À l'heure de boucler ces lignes, la vidéo d'Au DD, le dernier single de PNL, avait dépassé les 30 millions de vues sur YouTube et suscité près de 90.000 commentaires. En voici cinq pour mieux comprendre l'un des projets musicaux français les plus extraordinaires de la décennie...
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À l'heure de boucler ces lignes, la vidéo d'Au DD, le dernier single de PNL, avait dépassé les 30 millions de vues sur YouTube et suscité près de 90.000 commentaires. En voici cinq pour mieux comprendre l'un des projets musicaux français les plus extraordinaires de la décennie... En 2015, Ademo et N.O.S. sont encore largement inconnus. Chacun des deux frères a enregistré une série de projets solo, mais qui sont passés largement inaperçus. Avec PNL, la fratrie de Corbeil-Essonnes, en banlieue parisienne, sort enfin de l'ombre. Entre-temps, leur musique a complètement muté. PNL propose une musique complètement planante, les voix trafiquée à l'autotune, dans un mélange étrange de mélancolie sinueuse et de menace larvée. Les deux rappeurs racontent la galère, les deals miteux, avec une bonne dose de désenchantement. Et cela prend. Malaxant le français pour en faire un langage prolo quasi codé, PNL intrigue et séduit un public, toujours plus nombreux. Résultat: cinq mois après sa sortie, Le Monde Chico, premier album officiel de PNL, est certifié disque d'or en France. Quand le titre Le Monde ou rien est repris sur les pancartes des manifestants de Nuit debout, le duo devient carrément un phénomène, décrypté jusque dans les colonnes du Monde. "Avant j'étais moche dans la tess/Aujourd'hui je plais à Eva Mendes", rappait Ademo, sur le morceau Da, en 2016. Avec dans son dos, la tour Eiffel... Aujourd'hui, le duo peut donc se permettre de grimper à son sommet (pour 160.000 euros, selon certaines sources), d'y tourner un clip de nuit (payant du coup pour les illuminations, protégées par les droits d'auteur), investissant des coursives réservées au personnel technique, assis sur la tête de la Dame de fer, les pieds dans le vide. Le point commun entre PNL et les superstars de la musique électronique française? Assurément un même sens de l'image et de la communication. Dans une époque où le visuel est (re)devenu plus important que jamais, PNL passe pour un maître en la matière. Dès le départ, il impose une esthétique travaillée, reprenant certains codes visuels hip-hop pour les emmener -littéralement- ailleurs. Que ce soit au milieu des tours de Scampia, quartier populaire de Naples aux mains de la Camorra (Le Monde ou rien), dans les paysages lunaires de l'Islande (Oh lala) ou la savane de Namibie (La vie est belle). En outre, PNL partage avec Daft Punk un goût du secret et de la non-communication jusqu'au-boutiste. S'ils n'apparaissent pas casqués, N.O.S. et Ademo fuient les médias. En 2016, un magazine américain -The Fader- parvient à les approcher de plus près. Cover à la clé, mais sans pouvoir les interroger directement. Le mystère n'en est que plus grand. Visuellement, PNL adore filmer les grands espaces et l'horizon dégagé. Dans ses textes, par contre, tout ramène vers le hall de l'immeuble. Là où se déroulent tous les petits deals -"Je bicrave sept sur sept, H24, en bas du hall", dans Porte de Mesrine. Ademo aurait d'ailleurs fait de la prison pour trafic de stupéfiants. PNL n'en fait jamais un argument "glamour". Dans la musique du duo, le deal est toujours illustré sous son jour le plus glauque, décrivant l'ennui et le vide du petit vendeur attendant son "iencli" dans le froid. Aujourd'hui, Ademo et N.O.S. n'ont plus besoin de traîner en bas des escaliers. Mais à certains égards, la drogue qu'ils écoulent est toute aussi forte. Dans Au DD, l'un des étages de la tour Eiffel est transformé en hall. Et, comme dans la vidéo de À l'ammoniaque, quelques mois plus tôt, les clients font la file pour avoir leur dose. Comme une métaphore des internautes, accros, venus se fournir en masse et affoler les compteurs de YouTube... Deux frères, qui paraît cette semaine, est-il le point final de l'aventure PNL? C'est ce que certains supputent. Après avoir passé leur temps à vouloir conquérir "le monde", Ademo et N.O.S. seraient repus. Ou dégoûtés par l'ampleur qu'a prise leur succès, c'est selon. En 2016, Ademo pouvait rapper: "Le public j'm'en fous, je sais qu'il me lâchera". Force est de constater que ce n'est pas le cas. Trois ans plus tard, PNL provoque toujours autant de discussion. Au point de lasser les premiers intéressés? Ademo commence ainsi Au DD, en proclamant: "Bats les couilles de l'Himalaya/Bats les couilles, je vise plus le sommet". Plus loin, N.O.S. appuie: "Viens, on s'casse, mon frère, avant qu'on se perde". Coup de com' ou véritable envie de changer d'air? Quoiqu'ils décident, PNL aura profondément marqué le paysage rap francophone.