En Méditerranée, une embarcation de réfugiés syriens, partie de la côte turque, vient de chavirer au large de Lesbos. Des adultes, des enfants. De très jeunes enfants. Et Amel Alzakout. Durant une heure, le smartphone attaché à son poignet, elle a captu...

En Méditerranée, une embarcation de réfugiés syriens, partie de la côte turque, vient de chavirer au large de Lesbos. Des adultes, des enfants. De très jeunes enfants. Et Amel Alzakout. Durant une heure, le smartphone attaché à son poignet, elle a capturé la scène. Les corps qui se débattent, les cris en surface et le mouvement des pieds sous l'eau. Des corps comme des méduses naufragées, sans radeau. Un amas de mains, de tissus, de sacs, de visages, de gilets de sauvetage qui s'emmêlent et n'en finissent pas de sombrer, de se débattre pour remonter, respirer. L'angoisse aspire ce qui reste d'oxygène dans les poumons et les quelques éclats de ciel bleu. La caméra de fortune embarquée enregistre tout et nous plonge dans cette horreur rejetée loin de nos préoccupations. En voix off, Amel Alzakout, rescapée du naufrage, déclame d'une voix calme, grave, les pensées qui l'ont submergée alors, le souvenir de rêves fous, d'amours, et des questions: " Où finiront ces images, sur YouTube, à la télévision, fait divers ou édition spéciale? Comment direz-vous? Réfugiés? Terroristes? Victimes?" Une expérience totale, étouffante, suffocante, radicale, provocante, mais nécessaire.