Vik Sohonie, le fondateur d'Ostinato Records depuis 2016, s'est donné pour mission de redonner vie aux histoires africaines, celles transmises dans des chansons censurées par des régimes dictatoriaux, stockées dans des bâtiments détruits par des attentats ou dont les auteurs se sont retirés dans l'anonymat ou ont été assassinés. Jusqu'à présent, Ostinato records a élaboré des compilations la musique du Cap-Vert, de Somalie (ce qui a valu au label une nomination au Grammy Awards), d'Haïti, de la musique afro-cubaine du Sénégal (la révolution cubaine fête ses 60 ans cette année et cela avait fortement influencé les pays colonisés d'Afrique et d'Asie.)

La scène musicale soudanaise via la gloire passée d'Abu Obaida Hassa

Dans leur mine d'or en écoute sur Bandcamp, l'une des compilations honore l'oeuvre discographique d'Abu Obaida Hassan, un Soudanais joueur d'un tambour unique en son genre, car il y a ajouté cinq cordes, une chose inconcevable pour ses pairs, adorateurs d'un instrument très représentatif de la musique d'Afrique de l'Est.

Abu Obaida Hassan et son Tambour dans sa jeunesse. © Abu Obaida Hassan

Déconstruire une image réductrice d'un pays ayant été confronté à nombre de conflits interethniques et tragédies climatiques est tout le mérite d'Ostinato Records, ce que Vik Sohonie confiait lors d'une interview "Que connaissons-nous réellement du Soudan ? Son histoire antique ? Son infinie diversité ? Ses cultures profondes et dynamiques ? Son incroyable impact musical sur le continent africain ? Ce fut autrefois le plus grand pays d'Afrique avant que le Soudan du Sud ne fasse sécession. Je me souviens d'un voyageur aguerri me disant 'Malheureusement, quand je pense au Soudan, je pense à des musulmans en colère dans le désert'".

Une enquête sur les traces du musicien

Abu Obaida est originaire de la communauté Shaigiya, une tribu nubienne arabe, située à Merowe au nord du Soudan, un lieu où se trouvent des pyramides antérieures à celles d'Égypte. Des rumeurs le disaient décédé, mais les membres d'Ostinato ont remonté ses traces durant 7 ans jusqu'à Khartoum la capitale soudanaise en 2016. Finalement, ils l'ont retrouvé menant une vie très sobre à la périphérie rurale d'un village au nord de la capitale, à Omdourman, près du Nil blanc. Plus qu'enthousiaste de partager sa musique, le vieux musicien, populaire dans les années 70 et 80, a fourni une sélection de ses huit meilleurs titres à Ostinato Records, contribuant à compiler un aperçu de l'histoire musicale du Soudan.

Sandra Farrands