Jusqu'ici, il avait pris l'habitude de se planquer. Que ce soit au sein du groupe L'Or du commun (avec Loxley et Primero). Ou en tant que "backeur" sur les concerts de Roméo Elvis. Cette fois, pourtant, Swing -monosyllabe ronde, élastique, synonyme de cool mais en plus fondant, débarrassée de toute trace d'ironie- a décidé de monter seul au front. "C'est quelque chose que j'ai toujours voulu tenter au moins une fois, glisse le rappeur quand on le rencontre dans les bureaux de son label, la Brique . Mais, en même temps, cela n'a rien de naturel pour moi. C'est une autre démarche, plus égoïste, plus autocentrée, qui m'a longtemps fait un peu peur." La tournée marathon aux côtés de Roméo Elvis lui a permis de nuancer son jugement, de réaliser que l'exercice n'est pas forcément synonyme de course en solitaire. "Je comprenais enfin quels pouvaient être les aspects positifs de la démarche."
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Jusqu'ici, il avait pris l'habitude de se planquer. Que ce soit au sein du groupe L'Or du commun (avec Loxley et Primero). Ou en tant que "backeur" sur les concerts de Roméo Elvis. Cette fois, pourtant, Swing -monosyllabe ronde, élastique, synonyme de cool mais en plus fondant, débarrassée de toute trace d'ironie- a décidé de monter seul au front. "C'est quelque chose que j'ai toujours voulu tenter au moins une fois, glisse le rappeur quand on le rencontre dans les bureaux de son label, la Brique . Mais, en même temps, cela n'a rien de naturel pour moi. C'est une autre démarche, plus égoïste, plus autocentrée, qui m'a longtemps fait un peu peur." La tournée marathon aux côtés de Roméo Elvis lui a permis de nuancer son jugement, de réaliser que l'exercice n'est pas forcément synonyme de course en solitaire. "Je comprenais enfin quels pouvaient être les aspects positifs de la démarche."Voici donc Marabout, l'une des meilleures nouvelles venues du front (hip-hop) belge, en ce début d'année (en France, Konbini a même fait de Swing l'un des noms à suivre en 2018). Au menu, dix titres d'un rap au groove juteux et organique, à l'esprit soul et jazzy, pas très loin d'une version locale de Chance The Rapper. Sur des productions signées notamment Mataya ou Le Motel, Swing -Siméon Zuyten de son vrai nom- rappe et chante, passant de l'un à l'autre avec une aisance déconcertante. Presque trop facile. "Disons que, dans la vie, j'aime que les choses soient simples. Dans mon esprit, si cela devient trop compliqué, c'est que c'est mal embarqué." Swing, un gars sans prise de tête, zen et serein? Il s'en est posé, pourtant, des questions, avant d'en arriver là... Se lancer dans la musique est en effet toujours un pari. A fortiori dans un hip-hop qui n'a pas toujours bénéficié de l'exposition médiatique actuelle. "C'est clair. J'aurais pu choisir une voie plus facile. Cela aurait été moins amusant, mais j'aurais eu plus de garanties." Dans la poche, tout de même, une licence en biomédical. Au cas où... "Mes parents ont toujours été très ouverts. Mais ma mère, par exemple, considère que les études sont une chance. Elle ne pouvait pas comprendre qu'on ne la saisisse pas, surtout vu son parcours." En l'occurrence, celui d'une Rwandaise qui doit reprendre ses études à zéro quand elle débarque au pays avec son mari belge et une première petite fille en commun. Quelques années plus tard, en 1991, Siméon complète le tableau familial. "Marabout , c'est une façon d'évoquer mes racines africaines, et cette recherche d'appartenance qui travaille tout le monde, mais qui est souvent plus aiguë chez les enfants métis." Précision: il n'a jamais mis les pieds au Rwanda, ni même en Afrique. "Du coup, j'ai une vision très fantasmée du pays. Quand je dis par exemple que ma grand-mère est une marabout, ce n'est évidemment pas le cas (rires). Mais je me souvenais que, petit, ma mère m'avait expliqué qu'elle était une sorte de guérisseuse qui soignait avec des plantes: en gros, elle pratiquait l'homéopathie, quoi!" (rires). Cette grand-mère, il l'a rencontrée une seule fois, quand elle est venue en visite en Belgique. "Je devais avoir 14 ans. J'en ai gardé quelques souvenirs marquants. Je me rappelle par exemple qu'en traversant la campagne, elle avait lâché, en voyant les arbres, et les bosquets: "C'est bien ici, il y a plein d'endroits où se cacher, si la guerre éclate!" J'avais trouvé dingue de penser ça." Sauf évidemment quand on connaît l'histoire du Rwanda: le génocide de 1994 n'a pas épargné la famille de Siméon... De cette matière biographique, il n'est cependant jamais question dans Marabout. Question de pudeur? Plus loin, on l'interroge encore sur le racisme dont il ferait éventuellement les frais. "Honnêtement, je ne peux pas dire que cela m'affecte." Tout de même, il y a l'anecdote de cette voisine qui, pendant plusieurs mois, a préféré éviter la famille. "Elle nous a expliqué par la suite qu'elle avait eu peur à cause de l'épidémie d'Ebola..." On écarquille les yeux, sidéré. "À la campagne, où j'ai grandi, c'est parfois comme ça. Mais ce n'est pas méchant. C'est juste de l'ignorance, dont les porteurs sont aussi les premières victimes. Il faut passer au-dessus de ça."Il ne faudra donc pas compter sur Swing pour prendre la pose ghetto revendicatrice. Très peu pour lui. D'ailleurs, même quand il scénarise un meurtre (Corbeaux), c'est moins pour se la jouer gangster que pour évoquer la question des remords qui rongent, "comme dans Crime et Châtiment , de Dostoïevski, que mon père m'avait fait lire, et qui m'a complètement fasciné". Avec Marabout, Swing prône les good vibes, loin des délires bling bling et des obsessions matérialistes. "J'essaie d'atteindre l'opulence intellectuelle", revendique-t-il sur Richesse. Il s'agit aussi de montrer qu'il est possible d'être ambitieux, sans tomber forcément dans l'arrogance ou rouler des mécaniques. "À quoi bon attendre un signe?/Pas de plafond, juste des peurs qu'on s'imagine", lâche-t-il ainsi sur Canopée. De quelles peurs parle-t-il? "Ce sont toujours un peu les mêmes. On évolue dans un milieu où l'ego est très important. À observer de l'intérieur, cela en devient parfois risible. D'autant que c'est encore renforcé par les réseaux sociaux. Les gens finissent par avoir une image de toi, et tu as tendance à t'y conformer. Au début, avec L'Or du commun, quand on se retrouvait sur une scène gratuite, devant cinq personnes, c'était Noël. Aujourd'hui je m'entends parfois dire: "Quelle loge pourrie!" J'ai honte. Donc oui, pour moi, le plus dangereux, c'est l'ego. Mais je ne pense pas que ce soit une fatalité. Aujourd'hui, quelqu'un comme Kendrick Lamar est une grande source d'inspiration. C'est une icône, et en même temps, il vient avec quelque chose de très humain, très accessible. C'est la preuve qu'on n'est pas tous obligés de faire le James Brown. Moi en tout cas, je ne veux pas."