Sim City, le jeu qui vous transforme en Gilet jaune
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Cela fait maintenant quelques jours que je joue à Sim City sur mon smartphone. Une bonne partie de la semaine dernière cloué au lit par une sinusite carabinée d'abord, par une rage de dents ensuite, j'ai commencé ce jeu par dépit, avant de gentiment m'y laisser prendre. Ça y construit des buildings, ça y produit des clous et des smoothies et il semblerait que j'y sois un "bon maire"; le taux de satisfaction de mes administrés descendant rarement au-dessous de 95%. Vendredi, il y a bien un gros problème "d'eaux usées" qui m'a fait plonger à 65% mais c'est depuis réglé. Il suffisait d'investir dans une station d'épuration. On le voit: passionnant, Sim City ne l'est vraiment pas. Je pense néanmoins que c'est un jeu dangereux, de nature à transformer les gens en Gilets jaunes, à inciter bien davantage à la violence que toute la série GTA ou Manhunt. Surtout par ces temps troublés. Au fur et à mesure que la population de votre Sim City augmente, il vous faut en effet construire de nouvelles cliniques et des hôpitaux. Sans quoi, votre taux de satisfaction chute et s'il chute vraiment à pic, je crois qu'on en arrive très vite au "game over". Or, quand souffrant dans son lit, on passe de Sim City à l'actualité et de l'actualité à Sim City, on en vient vite à se demander pourquoi, dans le monde réel, après plus d'un an de pandémie, on n'a toujours pas construit plus de cliniques et davantage d'hôpitaux. Enfermer les Sims chez eux et leur interdire de faire la fête, c'est l'assurance de plonger à 35% de satisfaction et voir la ville se vider. Construisez des hôpitaux et le jeu vous proposera par contre très vite l'ouverture d'une base spatiale et d'un aéroport vous rapportant 10.000 simflouze la journée. Non mais t'entends ça, Frank Vandenbroucke? T'entends ça? Entre deux cachous anti-inflammatoires, j'ai aussi cette semaine commencé cette série d'horreur de 2018, The Terror. Arrivé à la moitié de la première saison, je ne la trouve pas très folichonne: le rythme est problématique, les ellipses temporelles incompréhensibles et les scènes d'action illisibles. Plus ennuyeux encore, dès qu'enfin cerné le "terrible" monstre, celui-ci, mal foutu, ressemble très fort au très gentil Falkor de L'Histoire sans fin que l'on aurait privé de croquettes. Pointe de lassitude également devant un scénario qui semble juste greffer celui d'Alien sur une aventure bien réelle, l'abominable désastre de l'expédition maritime Franklin, en 1845-48. Une affaire pourtant tellement sinistre (cannibalisme, mutineries, empoisonnements au plomb, climat arctique...) que l'on se demande dès lors bien pourquoi encore y ajouter du surnaturel au moment de la transformer en objet de pop-culture? Cela dit, vu que The Terror reste malgré tout plutôt regardable (chouettes gabardines, gore pas mal, coups de fouets homo-érotiques...), le plus navrant est plutôt à pointer du côté du traitement médiatique de cette série. On la dit en effet souvent "glaciale". Alors déjà, je trouve qu'il faut vraiment tenir du jeanfoutre de première bourre et de la feignasse illettrée et sans imagination aucune pour utiliser ce terme au moment de résumer une histoire se passant principalement durant l'hiver arctique et mettant en scène une bande de types affamés, angoissés et, littéralement, au bout de leurs vies. Une petite recherche sur Google fait toutefois vite rendre compte que dans la critique culturelle, "glacial" est un terme aussi très régulièrement utilisé pour qualifier des polars sans espoir, des thrillers technologiques et des histoires de couples qui finissent mal. Et moi dès lors de me dire que c'est en fait peut-être bien tout simplement le premier adjectif à la mode sorti du chapeau magique servant à qualifier chaque film où une destruction complète de système planétaire habité n'est pas accompagnée d'une petite blague ou d'une punchline dont tirer des t-shirts. "Un film glacial" ne serait donc pas qu'un "film dans la neige". Ça pourrait tout simplement être le synonyme d'un "cinéma plutôt adulte, à l'ancienne, pas du Zack Snyder, du Star Wars ou du Marvel". Ce qu'est donc The Terror, à défaut d'être une réussite. Longtemps, à chaque fois que j'ordonnais à YouTube de se lancer, celui-ci tenait d'abord à m'infliger un clip de Zaz. Je ne sais pas par quel maléfice. Un algorithme bloqué sans doute ou quelque partenariat commercial douteux. J'avais beau regarder des heures et des heures de podcasts de Joe Rogan, des clips de post-punk et de funk libanais, boum, à chaque lancement de la plateforme: Zaz. Des mois comme ça. Encore heureux que je sois toujours parvenu à stopper la chanson au bout de quelques secondes... Et puis là, en fin de semaine dernière, il s'est passé un truc assez dingue. Zaz a complètement disparu des radars. Désormais, quand j'ouvre YouTube, c'est June Tabor et Laibach que l'on me propose, ce qui n'est pas trop ma tasse de thé non plus, mais se rapproche quand même considérablement de mes goûts et habitudes de consommation. Là où l'algorithme YouTube s'est visiblement considérablement amélioré en revanche, c'est dans les recommandations basées sur l'écoute en cours. J'étais bien tranquille dans l'Ethiopian Knights de Donald Byrd et voilà que YouTube me propose le génial Om Shanti Om de Don Cherry. Découverte majeure du trimestre, merci les gars. Je prends un autre soir la peine de m'intéresser au Hearken To The Witches Rune de Dave & Toni Arthur et là, YouTube me signale l'existence de Nic Jones, six albums de folk anglais "à la Wickerman" totalement de la même veine. Bref, on a de l'algorithme qui tape juste depuis quelques jours. Encore qu'au milieu du folk anglais sixties/seventies et du jazz cosmique s'est aussi glissé une proposition d'écouter un album de 2012 de... Soko. Ce qui me fait demander si un jour, on ne va pas découvrir que YouTube ne fonctionne pas avec des algorithmes comme il le prétend et que c'est juste un programmateur de La Première qui fait de la curation en dehors de ses heures. Un bon scénario d'horreur "glaçante" ça, tiens...