Monter une programmation de films documentaires en plein confinement, de chez soi, c'est quelque part "chercher à retrouver, à partager, les chaudes couleurs humaines de la vie urbaine", écrit Pauline David, coordinatrice du festival En ville!, au sujet de la généreuse sélection qu'elle chapeaute ces jours-ci sur l'incontournable plateforme Tënk. En tout, ce sont pas moins de sept propositions (trois courts métrages et quatre longs), tantôt lumineuses, tantôt plus amères, qui invitent à "se laisser surprendre par ce que cette géographie en mouvement nous raconte de nos villes et de celles et ceux qui les font vivre". Présentation.
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Monter une programmation de films documentaires en plein confinement, de chez soi, c'est quelque part "chercher à retrouver, à partager, les chaudes couleurs humaines de la vie urbaine", écrit Pauline David, coordinatrice du festival En ville!, au sujet de la généreuse sélection qu'elle chapeaute ces jours-ci sur l'incontournable plateforme Tënk. En tout, ce sont pas moins de sept propositions (trois courts métrages et quatre longs), tantôt lumineuses, tantôt plus amères, qui invitent à "se laisser surprendre par ce que cette géographie en mouvement nous raconte de nos villes et de celles et ceux qui les font vivre". Présentation. Dans un quartier de Naples connu pour ses trafics, deux adolescents liés par une amitié indéfectible et équipés d'un smartphone filment leur quotidien, entre glande et rêveries, dans un rapport assez ambivalent à leur propre image. Attachant et joueur, le film, brillamment monté, se fait plus grave quand on comprend que cette petite communauté porte sur elle le poids de plusieurs jeunesses arrachées à la vie, dont celle de Davide, seize ans, injustement tué en rue par un carabinier. Les frontières entre le vrai et le faux, le réel et la fiction, se floutent au sein de cet étonnant objet hybride qui questionne notre regard tandis que le sien, empreint de poésie, embrasse des bouts de vies cabossées rassemblés en récits de résistance. Dans un jardin urbain de Shoreditch transformé en scène de théâtre à ciel ouvert, à mille lieues des clichés hipsterisants de ce quartier londonien, on panse ses blessures par le groupe, l'échange, le partage et le jeu. Intense. D'un endroit à l'autre, d'un milieu à l'autre, le film se laisse dériver et enfile, comme des perles sur un collier, les découvertes et les rencontres finissant par former un chapelet de portraits métissés où se dessine aussi en creux celui d'une ville-mosaïque, Bruxelles, carrefour énergétique où se rejouent les grâces et les contradictions du monde. Adressant ses questions identitaires de manière très intuitive, Our City caresse les espoirs des uns et les libertés des autres. Une bande de gamins des rues roumains évolue sans pudeur devant la caméra d'un duo de réalisateurs belges dans cette chronique sociale qui est aussi celle d'un amour à l'épreuve du monde, pas toujours forcément du genre accueillant. Gigi, 17 ans, et Monica, 15 ans, vivent dans une cache froide et humide de la gare du Nord de Bucarest. Bientôt, un enfant va naître de leur union et changer la donne... Du souffle et du coeur: Monica a des papillons dans la tête, et nous dans le ventre. L'aventure est au coin de la rue dans ce court docu où la réalisatrice tente, depuis son appartement parisien, de comprendre les agissements d'un habitant du quartier dont l'étrange rituel consiste à secouer très fort un ou plusieurs téléphone(s) vers le ciel en quête de quelque chose. Mais quoi? Une merveille de petit film-enquête, ludique, malin, sensible, qui en dit long sur les histoires que l'on peut se raconter derrière chaque porte, derrière chaque fenêtre de la ville. Stimulant ensemble muet et en noir et blanc de saynètes urbaines prises sur le vif, In the Street voit la photographe américaine Helen Levitt, le romancier James Agee et la peintre Janice Loeb tenter de prendre le pouls de Harlem et de ses habitants au coeur d'un été écrasant du mitan des années 40. Devant leur caméra, les rues se transforment en scène de théâtre et en joyeux champ de bataille, capturant sans avoir l'air d'y toucher ce qui en fait l'essence: le sel de la vie. Face à un dispositif un peu gadget d'écran splitté en trois images, le spectateur découvre la nuit congolaise, immense gueule noire faiblement éclairée en attente de la concrétisation du méga-barrage hydroélectrique Grand Inga. Rythmé par les actualités radiophoniques, le court métrage Nuit debout a davantage valeur de témoignage socio-économique que de trésor cinématographique, pas très... électrique pour le coup. Sans doute la proposition la moins aboutie de la sélection.