1. Est-ce que Netflix, c'est bien?

C'est mieux que FR3-Lorraine, Télésambre et même TF1 mais c'est moins bien que Filmstruck (qui, de toute façon, n'existe plus) et que le service streaming du BFI (qui, de toute façon, n'est pas disponible en dehors du Royaume-Uni). Le catalogue a la réputation d'être à peine digne de celui du vidéoclub que tenait l'oncle Eddy dans les années 90 à Wanfercée-Baulet mais attention, ce dernier trimestre, Netflix mène une offensive plus dure et drue qu'en son temps le général Patton et bombarde de nouveautés à priori affriolantes (après les avoir vues, on peut toujours discuter...) tant son public cinéphile que ses abonnés tenant davantage du patachon de canapé. Bref, ça s'améliore. À tous les niveaux.
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C'est mieux que FR3-Lorraine, Télésambre et même TF1 mais c'est moins bien que Filmstruck (qui, de toute façon, n'existe plus) et que le service streaming du BFI (qui, de toute façon, n'est pas disponible en dehors du Royaume-Uni). Le catalogue a la réputation d'être à peine digne de celui du vidéoclub que tenait l'oncle Eddy dans les années 90 à Wanfercée-Baulet mais attention, ce dernier trimestre, Netflix mène une offensive plus dure et drue qu'en son temps le général Patton et bombarde de nouveautés à priori affriolantes (après les avoir vues, on peut toujours discuter...) tant son public cinéphile que ses abonnés tenant davantage du patachon de canapé. Bref, ça s'améliore. À tous les niveaux. Et puis, il est tout de même assez sensé d'avoir drôlement plus confiance dans la culture des jeunes et des gens qui se mangent sur Netflix des Black Mirror, Better Call Saul, Bodyguard et autres Annihilation, aussi imparfait, creux et frustrant tout cela peut-il éventuellement être, que dans la culture des jeunes et des gens qui vont au cinéma se lobotomiser devant un Marvel ou un DC et, à peine rentrés chez eux, se lobotomisent encore un peu plus devant ce que programment TF1, RTL et la RTBF. Autrement dit: des films avec Frank Dubosc, des séries avec des flics qui chipotent des cadavres sous de la lumière verte et des émissions qui entendent apprendre à comment parfaitement réussir une salade de Saint-Jacques, acheter un appartement et chanter du Nirvana à la façon de Lara Fabian. Le ou la transgenre au cinéma se doit d'être désormais uniquement décrit.e comme incompris.e, fort.e, inspirant.e bien qu'aspirant à une vie banale, inspiré.e, digne, moralement supérieur.e et, surtout, interprété.e par quelqu'un.e de véritablement transgenre. Reste qu'au bout du compte, il est permis d'avoir moins envie de voir Girl, que je pense (sans doute à tort) tenir un peu de Billy Elliot et de Flashdance avec de vrais bouts de Whiplash dedans, que de revoir le super polar seventies Freebie & The Bean, où (attention, spoiler) le transgenre est une sale petite crapule arrogante et meurtrière, et puis aussi Dressed to Kill de Brian De Palma, où le transgenre psychopathe est (attention, spoiler) Michael Caine en robe longue avec un tout aussi long couteau pointu et ça, il faut le voir pour le croire. Bref, même si ça peut être publiquement dur à assumer par les temps qui courent et que tout est fait sur les réseaux sociaux pour tenter de faire croire le contraire, on peut toujours préférer à la pignolade sociopolitique entourant certains films le plaisir simple et pur, coupable ou non, qu'une fiction est censée procurer. Même en jouant de gros clichés. Même en n'étant pas très correcte. Même en étant complètement con et pas du tout réaliste. Parce que c'est du cinéma, donc le plus souvent du divertissement, donc quelque chose qui descend de la kermesse. Ce n'est pas (ou, du moins, cela ne devrait pas être) de la politique ou un vecteur de justice sociale et d'évangélisation comme peut l'être justement Twitter. Et c'est encore moins la réalité. Pas tout confondre, quoi. Oui, totalement. Bien sûr que non. Déjà, c'est oublier que lorsque l'on participe à une conversation, on peut très bien ne rien penser du tout du sujet débattu, s'amuser à le faire dévier vers l'absurde, se foutre des tronches des uns et des autres, dire le contraire de ce que l'on pense rien que pour voir ce que ça fait et même dormir à moitié pendant toute cette agitation. À part ça, si Éric Zemmour avance que l'andouillette, ça refoule du sterput, et qu'Alain Destexhe estime que l'Iboga est une invention africaine plus folle que tout ce qu'a produit le Wakanda, j'ai beau voter Ecolo comme la grosse journalope de bobo saint-gillois fourré à la gauchiasse que je suis, je ne vois en fait aucune raison valable de ne pas être là-dessus d'accord avec eux. De même, j'ai beau avoir La Haine, Assassin(s) et Un héros très discret assez haut placés dans mon Top-100 cinéma de tous les temps, je pense malgré tout sincèrement que Mathieu Kassovitz n'a pas l'air d'y aller mollo sur la cassonade au moment de se préparer des fraises. Bref, je suis quelqu'un d'assez nuancé dans la vraie vie. Comme beaucoup de gens, en fait. Et c'est cool, la nuance, même si c'est aujourd'hui sur Internet plus has-been que Gloria Estefan & le Miami Sound Machine. La culpabilité. Culpabilité de ne pas donner d'os à ronger à ses followers, car "partager, c'est aimer" (voir Le Cercle, de Dave Eggers). Culpabilité de "rater un truc", culpabilité de pouvoir lâcher des grosses idioties, anonymement ou non, culpabilité de n'avoir pas autant d'audience que Myriam Leroy ou Edgar Szoc. Culpabiliser ceux qui ne partagent pas l'avis autorisé sur le féminisme, le véganisme, The Last Jedi, Jordan Peterson, Emmanuel Macron, les Gilets jaunes... Culpabiliser les blagueurs à la con, les supporters du Brexit, ceux qui se marrent des grosses toutes boudinées dans leurs vêtements de maigres. Culpabiliser ceux qui finissent leurs chroniques pour le Focus Vif un peu trop abruptement aussi. Mais ça ne marche pas avec moi, ça, d'autant que j'écris ceci durant une semaine plus creuse que la dent du même nom et que j'ai un train à prendre pour aller attendre la fin du monde loin de tout ce seum. Meilleurs voeux donc, et à l'année prochaine.