Le centième anniversaire de la naissance de Boris Vian méritait bien un documentaire qui illustre la poésie et le génie ébouriffants de cet artiste inclassable, aussi dispersé qu'exigeant et influent. Qui traverse les blessures et les succès de sa vie sans ignorer la gravité et l'austérité réac qui perçaient sous la folie contagieuse. Tout démarre par la fin: une fatale défaillance cardiaque au cinéma Marbeuf, devant...

Le centième anniversaire de la naissance de Boris Vian méritait bien un documentaire qui illustre la poésie et le génie ébouriffants de cet artiste inclassable, aussi dispersé qu'exigeant et influent. Qui traverse les blessures et les succès de sa vie sans ignorer la gravité et l'austérité réac qui perçaient sous la folie contagieuse. Tout démarre par la fin: une fatale défaillance cardiaque au cinéma Marbeuf, devant le film J'irai cracher sur vos tombes, inspiré de son roman écrit sous le pseudo Vernon Sullivan. Le compte à rebours avait commencé dès ses 15 ans, quand il a acquis la certitude qu'une faiblesse physiologique le condamnerait à ne jamais atteindre ses 40 ans. Dans une étrange chimie, le documentaire mélange le symbolique, le poétique, le factuel, les ambiances rétro et les anachronismes assumés. Des gros plans sursignifiants sur un sablier scandent une vie au rythme hallucinant: l'enfance bourgeoise à Ville-d'Avray, le déclassement, l'assassinat de son père, sa blessure d'écrivain dont les oeuvres aujourd'hui vénérées n'ont pas été célébrées de son vivant: L'Écume des Jours passée au pilon par Gallimard, le scandale de J'irai cracher sur vos tombes, L'Herbe Rouge et L'Arrache-Coeur ignorés. Le pilier trompettiste et noctambule de Saint-Germain-des-Prés, pionnier, avec Henri Salvador, du rock'n'roll made in France, a été un chansonnier prolixe qui savait se moquer du métier (En avant la zizique et par ici les gros sous, recueil de théorèmes acides et visionnaires sur l'industrie musicale). Rien n'est oublié de l'iconoclaste pataphysicien: ses amours (Michelle, Ursula), sa fille Carole, ses amis Prévert, Reggiani, Greco... qui témoignent dans des images de l'ORTF ou d'astucieux inserts radio. Nourris d'archives aussi fourmillantes que l'auteur du Déserteur, de J'suis Snob ou de cet annonciateur "Faut rigoler, faut rigoler. Avant qu'le ciel nous tomb' sur la tête", le film de Sylvain Bergère et de Stéphane Benhamou est le reflet fidèle d'une existence tous azimuts.