Fin novembre, Olvo sortait Limitless Possibilities. Pas tout à fait un premier album -il y a eu d'autres projets, sous d'autres noms, avant-, mais un véritable acte de (re)naissance. Certes, en déboulant au beau milieu de la seconde vague de Covid, on ne peut pas dire que les conditions étaient idéales. Mais le musicien a appris à composer avec la météo et le destin. Voire à en profiter, faisant de chaque accroc l'occasion de rebondir. Parfois de manière déterminante.
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Fin novembre, Olvo sortait Limitless Possibilities. Pas tout à fait un premier album -il y a eu d'autres projets, sous d'autres noms, avant-, mais un véritable acte de (re)naissance. Certes, en déboulant au beau milieu de la seconde vague de Covid, on ne peut pas dire que les conditions étaient idéales. Mais le musicien a appris à composer avec la météo et le destin. Voire à en profiter, faisant de chaque accroc l'occasion de rebondir. Parfois de manière déterminante. La première fois, c'était vers l'an 2000. Nicolas Allard, de son vrai nom, a alors 14 ans. Il commence à écouter des cassettes de rap -le Wu-Tang Clan- et à s'intéresser au DJing. "J'avais déverrouillé le vieux tourne-disque de mes parents sur la chaîne hi-fi. Par la suite, je me suis acheté une platine avec mon argent de poche, un truc foireux à courroie. Je ne savais pas encore très bien ce que j'allais en faire." C'est à ce moment-là qu'il frôle le drame. Alors qu'il se promène dans la rue avec des potes, il se fait renverser par une voiture. Il s'en sort bien: un genou défoncé et un doigt cassé. "Avec l'argent que mes parents ont touché de l'assurance, j'ai demandé à pouvoir en utiliser une partie pour me payer une vraie paire de platines, des Technics. Depuis, je n'ai plus jamais arrêté de mixer..." Il y a donc le rap, mais aussi rapidement les soirées acid house et techno. Même si en grandissant à Namur, la vie nocturne n'est pas la plus débridée... "Il y avait une petite scène locale, des mecs comme Ralph Storm ou Fresh Warrior, etc., qui organisaient, par exemple, des soirées au fort de Cognelée. Mais la plupart du temps, il fallait aller à Bruxelles ou à Liège... Je n'ai pas envie de cracher sur la ville, mais c'est vrai qu'il n'y a pas souvent grand-chose à faire ici. Mais ça a aussi des avantages.Vous avez moins de distractions et plus de temps pour bosser sur vos projets..." Par exemple sur ses premières productions. Au départ, il passe par Music2000, un jeu vidéo de création musicale paru en 1999 sur PlayStation -"On glisse des petits carrés et cela fait des sons"-, puis Fruity Loops, " le premier logiciel qu'on arrive à craquer facilement". Il bidouille d'abord sous le nom de NKO -"comme tous les mecs qui s'appellent Nicolas" (rires)-, puis Nick Name -"une galère en termes de référencement Google." Il enchaîne également les concours et autres tremplins (le Concours Circuit 2012). Pour autant, la musique reste un "hobby", une passion qui se cultive en contrebande. Dans la "vraie" vie, Nicolas Allard étudie le design industriel (à Saint-Luc, à Liège), obtient son diplôme, et commence rapidement à bosser. Il aurait d'ailleurs pu se contenter de rester dans les rails. Mais la tentation musicale se fera de plus en plus forte. En 2016, désormais baptisé Olvo, il est programmé à Dour, aux Ardentes, etc. Il reprend des cours du soir au conservatoire de Namur. "Et puis, il y a deux ans, ma boîte a subi une restructuration. Je me suis dit que c'était le moment. Je me suis renseigné sur le statut d'artiste, j'ai obtenu mon C4 et je me suis lancé."Aujourd'hui, deux ans et une pandémie plus tard, Nicolas Allard ne regrette rien. Au contraire. À 35 ans -il ne les fait pas-, le Namurois est enfin à la bonne place, la sienne. "Je vis dans un petit appart, je ne roule pas sur l'or. Mais chaque matin, je me lève avec la niaque, heureux de faire ce que je fais et d'apprendre tous les jours." Sur son premier album, Limitless Possibilities, un sample annonce: "Music is the one thing that offered me my freedom." En l'occurrence, la liberté de pondre une musique électronique sentimentale et bienveillante, qui peut à la fois danser (Working All Day, avec Mr. Clasik), rêvasser (Just Go For It), ou divaguer (Take A Risk, avec la flûte de Magic Malik). La plupart des titres sonnent comme des mantras: Patience & Persistence, Be Cool with What You Do, Never Give Up, ou, en ouverture, Self Confidence -"I'm the captain of my ship and the master of my fate", insiste l'une des nombreuses voix samplées. Ce n'est pas un hasard. "Je trouvais important que le disque soit cohérent. Mais je ne pensais pas que cet aspect allait autant ressortir." Au point de donner parfois l'impression d'écouter un manuel de développement personnel. "C'est vrai que j'en ai lus énormément. J'ai regardé aussi pas mal de conférences TedX, dont on retrouve d'ailleurs des petits bouts dans l'album. Bon, j'ai lu et écouté pas mal de merdes aussi (rires). Mais quelqu'un comme Dave Grohl, par exemple, également samplé sur le disque, parle bien de ça, de ce qu'il faut croire en soi et en ce que l'on aime faire. C'est aussi cette idée qu'en restant positif, il va vous arriver des choses positives -ce qui est vrai, j'ai pu l'expérimenter! Donc, je me suis dit que si cela m'avait fait du bien à moi, cela allait peut-être aussi pouvoir aider d'autres personnes." À côté des invités (Laryssa Kim, Claire Morrison, Augustin Fievet, etc.), le disque est donc truffé d'extraits de discours de motivation -énoncés, entre autres, par le leader des Foo Fighters et Jay-Z. Pour autant, Limitless Possibilities ne sonne jamais comme l'album d'un jeune loup avide de succès. Disque de dreamer, bien plus que de winner, il tient avant tout de la quête intime, et des turbulences que celle-ci amène immanquablement à traverser. Sur le single Radeau, par exemple, Témé Tan chante: "Je m'agrippe à mon radeau/À la dérive, je tangue et m'étonne/de tenir bon malgré l'automne qui s'annonce." Olvo: "Je me motive pour réussir, mais je ne suis pas non plus dans la mentalité à l'américaine (sourire). Je ne suis en tout cas pas le mec qui va se mettre tout le temps en avant, ou faire l'entertainer. Il faut que cela reste poétique." Et personnel. Voire thérapeutique? Il réfléchit: "Je me rappelle de cette citation qui dit: "Ne mourez pas en ayant gardé de la musique à l'intérieur de vous." OK, pourquoi pas... Aujourd'hui, je constate que je compose et écoute de la musique tous les jours. C'est ce que j'aime et veux faire. Ce à quoi je veux simplement dédier ma vie."