"Tout va bien se passer", disait Edward Norton à Marla, le personnage joué par Helena Bonham Carter, à la fin de Fight Club. Après quoi, il y eut un bruit d'explosion, et, autour d'eux, les gratte-ciels se mirent à exploser. Tandis que les bombes que Tyler Durden (Brad Pitt), l'autre aspect de la personnalité de Norton, avait placées à la base des immeubles faisaient leur office, une chanson démarrait. On y reconnaissait les rythmes lancinants et la vo...

"Tout va bien se passer", disait Edward Norton à Marla, le personnage joué par Helena Bonham Carter, à la fin de Fight Club. Après quoi, il y eut un bruit d'explosion, et, autour d'eux, les gratte-ciels se mirent à exploser. Tandis que les bombes que Tyler Durden (Brad Pitt), l'autre aspect de la personnalité de Norton, avait placées à la base des immeubles faisaient leur office, une chanson démarrait. On y reconnaissait les rythmes lancinants et la voix plaintive qui constituaient la signature de la musique des Pixies. La chanson s'appelait Where Is My Mind? et avait été enregistrée en 1988, sur l'album Surfer Rosa. David Fincher, onze ans plus tard, avait considéré qu'elle s'accordait assez bien avec les images de fin du monde qu'il avait filmées pour en acheter les droits, et la transformer en hymne paradoxal à la grandeur de l'anarchie psychotique. "Où est mon esprit?", "Où ai-je la tête?": les deux sens possibles du titre de la chanson écrite par Frank Black se voulaient un commentaire de la dissociation de personnalité dont souffrait le personnage joué par Norton. Mais là où Fincher avait cru voir dans les paroles de Black une sorte de métaphore pour le langage de la folie, celui-ci y évoquait plutôt l'hypothèse inverse: celle de la tête vide -celle de l'absence de toute autre chose que la voix d'un petit poisson. Dans un cas comme dans l'autre, cependant, Where Is My Mind? laissait sous-entendre qu'à part des voix et des sons, l'esprit n'est pas grand-chose -une sorte de vent dérisoire soufflant dans la boîte crânienne. L'esprit n'est pas ce qui habite le cerveau, qu'il se mesure par les rêves, au moyen d'un électroencéphalogramme, ou par la grâce d'actions destinées à marquer la face du monde, à l'instar de ce que désirait ce cogneur de Durden. Comme le disait Hegel, "l'esprit est un os": l'esprit est ce sur quoi on peut taper, ainsi que le faisait Norton sur lui-même, croyant se battre avec Durden. L'esprit est ce qui se tue, pour pouvoir enfin aimer Marla.