Début octobre. Liège. Le Lou's Bar. Une terrasse en toute fin d'après-midi pour parler d'un disque presque aussi surprenant que le ciel clément. Beaucoup plus ample et abouti que le premier album, Waves, le deuxième Pale Grey, flirte avec The Notwist, le hip-hop très pop de Why?, par instants (Ghost) la magie d'un Radiohead. Bluffant pour une plaque née dans un appartement de la Cité ardente, alors partagé par Gilles Dewalque et Maxime Lhussier, les fondateurs du groupe, sur les hauteurs de Saint-Laurent. "Avant d'emménager ensemble, on avait peur de s'entre-tuer, sourit Maxime. On passait déjà tellement de temps l'un avec l'autre... Mais ce n'est pas quand tu es en studio et que tu dois travailler que les choses viennent le plus facilement. C'est parfois les dimanches et les lendemains de veille, quand tu te retrouves dans ta chambre à chipoter ou bêtement à table en train de discuter."
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Début octobre. Liège. Le Lou's Bar. Une terrasse en toute fin d'après-midi pour parler d'un disque presque aussi surprenant que le ciel clément. Beaucoup plus ample et abouti que le premier album, Waves, le deuxième Pale Grey, flirte avec The Notwist, le hip-hop très pop de Why?, par instants (Ghost) la magie d'un Radiohead. Bluffant pour une plaque née dans un appartement de la Cité ardente, alors partagé par Gilles Dewalque et Maxime Lhussier, les fondateurs du groupe, sur les hauteurs de Saint-Laurent. "Avant d'emménager ensemble, on avait peur de s'entre-tuer, sourit Maxime. On passait déjà tellement de temps l'un avec l'autre... Mais ce n'est pas quand tu es en studio et que tu dois travailler que les choses viennent le plus facilement. C'est parfois les dimanches et les lendemains de veille, quand tu te retrouves dans ta chambre à chipoter ou bêtement à table en train de discuter." Le titre de l'album, Waves, est notamment un clin d'oeil aux fichiers que les Pale Grey se sont envoyés pendant sa confection. "Les textes partent d'expériences personnelles, d'histoires qui ont frappé des membres de notre entourage, explique Gilles. Des drames souvent. Ça faisait un peu les vagues de la vie. Puis, il y a ce côté ondes. Waves synthétisait pas mal de choses. On a conçu des morceaux intimistes mais en gardant une ouverture, un espace libre où inviter les gens..." Artisanal -"Plein de pistes ont été enregistrées chez nous à l'appart avec des vieilles guitares et le micro de l'ordi"-, jusqu'au-boutiste -"On a essayé d'être tous les quatre satisfaits du moindre détail. C'est forcément un peu utopique. Mais on a pris le temps de vivre avec nos maquettes et on a conservé les plus émotionnellement chargées. Celles qui nous hérissaient les poils des bras"-, Pale Grey n'a pas lissé. Pale Grey s'est assumé. Bien aidé par le producteur Yann Arnaud (Sébastien Schuller, Air, Phoenix...), sixième membre de Syd Matters avec qui Maxime avait sympathisé en bossant sur le dernier Dan San. "Yoni Wolf (alias Why?) avait trouvé les démos super mais trop abouties. Il disait que le prix qu'il allait nous demander ne serait pas justifié par rapport au travail qu'il restait à fournir. Les maquettes étaient fort électroniques. Yann a voulu y ajouter de la vie. Enregistrer de la batterie, amener un caractère organique, des pianos, de la profondeur..." Gilles évoque Unknown Mortal Orchestra, ses vieilles amours pour David Bazan (Pedro the Lion) et Damien Jurado, puis aussi le hip-hop, le label Anticon et le rappeur Serengeti, invité sur le disque. "On est super fans depuis le début, ponctue Maxime. Ses collaborations avec Sufjan Stevens, Sisyphus, ce qu'il a fait avec Why?. On avait déjà essayé un paquet de voix sur le morceau..." Les chansons de Pale Grey parlent de fausse couche ou plus généralement de perte (Loss), interrogent la foi à travers le vieillissement en couple (Seasons)..."La question est comment faire passer un sentiment qui appartient un peu à tout le monde. On a tous connu des moments douloureux, sans le raconter à la place des gens, détaille Gilles. J'aimerais que Loss remplisse un petit trou chez quelqu'un qui lui aussi a perdu un enfant, un proche ou quelque chose qui lui était cher. On a essayé d'être à la fois vrais et pudiques. Les histoires des autres ne t'appartiennent pas. Tu ne peux pas les instrumentaliser. Mais ça ne les empêche pas de te toucher." La pochette de Waves part d'un dessin de l'illustrateur américain d'origine péruvienne Boris Vallejo, célèbre pour ses oeuvres de science-fiction dans les années 70. "Il dessinait des femmes à poil sur des dragons. Des trucs comme ça. Pour le coup, ce sont les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse. Sur la vraie image, super menaçante, ils ont des armes. Ils représentent le châtiment, la justice... Mais ici, tu as l'impression que ce sont quatre gars qui font la fête sur des chevaux. Ils ont les bras en l'air. Tu les imagines crier "youpi". Comment appréhender nos peurs? Les digérer? Les comprendre? Les surmonter? La chanson Grace parle un peu de ça, de démystifier ses frousses..."Dans le livret, chaque chanson est illustrée par un dessin, relecture d'une oeuvre souvent célèbre de l'Histoire de l'art. Ghost est accompagné d'un Magritte revisité. Waves voit La Grande Vague d'Hokusai repensée. Late Night se conjugue avec un Hopper. "Un bar le soir, une meuf et trois mecs aux regards libidineux." Là où pour Moon, morceau caché de l'album, c'est une photo de la lune piquée à la NASA. Crow, qui évoque le quotidien épuisant et effréné, part sur une photo de Kudelka: un corbeau les pattes pris dans un fil barbelé, qui finit par crever d'épuisement. "Le dessin qui va avec Billy est basé sur un tableau assez connu dont on ignore l'auteur. Selon une légende urbaine, plein de maisons ont cramé avec le tableau dedans mais il a toujours été retrouvé intact. Cette toile, c'est un gamin qui pleure et Billy, la chanson, console un gosse. Sur le dessin, l'enfant a séché ses larmes. Chaque oeuvre est réinterprétée. Ça correspond à la manière qu'on a de se réapproprier les sons et les influences. On ne crée pas à partir du vide." Que du contraire d'ailleurs. Waves a été fabriqué avec un paquet de samples. Hunter a volé une batterie un peu accélérée au Tramp d'Otis Redding. Loss a chapardé le début du Ms. Jackson d'Outkast. Là où Waves repose sur des accords de guitare de Glorybox, groupe danois disparu dans la nature. "On s'est posé la question de les rejouer mais ça n'allait pas aussi bien, termine Maxime. Ici, tu as l'impression que le tourne-disque foire et ça a son charme. On est des enfants du XXIe siècle. On est nés en 1986 et 1987. On est arrivés après la vague grunge de nos grands frères et cousins. La consommation de musique était en mutation. Il n'y avait plus tous ces clans. C'était davantage mélangé. On allait à la médiathèque et on en ramenait un Beastie Boys en même temps que le Strokes qu'on n'avait pas reçu à Noël. On fait de la pop, mais on veut pouvoir puiser partout et ne pas se sentir cloisonnés."