C'est l'un des groupes les plus injustement méconnus d'Angleterre. Signé depuis ses débuts sur un label indépendant important, ce Domino à qui l'on doit l'éclosion des Arctic Monkeys, Kills et autres Franz Ferdinand, Clinic n'a jamais été vraiment à la mode ou dans l'air du temps. Et ce même si le monde entier a été contraint et forcé d'adopter sa tenue de scène. Ces masques chirurgicaux qu'ont imposés le virus, la pandémie et les règles sanitaires. Clinic est né à la fin du siècle dernier, en 1997, quand les deux amis d'enfance, Ade Blackburn et Jonathan Hartley, ont rangé Pure Morning au placard, recruté Brian Campbell et Carl Turney et habillé leur son punk et garage avec des vieux claviers trouvés sur des marchés aux puces et des vide-greniers.
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C'est l'un des groupes les plus injustement méconnus d'Angleterre. Signé depuis ses débuts sur un label indépendant important, ce Domino à qui l'on doit l'éclosion des Arctic Monkeys, Kills et autres Franz Ferdinand, Clinic n'a jamais été vraiment à la mode ou dans l'air du temps. Et ce même si le monde entier a été contraint et forcé d'adopter sa tenue de scène. Ces masques chirurgicaux qu'ont imposés le virus, la pandémie et les règles sanitaires. Clinic est né à la fin du siècle dernier, en 1997, quand les deux amis d'enfance, Ade Blackburn et Jonathan Hartley, ont rangé Pure Morning au placard, recruté Brian Campbell et Carl Turney et habillé leur son punk et garage avec des vieux claviers trouvés sur des marchés aux puces et des vide-greniers. Clinic. Un nom qui sonne, qui claque et qui va de soi pour un groupe au son minimaliste et chirurgical. "Ça nous a toujours plutôt bien correspondu d'être des outsiders, avoue Ade Blackburn, chanteur à la voix étranglée d'un quartet qui a mélangé Phil Spector, le (post-)punk, le dub et le western spaghetti. On n'a jamais été attachés à un quelconque mouvement. C'est aussi dû aux circonstances. Il s'est toujours passé des choses à nos sorties de disques qui ne nous ont pas permis de les promouvoir autant qu'on aurait pu ou même de jouer autant qu'on l'aurait voulu. On n'est définitivement pas les meilleurs commerciaux qui soient." Blackburn est chez lui. À Crosby, petite ville côtière située à une dizaine de kilomètres du centre de Liverpool. Il n'a jamais bougé d'une région dont il affectionne l'esprit... "Je ne vais plus au stade, explique-t-il dans une parenthèse footballistique. Gamin, j'étais un grand fan des Reds. C'était l'époque de Kenny Dalglish et de Ian Rush... Mais avec la musique, j'ai un peu laissé le ballon derrière moi. Tout le pognon et ce qui va avec m'ont refroidi. Ici, la musique et le foot ne sont plus autant liés qu'avant. Du temps d'Echo & The Bunnymen et de The Teardrop Explodes, tu avais pas mal de supporters dans les salles de concert. Maintenant, c'est différent. C'est fou ce que le foot a été marchandisé."Avec son nouvel album, Fantasy Island, Clinic a avant tout voulu se diriger vers quelque chose de plus pop, mais sans pour autant s'aventurer du côté obscur et mercantile de la Force. "Avec le précédent, Wheeltappers and Shunters, on avait tout fait pour sortir un disque divertissant. Des morceaux courts et nerveux. Mais les guitares étaient quand même assez rudes. On a voulu poursuivre la démarche de manière plus douce. Avec davantage de synthés et de claviers."Fantasy Island est définitivement plus joyeux, plus lumineux que ce à quoi Clinic a jusqu'ici habitué. "Vu la situation actuelle dans ce pays, soit tu t'enfermes dans ta cave, soit tu trouves ta propre manière de réagir, d'être créatif. Je pense que tous les gens avec un minimum de bon sens ignorent ce que dit le gouvernement. C'était le moment de faire un disque plein de couleurs pour combattre la face sombre des choses." Fantasy Island a été marqué par leurs souvenirs de L'Île fantastique, série télé des années 70 et récit d'un lopin de terre paradisiaque où n'importe quel désir peut se réaliser. Les voeux les plus fous et les rêves impossibles. "Je me rappelle que quand j'étais gosse, je trouvais ce feuilleton étrange comparé à tout le reste. Ne serait-ce que par son concept. On a combiné nos souvenirs de tout ça avec des percussions et des sonorités exotiques." Avec ce nouveau disque, Clinic revendique l'influence des années 80. Celle de The Human League, Kid Creole & The Coconuts ou encore Fun Boy Three, le groupe formé en 1981 par trois anciens Specials... "À l'époque, j'écoutais Kraftwerk et Orchestral Manoeuvres in the Dark. C'était compliqué d'éviter les charts. On était partis musicalement à l'opposé de tout ça mais à un moment tu te fais rattraper. J'ai toujours aimé l'étrangeté et la bizarrerie dans la pop. Elles te permettent la liberté. Quand tu écoutes The Human League et Kid Creole, même si c'était grand public en son temps, il y a vraiment quelque chose sous le vernis. Tu peux faire de la pop music, que les gens ont envie d'écouter, sans que ce soit complaisant." Fantasy Island est aussi d'inspiration littéraire. Il a été marqué par The Medium Is the Massage de Marshall McLuhan, The Shape of Things to Come de H.G. Wells et Sombrero Fallout de Richard Brautigan. "On a étudié la psycho à l'université et ça nous a toujours intéressés. Ces concepts et réflexions ont plus de sens que jamais. La manipulation à travers Internet, les réseaux sociaux... Marshall McLuhan évoquait cette idée que les gens ne savent pas quoi faire de la technologie. Beaucoup se rendent seulement compte maintenant de comment leurs opinions et leurs comportements sont téléguidés." Clinic semble toujours opérer à contre-courant. "Mes obsessions sont assez monomaniaques et peuvent sembler étonnantes. En faisant ce nouvel album, j'ai beaucoup écouté de folk. Ce qui est très surprenant quand tu entends le disque évidemment. J'ai notamment découvert Clive Palmer, qui était sur le premier album de l'Incredible String Band. Il a sorti deux disques dans le même genre mais en plus spirituel. Très anglais. Un type vraiment fascinant. Quelqu'un d'un autre temps." L'album, qui comprend une reprise d'Ann Peebles (I Can't Stand the Rain), a beau sonner comme une réaction à ce qu'on traverse, il était déjà écrit avant le début de la catastrophe sanitaire. "On avait déjà en 2019 l'impression de vivre dans un univers parallèle où tout a de moins en moins de sens. L'austérité, les décisions politiques... Ça allait déjà très mal avant le virus et le confinement. Liverpool a l'habitude du déclin depuis les années 80 et Margaret Thatcher. Mais ici, les gens sont résilients. Ils se battent. Plus que dans beaucoup d'autres endroits, tu as cet esprit militant."