En l'an du Seigneur 1327, dans une abbaye bénédictine du nord de l'Italie, doit se tenir un conciliabule censé régler une querelle théologique qui divise la chrétienté. Lorsque arrivent Guillaume de Baskerville, franciscain lettré, et son novice Adso, l'abbaye est en proie à une vague de morts suspectes et effroyables. L'enquête que démarre frère Guillaume à la demande de l'abbé des lieux, complètement psychosé, va réveiller une Église aux abois, craignant de perdre le monopole de la peur et le contrôle de la co...

En l'an du Seigneur 1327, dans une abbaye bénédictine du nord de l'Italie, doit se tenir un conciliabule censé régler une querelle théologique qui divise la chrétienté. Lorsque arrivent Guillaume de Baskerville, franciscain lettré, et son novice Adso, l'abbaye est en proie à une vague de morts suspectes et effroyables. L'enquête que démarre frère Guillaume à la demande de l'abbé des lieux, complètement psychosé, va réveiller une Église aux abois, craignant de perdre le monopole de la peur et le contrôle de la connaissance. L'adaptation du chef-d'oeuvre d'Umberto Eco est, sur le parchemin, une entreprise dantesque. D'une part en raison de la nature cryptique du roman original, phénomène littéraire à la fois polar, enquête façon Sherlock Holmes, roman historique, traité érudit d'esthétique et de philosophie médiévales. D'autre part, parce que l'adaptation au cinéma qu'en avait faite Jean-Jacques Annaud dans les années 80 paraissait, malgré ses défauts, comme un palimpseste définitif et indépassable. Le Nom de la Rose dirigé par Giacomo Battiato (écrivain et réalisateur spécialiste du téléfilm noir) est une soupe dans laquelle surnagent les intrigues du roman originel, tour à tour fidèle, intrigante et indigeste. Ce qui avait été gommé dans la version cinéma, pour des questions de lisibilité, se retrouve généreusement réintroduit dans la série: éléments théologiques complexes, contexte politique, personnages et intrigues secondaires fascinants. Le Moyen Âge n'est plus un âge aussi sombre que chez Annaud, ni les moines des miniatures de Jérôme Bosch. Bien. Mais les étapes chronologiques de l'enquête, qui constituaient un splendide crescendo dans le roman et le film (et un hommage aux récits de Conan Doyle), se trouvent ici bâclées pour gonfler de manière prématurée l'antagonisme entre deux personnages principaux: Guillaume de Baskerville (le bien) et l'inquisiteur Bernardo Gui (le mal), joués respectivement par un incroyablement stoïque John Turturro et un Rupert Everett surprenant de morve haineuse maîtrisée. Le premier cherche la vérité quand le second veut étouffer l'affaire et châtier des boucs émissaires. Cette mise en images ambitieuse du contexte historique et philosophique est en sus plombée par une intrigue secondaire jamais écrite par Eco: une sorte de Robin des Bois féminin opérant en mode ninja, qui fait dérailler le récit dans le ridicule et vaciller un édifice déjà fragilisé par le poids de son entreprise.