Ca vous a plu? Vous en voulez encore? Pas de souci, Roméo Elvis remet ça. C'est ça, être rappeur en 2018: ne jamais s'arrêter, maintenir la pression et rester sur la balle. "C'est le plus compliqué. J'ai des amis, qui, en deux ans, ont loupé le tournant, ils ne comprennent plus rien à ce qui se passe. Ça va très vite."
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Ca vous a plu? Vous en voulez encore? Pas de souci, Roméo Elvis remet ça. C'est ça, être rappeur en 2018: ne jamais s'arrêter, maintenir la pression et rester sur la balle. "C'est le plus compliqué. J'ai des amis, qui, en deux ans, ont loupé le tournant, ils ne comprennent plus rien à ce qui se passe. Ça va très vite." Aujourd'hui, le rappeur de Linkebeek repart donc au front, sans jamais l'avoir longtemps délaissé. Au programme, la ressortie de Morale 2, commis avec Le Motel, en édition deluxe. "La proposition vient du label. Ça avait surtout du sens par rapport à la France, où il reste encore pas mal de choses à faire. On a donc surfé là-dessus mais en voulant proposer quelque chose qui vaut le coup. On est repartis sur un vrai travail de fond créatif. Comme pour un nouvel album, mais sans la pression." Outre un remix (Drôle de question), la réédition propose pas moins de dix nouveaux morceaux! Pourquoi ne pas en avoir fait simplement la matière d'un Morale 3? "D'abord parce que ça aurait signifié la fin de la série, qu'on a toujours vue comme une trilogie. Et puis, il n'est pas aussi "complet" que Morale : il n'y a pas de morceaux lents, pas d'invités, etc. Ce n'est que de l'amusement. Ou de la technique. Je suis revenu par exemple sur Samy (suite de La Voiture et La Valise, sur le premier volet de Morale, NDLR), pour répondre un peu aux puristes qui trouvaient que j'étais devenu trop "crémeux".Puis il y a des morceaux comme Strauss & paillettes, Pogo, ou L'Amour avec des crocos . Pour celui-là, on a mis 20.000 euros pour faire la vidéo de l'année. Franchement, ça va être le clip le plus choquant de l'Histoire du rap belge!"Voilà pour le côté grande gueule. Mais aussi un peu rigolard évidemment -on n'est pas certain que tout cela soit très sérieux. De toutes façons, Roméo Elvis assume tout, y compris ses contradictions. Il faut d'ailleurs lui reconnaître au moins une chose: malgré le succès, l'intéressé ne cadenasse pas encore (trop) son discours. Même quand il fait mine de se censurer -"On est en période promo, c'est pas simple, faut avoir une certaine langue de bois..."-, il réussit à faire passer le message. Un peu comme lors de la récente cérémonie des D6bels Music Awards, dont il est reparti avec deux récompenses, mais sans triomphalisme ... "Disons que je n'avais pas envie de trop jouer le jeu de la RTBF, qui fait comme si de rien n'était, après avoir attendu jusqu'en 2018 pour mettre en avant des artistes hip-hop. Même aujourd'hui, quand on voit ce qu'elle propose, franchement... L'an dernier, j'avais déjà poussé une gueulante. Donc ça aurait été hypocrite de réclamer de la reconnaissance, et puis, quand elle arrive, de la snober. Mais je ne voulais pas non plus en faire des caisses. Le même soir, on a reçu le disque d'or. La maison de disques voulait qu'on fasse une photo sur scène. On a préféré filer en coulisses, la faire dans les cuisines" (rires). Ce soir-là, le poids lourd du rap belge actuel, Damso, est, lui, reparti les mains vides. "Honnêtement, Damso pourrait remporter ce qu'il veut s'il mobilisait sa fan base. Mais il n'en a rien à foutre, et il a bien raison! Moi, je gagne parce que je sollicite les gens. Henri PFR, c'est pareil: il a fait voter comme un cinglé! Même pendant la cérémonie, il passait son temps sur les réseaux, à supplier les gens" (rires). Au-delà, la soirée est venue consacrer, s'il le fallait vraiment encore, le rap comme la lingua franca musicale du moment. La nouvelle pop, pour reprendre une expression devenue bateau. "Bateau, je ne sais pas. C'est juste un fait. Je le défends depuis longtemps en tout cas." À cet égard, Morale 2 aura débloqué pas mal de choses. Sur Chanmax, Roméo Elvis rappe: "J'ai commencé le rap dans des salles pleines de rappeurs/Aujourd'hui, c'est des nanas de 15 ans et demi". Plus révélateur encore, sur Strauss & paillettes, il balance: " Ils disent qu'ils connaissent bien le rap/Mais, en fait, ils n'écoutent jamais que du Elvis". "C'est une évidence. J'en connais tellement! Mais ce n'est pas grave. Ça me fait plutôt rire. Bien sûr, je reste un rappeur. Mais ceux qui m'écoutent et qui se déclarent fans de rap, c'est comme des mecs qui auraient fait un stage de boxe et prétendraient s'y connaître en arts martiaux" (rires).Roméo Elvis récolte bien ce qu'il a semé. Sans doute au-delà de ses espérances, mais en revendiquant toujours tout ce qu'il a proposé. Quitte à exagérer, comme sur le morceau Série B et son refrain aussi catchy que volontairement neuneu. "Sur ce morceau en particulier, on est en effet à la limite de l'exercice", rigole l'intéressé. "Si je pousse encore un peu plus loin, on bascule dans autre chose." Ce qui est une hypothèse pour le futur? Alors qu'il s'apprête à sortir une collaboration " très chantée" avec le producteur français Myth Syzer, Roméo Elvis donne presque l'impression de préparer le terrain. "Je ne sais pas. Je constate juste que je suis en train de virer complètement de bord. J'écoute beaucoup de trucs funk, années 80... Du coup, pour mon premier véritable album solo, il n'est pas impossible que je vrille complètement." À suivre, comme on dit...