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>> Lire également nos 12 coups de coeur des Nuits.Il arrive tout électrique. On croit qu'il a lu le portrait de Pierre-Jean Vranken, même pas. Ce mercredi 26 avril, Paul-Henri Wauters est dans le bain qui précède de peu le marathon des Nuits Botanique, qui se tiendront du 11 au 24 mai. Surtout, il gère avec la directrice générale Annie Valentini et l'équipe du Bota le feuilleton du Cirque Royal et cette infameuse lettre anonyme médiatisée en janvier, accusant la tête de l'entreprise de choses peu valorisantes, comme de harcèlement du personnel et d'islamophobie. "Le lendemain de sa publication sur le site du Vif, deux travailleurs d'origine marocaine du Bota m'attendaient pour me dire qu'ils n'étaient absolument pas d'accord avec ces accusations", lâche Paul-Henri avant l'entretien. Wauters, né en 1960, étudie les humanités latin-grec à Saint-Pierre à Jette, fait la musicologie à l'UCL, une licence spéciale en philosophie et un post-graduat en anthropologie culturelle. Il entre au Botanique en 1988 comme assistant au service musique, devient responsable du département l'année suivante et est nommé directeur adjoint en 2006. Cet étiqueté CDH qui dit ne pas avoirdeconviction religieuse a parfois la componction d'un évêque qui aurait disséqué la dialectique marxiste: PHW adore mettre en scène les éléments théoriques de sa propre démarche sur le terrain. Un intellectuel aux goûts éclectiques, et ce n'est pas une insulte. Un quinqua qui a aussi des cojones: en 2005, lors d'un reportage réalisé pour la RTBF sur Clear Channel -par après rebaptisé Live Nation-, Wauters est l'un des (très) rares personnages du milieu musical acceptant de répondre aux questions sur cette compagnie américaine à portée monopolistique. Sinon, les Nuits, c'est un budget de 800.000 euros et "autour de 30.000 personnes" pour équilibrer les comptes. Le Botanique, c'est aussi 251 concerts et 600 artistes par an, une subvention de fonctionnement de la FWB à hauteur de 3.049.000 euros sur un total de recettes de 5.604.882 euros, tous chiffres de 2016. La Ville de Bruxelles a décidé de passer du rôle de régulateur à celui d'opérateur et a voulu récupérer le Cirque Royal -qui lui appartient- avant le terme du contrat qui nous liait à elle, le 1er juillet 2026. Un mélange de genres: demain, la Ville pourrait décider de faire de l'hôtellerie... Juridiquement, la Ville a le droit de casser la convention mais cela pose des questions de fond et de forme. Pourquoi arrêter le deal Bota-Cirque qui rassemble 300.000 personnes par an? Le Botanique a fait des recours au Conseil d'Etat, les premiers ont été rejetés, reste celui sur le fond, normalement délibéré au printemps 2018. Oui, la Ville de Bruxelles a refusé la co-gestion du Cirque avec nous. Il faut comprendre qu'un opérateur de concerts ne peut pas développer une activité s'il n'a pas la maîtrise absolue du planning. Aujourd'hui, entre une proposition d'agent pour tel groupe et la décision, il peut se passer cinq minutes. Pour l'appel d'offre, il fallait amener la "preuve" qu'on pouvait investir dans le Cirque, ce que nous avons déjà fait par ailleurs comme locataire: deux millions d'euros en 18 ans. Et la seule manière de répondre à l'appel de l'été dernier était d'amener un partenaire ayant les fonds: le groupe Sportpaleis mettait d'emblée trois millions d'euros sur la table! On vit une période très complexe à tous niveaux: le passage au virtuel est spectaculaire, le monde du disque s'est effondré, les artistes peinent à trouver des revenus en dehors de la scène et l'implication du privé est grandissante. On a besoin d'une régulation objective du politique et je salue le travail de la ministre Alda Greoli parce qu'elle ne montre pas du tout de clanisme et travaille sur l'essentiel. Le clanisme est dépassé et ne correspond pas à l'intérêt général. Je suis président de la commission des musiques pop-rock-hip hop-jazz-chanson au ministère, et il y a une vraie explosion de vitalité musicale en FWB. Le Botanique y a contribué. Et là, on est dans une phase de complète dérégulation: la Ville dispute à la FWB un pôle d'influence par une dangereuse dérive. Ici, quand on engage quelqu'un, on ne regarde pas sa couleur politique. Le Paradiso à Amsterdam fait cinq concerts par jour et je reçois 25-30 propositions au quotidien, on en prend une ou deux, ce n'est pas facile de choisir: 40% des artistes du Botanique viennent de la scène belge. Je préférerais faire quatre créations par an dans lesquelles je prendrais un plaisir personnel mais on a une mission. Malgré la quantité proposée, les gens viennent au concert, font un choix. La profusion, c'est l'anonymat et le rapport distant avec l'événement. Ce courrier anonyme est ignoble: quand quelqu'un entre en frustration, tout devient négatif. Ce sont des gens qui ne me parlent pas de leurs problèmes (sic), me sourient quand je les croise et tapissent à quelques-uns une résistance acharnée. Ils sortent un courrier qui n'est qu'à charge, deux heures avant une réunion syndicale. Ces gens ne savent pas ce qu'est le travail ici. Le Conseil d'Administration ainsi que certains médias ont pris leur distance parce qu'ils se sont rendus à l'évidence que le Botanique, qui fait tant d'activités, ne pourrait être à ce point mal géré. C'est impossible. Si c'était vrai, le Bota serait fermé depuis dix ans. Ceci dit, on travaille beaucoup, on a le nez dans le guidon et certaines personnes peuvent être à la traîne. Là, on a vu la quarantaine de personnes du Botanique individuellement et... Oui, c'est vrai, mais le syndicat relaie les problèmes des gens. Ceux qui ont fait cela ne sont pas venus me voir, il n'y a rien de pire que la mauvaise foi et la méchanceté. On en a discuté avec le CA qui partage notre dégoût qu'on ait pu donner un tel retentissement à un courrier anonyme. Cela nous a pris beaucoup de temps et d'énergie qu'on devrait consacrer à d'autres choses, c'est une vraie souffrance cette histoire-là. On continue dans le registre catastrophique (...), on a perdu beaucoup de naïveté et de spontanéité, mais on a décidé de ne pas baisser la voilure et de continuer à encourager les gens à sortir de leur cocon: l'an passé, quelques belles têtes d'affiche nous ont permis de passer la barre des 35.000 visiteurs contre celle des 30.000 en 2015. Cette année, les artistes en révélation sont nombreux: Valgeir Sigurdsson, Kelly Lee Owens, Bing & Ruth, Thor & Friends sont des perles de rareté, des diamants bruts qui demandent un gros travail de préparation. Le dynamisme d'un lieu n'est pas l'ennemi de la rareté: il faut un ramdam, du mouvement, de l'intensité lumineuse qui appellent les gens. On n'a jamais eu autant de préciosités que cette année. On a cette très jolie soirée avec An Pierlé et la suite de son album à l'orgue, création à l'église royale de Laeken, coproduite avec l'AB. Et puis aussi une VRAIE rareté, Lubomyr Melnyk, compositeur ukrainien à la virtuosité poétique, en compagnie de Terry Riley, l'un des trois papes de la musique minimale avec La Monte Young et Steve Reich, accompagnés par Musiques Nouvelles. On a fait des dizaines de soirées ensemble parce qu'on n'a pas trouvé de meilleure chose pour un artiste que d'être confronté entre deux disques à l'univers de la musique classique. Et qu'il puisse aller jusqu'au bout de cette logique-là avec quelqu'un comme Jean-Paul Dessy (dirigeant de Musiques Nouvelles) mais aussi l'arrangeur Stéphane Collin, qui a bossé avec Robert Wyatt, Tindersticks et beaucoup d'autres, de façon extraordinaire. Là, on a trois projets avec Musiques Nouvelles: La Jérôme, notre voix soul nationale qui a entre autres joué avec Marc Moulin, dans une création avec un quatuor à cordes, la finale avec Terry Riley et puis Le Grand Final au Cirque Royal. Titre clin d'oeil pour un concert où Arno, Girls In Hawaii et Melanie De Biasio ont choisi chacun cinq-six chansons arrangées par Collin et accompagnées par un petit symphonique, soit une dizaine de cordes, des percussions et une demi-douzaine d'instruments à vent. Le tout avec des capacités harmoniques formidables et la découverte d'une autre facette des artistes. On est dans une fourchette entre 10-12 et 19 euros, et on lance un abonnement de dix concerts dans une liste de 22 découvertes pour 75 euros et cinq concerts pour 40 euros. Les petites pépites du Grand Salon (un des cinq lieux des Nuits avec le Cirque, le chapiteau, l'Orangerie et la Rotonde) et le projet de Bachar Mar-Khalifé, artiste de jazz oriental libanais, qui rappelle un peu les débuts d'Ibrahim Maalouf. Nous le montons avec la collaboration de l'ADAMI en France, une création mondiale sur le travail du joueur d'oud nubien, Hamza El Din. Mon jus vient de la musique elle-même et du besoin des artistes d'avancer et de se développer: on est porté parce qu'il y a au Botanique une grande majorité de gens qui croient à leur métier et sont heureux de le faire. Le débat entre le virtuel et le vivant n'est pas fini: la musique campe vraiment sur le terrain live du risque et de l'empathie. Les concerts et la participation collective à un événement où un artiste présente l'aboutissement de centaines d'heures de travail, sans filet, rappellent aux gens la condition humaine, le sens du partage et de l'ouverture. Plus que jamais, c'est important.