"Je suis un élément participatif, constitutif, de l'industrie de la mort. Ce n'est pas anodin. On ne fabrique pas des chaises. On tue des bêtes. Et on tue des bêtes de manière industrielle. À l'abattoir où je bossais, c'était 700 vaches et 3 500 cochons par jour..." Quand la télévision et le...

"Je suis un élément participatif, constitutif, de l'industrie de la mort. Ce n'est pas anodin. On ne fabrique pas des chaises. On tue des bêtes. Et on tue des bêtes de manière industrielle. À l'abattoir où je bossais, c'était 700 vaches et 3 500 cochons par jour..." Quand la télévision et les journalistes parlent de la mise à mort des animaux qui se retrouveront dans nos assiettes, c'est souvent à coups de vidéos sensationnalistes, de captations crues voire insoutenables. Anne-Sophie Reinhardt s'est intéressée à la question autrement. Pas la moindre image d'animaux morts ici. Juste des ouvriers, parfois encore en poste, qui racontent en forêt un boulot que personne ne fait par envie. Ce film d'horreur permanent, la douleur, la violence aussi qui finissent par s'immiscer dans leur quotidien et leurs cauchemars. "Le pire, c'est le cri. Le cri des cochons. Ça, ça vous transperce de la tête aux pieds." Un ancien agent vétérinaire en abattoir et un spécialiste en santé et travail qui a étudié les souffrances psychiques des ouvriers dans le secteur complètent leurs propos. "On leur demande ce qu'on ne demanderait à personne d'autre. Et puis, c'est plus facile psychologiquement de se dire que ceux qui font ce boulot-là sont des sans-cerveaux, des brutes épaisses, des tortionnaires ou des monstres..." Un docu fort qui repose sur le poids des mots et la force du témoignage.