De Marseille, dont elle est originaire, Tessæ a le débit-cascade, le sourire solaire, mais pas forcément l'accent. Musicalement aussi, d'ailleurs. En début d'année, la jeune femme, bientôt 20 ans, a sorti une première mixtape intitulée Saisons, qui n'entretient qu'un très lointain voisinage avec les hymnes festifs phocéens façon Jul -"J'ai énormément de respect pour l'artiste, mais ce n'est pas forcément le genre de musique que je vais écouter". Cela n'empêchera pas de classer Tessæ du côté de la "pop urbaine": même si l'étiquette ne veut pas dire grand-chose, pour le coup, elle colle plutôt bien aux morceaux de Saisons, quelque part entre Vitaa et Billie Eilish -l'une de ses influences avouées.
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De Marseille, dont elle est originaire, Tessæ a le débit-cascade, le sourire solaire, mais pas forcément l'accent. Musicalement aussi, d'ailleurs. En début d'année, la jeune femme, bientôt 20 ans, a sorti une première mixtape intitulée Saisons, qui n'entretient qu'un très lointain voisinage avec les hymnes festifs phocéens façon Jul -"J'ai énormément de respect pour l'artiste, mais ce n'est pas forcément le genre de musique que je vais écouter". Cela n'empêchera pas de classer Tessæ du côté de la "pop urbaine": même si l'étiquette ne veut pas dire grand-chose, pour le coup, elle colle plutôt bien aux morceaux de Saisons, quelque part entre Vitaa et Billie Eilish -l'une de ses influences avouées. Comme pas mal d'artistes de sa génération, c'est via les réseaux sociaux que Tessæ a fait sa place. Un premier gros coup de pouce viendra de Booba. Quand B2O organise un concours de reprises de son morceau Arc-en-ciel, en 2019, c'est elle qui le remporte, gagnant le droit d'accompagner le rappeur maximo sur scène, lors du festival We Love Green. Depuis, Tessæ a réussi à accumuler les clics grâce notamment à un morceau comme Bling, devenu viral sur TikTok. Elle s'est également offert la participation du toujours très bankable (Maître) Gims sur le titre Le coeur n'y est plus. Et, récemment, ce sont les "anciens" d'IAM qui l'ont invitée dans le cadre de leur carte blanche pour l'émission Du son sur les toits, diffusée sur France 2. Certes, le Covid a pu empêcher Tessæ de goûter pleinement à ce début de succès. Mais il n'est pas impossible qu'il l'ait aussi préservée d'un tourbillon encore plus compliqué à gérer. C'est que, mieux que quiconque, Tessæ sait à quel point les réseaux sociaux sont à double tranchant. En l'occurrence, ils l'auront autant servie que poussée à terre, laminée par des années de harcèlement en ligne. À Marseille, Tessa de son vrai prénom grandit dans le quartier de Beaumont, dans le douzième arrondissement. Gamine, elle prend ses premiers cours de piano, mais n'accroche pas au solfège. Elle préfère aller chanter avec sa mère, qui s'est inscrite dans une chorale, à la Maison pour tous, à côté de chez eux. "À neuf ans, je suis montée pour la première fois sur scène. Je devais chanter Mistral gagnant, mais j'ai oublié la moitié des paroles" (rires). Pas grave, Tessa a chopé le virus. Elle est convaincue que la musique est son avenir. "Ce qui m'a valu pas mal de moqueries. Déjà en primaire, je n'évoluais pas dans un milieu très sain. Mais au collège, c'est devenu encore plus tendu." Ses camarades la trouvent trop rêveuse, lunaire. "J'étais entourée de personnes qui me rabaissaient." Petit à petit, elle se replie sur elle-même, s'accrochant à des modèles comme Rilès, le chanteur rouennais qui, depuis sa chambre, et avec un minimum de relais médiatique, a réussi à bâtir sa propre success story. Un jour, elle va le voir en concert. "J'étais au plus mal. ça a provoqué un déclic. II m'a donné la force pour assumer mes envies de musique." À l'école, cependant, les choses ne s'arrangent pas. Dans une tribune publiée dans Libération, Tessæ a détaillé les brimades, qui se transformeront bientôt en harcèlement. Par exemple, quand elle se fait enfermer dans les toilettes, bastonner, et même pousser au suicide sur les réseaux. "Pendant longtemps, j'ai gardé tout ça pour moi. Mes parents l'ont appris en lisant la première interview dans laquelle j'en ai parlé." Arrivée au lycée, la situation se dégrade encore davantage. Tessæ développe une phobie scolaire, qui s'aggrave d'autant plus que sa maman tombe malade, atteinte d'une leucémie. "J'étais au fond du trou. Je n'arrivais même plus à passer les grilles du lycée. L'école, qui me soutenait jusque-là, avait de plus en plus de mal à comprendre. À un moment, je me suis retrouvée en hôpital psychiatrique pour adolescents." Finalement, Tessæ parvient à se faire scolariser à la maison. Via Twitter, elle est aussi en contact avec Sofian El Gharaffi, manager de Rilès, qui décide de la soutenir. La suite est connue. "Par un drôle de retournement de situation", les réseaux, qui avaient servi d'instrument de torture, lui permettent d'accéder à un début de notoriété. "Ils m'ont à la fois enfoncée, et changé ma vie du jour au lendemain." Elle n'en est pas totalement guérie pour autant. "Là, j'ai tout désinstallé. J'ai juste gardé Instagram. Mais même comme ça, ça me ronge encore parfois. Quand je suis vraiment mal, la seule solution est alors de tout supprimer, en mode reset -récemment, par exemple, j'ai effacé toutes les photos de mon téléphone. J'ai besoin de remettre les compteurs à zéro. Sinon, c'est tout fucked up dans ma tête..."