Dans nos sociétés qui condamnent l'usage de la drogue plutôt que de l'encadrer, on a tendance à oublier que son trafic a été inventé par un État au XIXe siècle, quand la couronne britannique inondait la Chine d'opium pour renflouer ses caisses. Le documentaire béton de Julie Lerat et Christophe Bouquet retrace en t...

Dans nos sociétés qui condamnent l'usage de la drogue plutôt que de l'encadrer, on a tendance à oublier que son trafic a été inventé par un État au XIXe siècle, quand la couronne britannique inondait la Chine d'opium pour renflouer ses caisses. Le documentaire béton de Julie Lerat et Christophe Bouquet retrace en trois parties et 200 ans la sinueuse histoire d'un commerce qui ne doit rien au hasard puisque instrument politique organisé dans les coulisses du pouvoir. Passionnant, historique, géopolitique et solidement documenté, le triptyque raconte des substances qui ne sont pas arrivées comme des drogues maléfiques produites par la pègre mais comme des médicaments. La morphine qui permet de soigner, d'opérer et, s'il faut, d'amputer sur le champ de bataille. L'héroïne recommandée pour soigner l'asthme et la toux des nourrissons. La cocaïne qui distille des instants d'euphorie aux femmes au foyer rongées par l'ennui. Il épingle surtout les états qui jouent avec le feu (les drogues et les organisations criminelles) pour conquérir et contrôler des territoires. Les trafiquants qui renversent la dynamique et imposent leurs règles. Marseille, la Corse, l'opium turc. Le cartel de Medellín et Pablo Escobar. Cosa Nostra et Totò Riina. L'héroïne qui se répand dans les veines d'une jeunesse rebelle et dans les rangs des soldats. Tous deux diffusés ce samedi, L'Ère des empires et L'Heure des barons seront suivis une semaine plus tard par le dernier volet: Les Territoires perdus.