Délicatement, les mains gantées de blanc soulèvent la housse protégeant la relique. Petit à petit, le costume est dévoilé. Là, comme ça, l'étoffe ne paie pas forcément de mine. À ceci près que son propriétaire fut l'une des icônes culturelles les plus importantes du XXe siècle. Le complet veston-pantalon dont il est question ici appartenait en effet à John Lennon, himself. "En 1962, quand Brian Epstein a pris le groupe en main, explique Anne Petre, art advisor du ING Art Center, il les a poussés à laisser tomber leur vestes en cuir et leurs jeans, qui faisaient un peu trop rebelles. À la place, ils ont porté ces complets plus classiques et élégants. Ça leur a permis aussi de se différencier des Rolling Stones qui, eux, à l'inverse, jouaient volontiers sur le côté débraillé."
...

Délicatement, les mains gantées de blanc soulèvent la housse protégeant la relique. Petit à petit, le costume est dévoilé. Là, comme ça, l'étoffe ne paie pas forcément de mine. À ceci près que son propriétaire fut l'une des icônes culturelles les plus importantes du XXe siècle. Le complet veston-pantalon dont il est question ici appartenait en effet à John Lennon, himself. "En 1962, quand Brian Epstein a pris le groupe en main, explique Anne Petre, art advisor du ING Art Center, il les a poussés à laisser tomber leur vestes en cuir et leurs jeans, qui faisaient un peu trop rebelles. À la place, ils ont porté ces complets plus classiques et élégants. Ça leur a permis aussi de se différencier des Rolling Stones qui, eux, à l'inverse, jouaient volontiers sur le côté débraillé." Le fait de s'attarder sur les Beatles, probablement le groupe de musique le plus influent du siècle passé, n'est évidemment pas anodin. Les Fab Four servent un peu de fil rouge à l'exposition qui s'est ouverte ce 24 octobre, à Bruxelles. Intitulée Records & Rebels 1966-1970, elle a été montée à l'origine pour la première fois à Londres, par le prestigieux Victoria & Albert Museum. Ce jour-là, les dernières caisses vides repartent d'ailleurs par camion vers son expéditeur britannique. Arrivés trois semaines avant, deux des trois envoyés de l'institution restent encore pour superviser les derniers accrochages. "Avant Bruxelles, l'expo a voyagé à Montréal et Milan, et enchaînera ensuite avec Melbourne." Confirmation d'une tendance muséale qui ne faiblit pas, notamment depuis le succès du blockbuster David Bowie Is..., déjà conçu par le même Victoria & Albert Museum. Ici, le point de départ reste à nouveau musical mais pour élargir aux différents bouleversements -artistiques, sociaux, politiques, etc.- de la fin des années 60. À Bruxelles, le parcours a été forcément adapté. À la fois raccourci -il s'étale quand même sur quelque 800 mètres carrés et propose plus de 400 objets (parfois de simples "flyers" d'époque)-, mais aussi modifié pour inclure une histoire belge autour de ces années-là. Qu'il s'agisse par exemple d'évoquer le festival d'Amougies, premier véritable événement musical "à la Woodstock" sur le sol européen; ou la version locale de Mai 68, qui, en l'occurrence, s'est traduite ici par le Walen buiten à l'Université de Louvain. "Nous montrons aussi des créations d'Ann Salens (considérée généralement comme la première styliste belge reconnue à l'international, NDLR), responsable entre autres de célèbres modèles à franges, portés notamment par Juliette Gréco; ou encore des vêtements signés Yvette Lauwaert, qui a multiplié les expérimentations, comme cet imperméable en plastique, rempli d'eau colorée." Dans une autre vitrine, on trouve encore les "nudie suits" de Bobbejaan Schoepen, costumes western extravagants que popularisa Elvis.... On l'a compris: malgré son titre, l'expo est loin de se limiter à une exploration musicale des sixties. Certes, le visiteur parcourt l'expo avec un casque qui le baigne en permanence dans des musiques de l'époque. Découpé en sept parties, Records & Rebels brasse large: il parle également cinéma, photo, art, etc.; évoque aussi bien l'avènement et le triomphe de la société de consommation, que ses premières contestations; envisage la conquête spatiale, mais aussi les avancées en termes de liberté sexuelle ou de droits civiques aux États-Unis. "Autant de choses qui résonnent encore aujourd'hui d'une certaine manière, relève Anne Petre. Quand on voit par exemple l'impact qu'a eu la télévision à l'époque, on peut mettre ça en parallèle avec la manière dont Internet bouleverse aujourd'hui toutes les habitudes." Sous la bannière de la révolution culturelle, Records & Rebels embrasse donc beaucoup de thématiques différentes, étreignant comme il peut une période qui, il est vrai, a été largement documentée, sous tous les angles possibles. En particulier ces derniers mois, à la faveur des 50 ans des événements de Mai 68. Depuis le début de l'année, rien qu'à Bruxelles, se sont ainsi succédé l'expo Resist! au Bozar, Get Up Stand Up! au Mima, et Résistance à la Centrale. Toutes centrées, sinon sur les années 60, en tout cas sur l'esprit contestataire qu'elle a laissé en héritage. Records & Rebels le fera à sa manière. Pas besoin forcément d'ironiser sur le fait que les reliquats d'une rébellion jeune sixties finissent dans le centre artistique d'une grande banque, situé place Royale, au coeur du quartier des pouvoirs: après tout, cela fait longtemps que l'esprit contestataire est passé, et repassé, à la machine. Records & Rebels ne prétend d'ailleurs pas le contraire. Pop et dynamique, l'expo devrait par contre au moins réussir à réunir plusieurs générations autour de la thématique. Sixties never die...