A$AP Rocky, Cardi B, Migos ou Future n'ont finalement pas chanté à Lommel ce week-end. Le festival VestiVille promettait, en effet, une affiche qui rassemble quelques artistes très populaires de la scène hip-hop, rap et R'n'B américaine. Il devait attirer 35.000 personnes durant le week-end du 28 au 30 juin à Lommel dans le Limbourg, mais c'était sans compter les failles d'organisation qui ont débouché sur un ratage de dernière minute. Un évènement qui rappelle le Fyre Festival, connu pour avoir fait l'objet d'un documentaire diffusé sur Netflix.

Déjà dans la journée du jeudi 27 juin, le festival avait reçu un avis négatif de la part de Bob Nijs, le bourgmestre de Lommel. À ce moment, les organisateurs font face à quelques problèmes, notamment concernant la sûreté des infrastructures: certaines attractions n'ont pas de certificat d'inspection et une importante compagnie de sécurité a démissionné à la dernière minute à cause de problèmes de payement. Pour le bourgmestre, tout doit être en ordre pour le vendredi matin au plus tard.

Le festival est finalement autorisé à continuer et les premiers festivaliers débarquent vendredi dans les Vestivillas, spécialement aménagées pour l'occasion, ainsi que dans le camping du festival. D'un côté comme de l'autre, la désillusion arrive déjà bien vite: ce qu'ils découvrent ne correspond pas à ce qu'on leur a vendu sur le site Internet, comme le rapportent nos confrères de Knack Focus qui étaient sur place.

C'est même pire au niveau du camping qui a ouvert avec deux heures de retard. La confusion et le désordre font rage à l'entrée. Le ton monte de temps en temps entre les campeurs et les responsables du camping avant de retomber. Il est maintenant 16h30.

À 17h, on ne parle plus que d'une chose sur place. A$AP Rocky, la tête d'affiche de cette première journée de festival vient de publier un tweet annonçant qu'il ne chantera pas à Lommel à cause du manque de sécurité.

C'est à 17h également que le bourgmestre, Bob Nijs, a pris la décision de ne pas autoriser le festival suite à une conversation avec les services de sécurité et l'agent d'A$AP Rocky. Cependant, le festival ne publiera cette décision sur ses réseaux sociaux que 25 minutes plus tard et les milliers de personnes sur place ne seront averties par les parlophones qu'à 17h45.

À l'annonce de la nouvelle, les festivaliers sont furieux, certains viennent de loin et ont dépensé une belle somme d'argent pour se déplacer jusque-là. Des projectiles tels que des bouteilles d'eau et des rouleaux de papier toilette sont lancés avec colère sur l'entrée du site alors qu'on entend scander des "Fuck VestiVille".

À 18h15, les festivaliers sont de moins en moins nombreux. Certains rentrent chez eux tandis que d'autres retournent au camping qui restera provisoirement ouvert. Pour ceux qui restent, l'ambiance est de plus en plus sinistre. La police et ses chiens ont du mal à contenir la foule derrière les barrières à l'entrée festival. Elle finit par s'y frayer un passage et des festivaliers mécontents vont jusqu'à voler de la bière et vider les extincteurs sur les scènes.

Les failles de l'organisation

Peter Decuyper, initiateur du festival I Love Techno et expert de l'événementiel, explique à Knack Focus qu'on a vu arriver ce désastre de loin. Par exemple, VestiVille n'a communiqué aucune annulation d'artiste. En général un festival essuie 10% d'annulation et il est habituel qu'il communique sur un éventuel changement de programme, ce n'a pas été le cas ici, ce qui est assez étrange. Il explique aussi, après avoir fait un tour sur le site, qu'en termes de production, le festival est tout à fait fonctionnel, mais les infrastructures ne sont pas assez importantes et sécurisées pour des artistes de l'ampleur que Cardi B ou A$AP Rocky. D'autre part, Tom Neys, l'ancien porte-parole de l'événement, a indiqué jeudi à Het Nieuwsblad que l'équipe de VestiVille, qui s'est donné pour défi de rassembler Cardi B, Migos et Future sur trois jours à Lommel, était sans grande expérience dans l'organisation d'un festival.

Dans la soirée du vendredi, après l'annonce de l'annulation du festival, le journal étudiant Veto en remet une couche lorsqu'il publie un article intitulé VestiVille: kroniek van een aangekondigde ramp ("VestiVille: Chronique d'un désastre annoncé"). On y décortique la liste des partenaires du festival et on y fait des découvertes étonnantes: une application de payement qui fonctionne au Cambodge avec des cartes SIM cambodgiennes ou encore plusieurs organisations dont la date de création est postérieure à la première annonce du festival.

Les deux organisateurs néerlandais de VestiVille, frère et soeur, ont finalement été interpellés vendredi soir après la décision du bourgmestre de Lommel. Le parquet du Limbourg a ouvert une information concernant le festival. Il suspecte une fraude via de fausses preuves de payement. Les organisateurs néerlandais ont été placés sous mandat d'arrêt dimanche et sont poursuivis pour faux en écriture, escroquerie et abus de confiance.

D'autre part, les sites Eventbrite et Festicket ont annoncé ce lundi que les festivaliers ayant acheté des tickets sur leurs plateformes seront remboursés.

Sophie Decaestecker