L'histoire de Yoko Ono, c'est un peu celle de Marie-Antoinette, excepté pour la fin décapitée. Mais elle ramène tellement de rumeurs autour de sa personnalité que la perception en devient floue et même hargneuse. Avant d'être calée dans le rôle de veuve de John Lennon -assassiné en décembre 1980-, Ono entre dans l'histoire Beatles par la mauvaise porte. Celle de la maîtresse mêle-tout du Beatles suprême qui, non contente de s'introduire dès 1968 aux sessions d'enregistrement des Fab Four, se permet d'être 1) artiste d'avant-garde 2) étrangère en provenance de l'ex-ennemi japonais 3) nullement synchro aux canons midinettes sixties. D'où cette image de paria hystérisante aux cheveux de sorcière -et non pas ensorcelants- qui éloigne John de la sacristie beatlesienne pour le dévergonder au bizarroïde. Comme le fameux Bed-In for Peacede 1969 au Hilton d'Amsterdam où John ou Yoko accueillent au pieu une nuée de reporters du monde entier pour leur dire que la guerre du Vietnam, c'est mal. Ce genre d'opération dérange la bienséance de l'époque, comme la pochette d'Unfinished Music n°1: Two Virgins, à l'automne 1968, où John et Yoko paraissent en nu frontal. Ce qui confirme, au passage, que John est bien un homme comme les autres.

Cheval de Troie

Hormis une demi-douzaine d'albums où elle accompagne Lennon -dont le grinçant live Some Time in New York City de 1972-, Yoko va développer une carrière musicale perso atypique, néanmoins assurée par une fortune de 500 millions de dollars. Marrant vu que cet album, malgré ses travers jet set -l'amidonné Karl Lagerfeld assume la photo de couverture-, sonne comme la revisitation indie d'un répertoire peu connu, voire carrément méprisé vu le CV de la titulaire. Et c'est là que la surprise agit comme dans un pacte faustien: l'octogénaire chante, agit, grouille, frémit et séduit à la manière d'une nouvelle crève-la-faim new-yorkaise de 30 piges. Le désir intact et le son affûté, les frimas électros et les couinements libres, invitent par exemple les frères Sparks à une pièce montée vocale sur Give Me Something. Et lorsque Yoko s'accouple à tUnE-yArDs, Warrior Woman ressemble à un bizarre Cheval de Troie investissant le territoire ennemi radieux. Reste la façon dont madame ex-Lennon entreprend la mémoire du grand homme flingué: le Mrs. Lennon avec Peter Bjorn and John et puis No Bed for Beatle John (sic) désacralisent le sujet tout en donnant un carburant de jeunesse à une artiste jamais raisonnable. Un peu vampire certes, mais tout à fait écoutable.

YOKO ONO, YES, I'M A WITCH TOO, DISTRIBUÉ PAR V2 RECORDS.

L'histoire de Yoko Ono, c'est un peu celle de Marie-Antoinette, excepté pour la fin décapitée. Mais elle ramène tellement de rumeurs autour de sa personnalité que la perception en devient floue et même hargneuse. Avant d'être calée dans le rôle de veuve de John Lennon -assassiné en décembre 1980-, Ono entre dans l'histoire Beatles par la mauvaise porte. Celle de la maîtresse mêle-tout du Beatles suprême qui, non contente de s'introduire dès 1968 aux sessions d'enregistrement des Fab Four, se permet d'être 1) artiste d'avant-garde 2) étrangère en provenance de l'ex-ennemi japonais 3) nullement synchro aux canons midinettes sixties. D'où cette image de paria hystérisante aux cheveux de sorcière -et non pas ensorcelants- qui éloigne John de la sacristie beatlesienne pour le dévergonder au bizarroïde. Comme le fameux Bed-In for Peacede 1969 au Hilton d'Amsterdam où John ou Yoko accueillent au pieu une nuée de reporters du monde entier pour leur dire que la guerre du Vietnam, c'est mal. Ce genre d'opération dérange la bienséance de l'époque, comme la pochette d'Unfinished Music n°1: Two Virgins, à l'automne 1968, où John et Yoko paraissent en nu frontal. Ce qui confirme, au passage, que John est bien un homme comme les autres. Hormis une demi-douzaine d'albums où elle accompagne Lennon -dont le grinçant live Some Time in New York City de 1972-, Yoko va développer une carrière musicale perso atypique, néanmoins assurée par une fortune de 500 millions de dollars. Marrant vu que cet album, malgré ses travers jet set -l'amidonné Karl Lagerfeld assume la photo de couverture-, sonne comme la revisitation indie d'un répertoire peu connu, voire carrément méprisé vu le CV de la titulaire. Et c'est là que la surprise agit comme dans un pacte faustien: l'octogénaire chante, agit, grouille, frémit et séduit à la manière d'une nouvelle crève-la-faim new-yorkaise de 30 piges. Le désir intact et le son affûté, les frimas électros et les couinements libres, invitent par exemple les frères Sparks à une pièce montée vocale sur Give Me Something. Et lorsque Yoko s'accouple à tUnE-yArDs, Warrior Woman ressemble à un bizarre Cheval de Troie investissant le territoire ennemi radieux. Reste la façon dont madame ex-Lennon entreprend la mémoire du grand homme flingué: le Mrs. Lennon avec Peter Bjorn and John et puis No Bed for Beatle John (sic) désacralisent le sujet tout en donnant un carburant de jeunesse à une artiste jamais raisonnable. Un peu vampire certes, mais tout à fait écoutable.