"Quand tu dis que tu as un cancer, ça provoque tout de suite une réaction de sympathie, alors que si tu souffres d'anorexie, on te répond que tu dois te ressaisir et te mettre à manger. (...) Ce n'est pas si facile. Tu es dans une maison qui brûle sans pouvoir en sortir..." Lene Marie Fossen a arrêté d...

"Quand tu dis que tu as un cancer, ça provoque tout de suite une réaction de sympathie, alors que si tu souffres d'anorexie, on te répond que tu dois te ressaisir et te mettre à manger. (...) Ce n'est pas si facile. Tu es dans une maison qui brûle sans pouvoir en sortir..." Lene Marie Fossen a arrêté de s'alimenter à l'âge de dix ans. Elle ne voulait pas grandir. Elle voulait rester enfant, rêvait d'arrêter le temps. Elle y est arrivée mais à l'aide d'un appareil photo. Avec ses images, des (auto)portraits qui l'ont menée de Lesbos à l'île de Chios, cette Norvégienne morte en 2019 à l'âge de 33 ans d'un arrêt cardiaque dû à sa sous-nutrition a exprimé sa douleur et partagé tout le chagrin qu'elle avait en elle. Son histoire, c'est celle d'une jeune femme anorexique qui a fait de sa maladie un objet artistique. Trouble du corps et de l'âme trop souvent considéré comme un problème d'enfants gâtés, l'anorexie est la troisième cause de mortalité chez les jeunes femmes du continent européen. Mais ce qui intéressait Lene Marie avant tout, c'était l'être, l'humain. Pour elle, les visages ont toujours raconté nos histoires. Bouleversant et éprouvant, le documentaire de Margreth Olin, Espen Wallin et Katja Høgset raconte une artiste hors norme et un parcours de vie déchirant. Le corps usé, la peur de devenir aveugle. "Un suicide à petit feu", dit-elle. Même si l'envie de vivre ne l'a jamais quittée. Vibrant.