Le documentaire Kongo -une série documentaire en trois épisodes ici ramenée au temps d'un seul film- date de 2010. L'idée était de combler les trous de la mémoire coloniale, de redonner aux populations concernées la place dans l'Histoire qui leur avait été ôtée. En dix ans, la masse de travail est encore conséquente pour faire bouger les lignes. Aussi, la soirée spéciale Retour aux sources présentée par Élodie de Sélys, qui fait suivre ce documentaire monument d'une nuit d'archives, s'avère comme une séance cruciale de rattrapage, pre...

Le documentaire Kongo -une série documentaire en trois épisodes ici ramenée au temps d'un seul film- date de 2010. L'idée était de combler les trous de la mémoire coloniale, de redonner aux populations concernées la place dans l'Histoire qui leur avait été ôtée. En dix ans, la masse de travail est encore conséquente pour faire bouger les lignes. Aussi, la soirée spéciale Retour aux sources présentée par Élodie de Sélys, qui fait suivre ce documentaire monument d'une nuit d'archives, s'avère comme une séance cruciale de rattrapage, première étape d'une programmation plus large de la RTBF dans le cadre des 60 ans de l'indépendance. Kongo retrace cinq siècles d'Histoire, depuis l'implantation des Portugais au XVe siècle jusqu'à la présidence de Joseph Kabila, peu de temps après l'assassinat de son père, Laurent. Le format, qui alterne images d'archives et animations aux tonalités scolaires, donne la parole aux acteurs multiples au travers de voix off à la première personne et confère à l'ensemble un tour très pédagogique malgré une narration aux frontières de la fiction. Samuel Tilman, qui a piloté le projet, est historien de formation, titulaire d'un doctorat en Histoire contemporaine. La rigueur scientifique est à l'oeuvre, qui diversifie les points de vue pour comprendre comment la mécanique coloniale a prospéré et comment le Zaïre puis la République démocratique du Congo ont tenté de composer avec cet héritage douloureux. Les points forts de l'analyse, qui ne sort jamais de son souci d'objectivité (ce qui peut en certaines occasions donner l'impression de ne pas trop appuyer où ça fait mal), concernent l'aventure personnelle de Léopold II dès 1876 et le contexte dans lequel la Belgique, en 1908, va entrer dans l'ère coloniale. En filigrane se révèle un discours promotionnel qui, répété à l'envi durant 50 ans et plus, a façonné l'image d'Épinal du Congo Belge, apparaissant dans toute son hypocrisie lors du discours de Baudouin Ier, étrillé poliment par le Premier ministre Lumumba, en 1960. La période d'indépendance est tout aussi riche d'enseignements, mais sa complexité apparaît plus difficilement, tant les enjeux politiques et économiques sont encore très présents aujourd'hui. Kongo réussit enfin parce qu'il donne à voir des archives inédites, films et photographies provenant du Musée de Tervuren, et numérisées dans le cadre du projet Le Film colonial, et les enchâsse dans son récit pour donner corps, chair, matière à un impensé historique, un trou béant dans notre mémoire, qu'il est toujours aussi urgent de combler.