"À sa publication, le White Album était disponible en version mono ou stéréo. J'avais acheté la seconde." Un demi-siècle plus tard, Dan Lacksman vient d'acquérir la version XXL de l'actuelle réédition, une boîte de sept disques, à écouter sur l'installation de son studio de Laeken, "avec un bon cigare et la chair de poule tout du long".
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"À sa publication, le White Album était disponible en version mono ou stéréo. J'avais acheté la seconde." Un demi-siècle plus tard, Dan Lacksman vient d'acquérir la version XXL de l'actuelle réédition, une boîte de sept disques, à écouter sur l'installation de son studio de Laeken, "avec un bon cigare et la chair de poule tout du long". Reconnu pour sa participation à Telex et son vaste travail d'ingénieur du son et de producteur, de Lio à Deep Forest, le musicien est un fan de la première heure du double LP The Beatles -connu sous l'appellation The White Album- qui déboula fin novembre 1968, dix-huit mois après Sgt. Pepper's. Soit une giclée de trente morceaux incluant les classiques Back In The U.S.S.R., While My Guitar Gently Weeps, Ob-La-Di, Ob-La-Da, mais aussi des titres à tête chercheuse comme Sexy Sadie ou Helter Skelter. Dan Lacksman et les Beatles, c'est une longue histoire: "On est en juillet 1968, je suis à Londres, et j'apprends que les Beatles enregistrent ce qui va devenir leur neuvième album à Abbey Road. C'est devant les studios que je rencontre Paul, arrivant dans son Aston Martin avec Lennon et Yoko Ono, qui était encore inconnue à l'époque. J'ai aussi eu la chance de discuter avec Harrison. J'étais complètement halluciné." Au programme de l'actuelle réédition, il y a le travail de Giles Martin (fils de George, producteur historique des Fab Four): "Il a remixé le disque tout en respectant la façon dont il aurait dû sonner à l'époque. En 1968, parmi les limitations, on n'osait pas mettre trop de basses dans les vinyles, parce que les ingénieurs du son se devaient de respecter les normes: les transcender risquait de rendre la gravure difficile, voire impossible. Ici, le résultat est bien plus spatial, rendant par exemple aux graves leur profondeur voulue." Dan Lacksman explique: "Le White Album a marqué la transition entre les consoles 4 et 8 pistes, ces dernières permettant évidemment beaucoup plus de possibilités. Les Beatles ont d'ailleurs filé pour certains titres au studio Trident, qui avait acquis un 8 pistes avant Abbey Road." Cluedo technique? En partie oui, puisque le cinquième Beatles, George Martin, croit bon de partir en vacances en pleine session et que l'ingé-son de confiance, Geoff Emerick, jette l'éponge, usé par la créativité tous azimuts des Beatles. Conditions revues par l'actuelle technologie numérique qui rend au mieux les intentions artistiques d'il y a un demi-siècle. Et donc la transition des maquettes réalisées à domicile par les Beatles - les Esher Demos - et le produit final: "Même si elles étaient déjà parues auparavant en qualité pirate, le plus souvent médiocre, les démos glissées dans cette réédition sont impressionnantes. Elles ont été réalisées à Esher, dans la maison du Surrey de George Harrison." De fait, entendre Paul ou John inviter à la guitare acoustique de futurs monuments impressionne. Mais moins, finalement, que cette version dénudée de While My Guitar Gently Weeps, bouclée par George et une six-cordes, et qui annonce déjà l'irrésistible mouture finale. Une impeccable trace humaine dans ce double album où les Beatles sont allés au bout de leurs idées galactiques. De quoi remplir Dan Lacksman de bonheur.