Ils ont choisi de vivre leur intimité au grand jour à une époque où l'homosexualité ne faisait pas encore partie du langage courant. Dans une société souvent régressive, de cette pulsion, de cet amour qui ne pouvait s'exprimer, de cette douleur sourde sur laquelle on ne pouvait poser de...

Ils ont choisi de vivre leur intimité au grand jour à une époque où l'homosexualité ne faisait pas encore partie du langage courant. Dans une société souvent régressive, de cette pulsion, de cet amour qui ne pouvait s'exprimer, de cette douleur sourde sur laquelle on ne pouvait poser de nom, ils ont fait une force. Celle de briser les barrières qu'ils et elles avaient posées sur leur propre désir, la témérité de balayer le trouble, la culpabilité et les préjugés. Ces hommes et ces femmes sont nés dans l'entre-deux-guerres. "On en rigole aujourd'hui mais il fut un temps pas si lointain où les gens se tapissaient dans le doute." Le mariage illustrait le consentement des familles, une inévitable programmation pour la descendance. Quelqu'un de parfaitement conforme en arrivait à étouffer sa vie dans l'oeuf. Pourtant, "je ne savais, sinon dans mes tripes que l'on pouvait aimer aussi comme ça". Sans fausse pudeur, le documentaire de Sébastien Lifshitz, nourri de témoignages sincères et de confidences sans retenue, illustre admirablement l'évolution de la société face aux valeurs d'une minorité. à la fois touchant et riche d'enseignements, il évoque tout autant le combat que la subversion, la militance que la marginalité. "C'était inscrit dans mes gènes", entendons-nous résonner. Vivre librement, une lutte collective qui trouve ici tout son sens.