilomètres au compteur et a même gagné le maillot à pois de Deliveroo. Pour sa première course, l'application l'avait envoyé à l'autre bout de la ville. Il pleuvait et il y avait une mini tempête. Mais ce Français de Bruxelles qui a commencé en empruntant un vélo à son voisin s'est obstiné. Il a appris à éviter tous les feus et les pires cotes. Puis aussi à slalomer dans la circulation même s'il s'est fait heurter deux fois la première semaine et a fini par perdre un bout de dent. "En cas d'accident, faut envoyer une photo de la commande. Et si le repas n'est pas trop endommagé, il faut quand même qu'il soit livré..." Un boulot cool, moderne et écolo? Derrière ses allures de docu YouTube, ses images souvent filmées au GSM et son ton un peu irritant, le documentaire de la photographe et réalisatrice carolo Pauline Beugnies raconte la précarisation de l'emploi, le quotidien d'un exploité, les méfaits de la loi De Croo et le projet de société du capitalisme des plateformes. Il dépeint aussi surtout un combat. Celui d'un travailleur qui ne s'est pas laissé faire, est devenu porte-parole d'un mouvement de contestation et s'est retrouvé poursuivi en justice aux côtés de l'État belge.