Tout commence par un plan large, sur une campagne anonyme. Puis une route que la caméra (fixée sur un drone) prend à reculons, comme pour remonter le temps jusqu'aux origines de ces cinq histoires anonymes, tues, secrètes, mal nommées, qui n'auraient pas dû être. Celles de cinq femmes tuées par leur conjoint, ép...

Tout commence par un plan large, sur une campagne anonyme. Puis une route que la caméra (fixée sur un drone) prend à reculons, comme pour remonter le temps jusqu'aux origines de ces cinq histoires anonymes, tues, secrètes, mal nommées, qui n'auraient pas dû être. Celles de cinq femmes tuées par leur conjoint, époux, compagnon, amant. Des drames systémiques qu'une excessive pudeur, un tabou, un aveuglement ont nommé "violences conjugales" mais qui, depuis 2019, portent enfin leur vrai nom: féminicides. Les plans larges, Lorraine de Foucher, journaliste au Monde qui a couvert ces questions dans de nombreux articles, les choisit à dessein. Elle les choisit pour cadrer les interventions des témoins et spécialistes, amis ou proches des victimes, magistrats, enquêteurs, accompagnants... Ils parlent tous de quelque part, d'un lieu précis, agencé, comme pour souligner l'importance du contexte, du déroulé des crimes répétés envers les femmes, parce que femmes. Réveiller ce regard sur les détails, c'est réveiller les histoires. Ce qui aurait dû être vu, entendu, l'est enfin à travers les récits recueillis par les confrères de la réalisatrice: la rencontre, la relation, les premiers signes et appels à l'aide, les manquements. Digne mais implacable, scandée par la voix de Laetitia Casta, l'enquête alterne la profondeur et la distance, la hauteur, pour percer, au-delà du fait divers, la mécanique criminelle, les failles et l'aveuglement qui l'ont couverte, dans toute leur amplitude.