Dehors, il commence à pleuvoir. Pas des masses. Juste assez pour avoir envie de rentrer s'abriter. A l'intérieur, les gouttes sont plus grosses encore. Le sol glisse et le personnel est en train de racler. Le Botanique est en travaux. Ses verrières sont recouvertes de bois. Le site est en chantier et le café restaurant est fermé. C'est la bonne nouvelle de la journée. L'exploitant horeca va changer. Tout ça n'empêche pas les Nuits Botanique de se dérouler normalement ou presque. Filtrées à l'entrée par le Covid Safe Ticket.
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Dehors, il commence à pleuvoir. Pas des masses. Juste assez pour avoir envie de rentrer s'abriter. A l'intérieur, les gouttes sont plus grosses encore. Le sol glisse et le personnel est en train de racler. Le Botanique est en travaux. Ses verrières sont recouvertes de bois. Le site est en chantier et le café restaurant est fermé. C'est la bonne nouvelle de la journée. L'exploitant horeca va changer. Tout ça n'empêche pas les Nuits Botanique de se dérouler normalement ou presque. Filtrées à l'entrée par le Covid Safe Ticket.Ce vendredi soir, ça ne se bouscule pas aux portes de l'Orangerie. La salle est en configuration assise et à moitié vide. Les New-Yorkais d'Elysian Fields sont pourtant des vieux de la vieille et des habitués des lieux. Cela fait plus de 25 ans que Jennifer Charles (52 piges tout de même) sort des disques avec Oren Bloedow, traîne son regard mystérieux, sa moue boudeuse et son charme magnétique aux quatre coins du monde. Pour l'occasion, ils ne sont que deux. Oren joue de la guitare et du piano. Jennifer chante et danse. Le tout sur des bandes préenregistrées et devant des projections nimbées de psychédélisme paysager. Rien de terriblement excitant sur papier. Elysian Fields n'en reste pas moins fascinant et envoûtant. Sur son dernier album, Transience of life, sorti l'an dernier, le groupe de Brooklyn s'empare des poèmes anciens de Cao Xuequin, un auteur chinois du XVIIIe siècle. La tenue et les chorégraphies qui vont avec frisent le ridicule mais l'écrin est toujours aussi léché et la voix reste captivante, ensorcelante. Fille d'une chanteuse et du propriétaire d'une radio de jazz, Jennifer Charles est une sirène. De ces voix qu'on suivrait jusqu'au fond de l'océan. Sensuelle, sexuelle. Même quand elle parle entre deux chansons, celle qu'on a croisée auprès de Jean-Louis Murat (A Bird on a Poire) et de Mike Patton (sur l'unique et aphrodisiaque album de Lovage initié par Dan The Automator) a une diction à affoler le standard d'une société de téléphone rose. Ballades mystérieuses et vénéneuses. Ces Champs-Elysées là sont bien plus excitants que ceux de Joe Dassin...C'est en duo aussi que Dana Gavanski avait ouvert la soirée. Et de la plus belle façon qui soit. Accompagnée d'un chevelu qui ressemble à une version mature du Nicolas d'Hélène et les garçons, la Canadienne d'origine serbe a subjugué par sa fragilité et son timbre d'équilibriste, magique et fluet. Reportée du 17 avril 2020 au 13 mars 2021 (les deux concerts étaient censés se dérouler au Witloof Bar), la prestation de la désarmante singer songwriter a laissé béat et pantois une Orangerie au silence religieux. Une nouvelle chanson, une reprise de Tim Hardin (Never Too Far)... Pensez Angel Olsen, Cate Le Bon, Vashti Bunyan, Aldous Harding. Et si ce n'est déjà fait, foncez acheter Yesterday is Gone. Merveille de disque perdue dans les limbes du confinement.