"T'as déjà repeint un cyclo?" Il est 8h30, et Guillaume Kayacan accueille en chaussettes, rouleau de peinture à la main, prêt à redonner un coup de frais au demi-cylindre qui servira de fond au shooting du jour. Hyperspeed, le photographe est sur le pied de guerre. Dans une heure, les premiers "modèles" vont arriver au Studio 38, du côté de Saint-Josse. Il les connaît bien: la plupart sont déjà passés devant son objectif. Quelques jours plus tôt, il était par exemple encore en train de mitrailler JeanJass et Caballero, en plein concert, sur la scène de l'Orangerie, lors des Nuits Botanique...
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"T'as déjà repeint un cyclo?" Il est 8h30, et Guillaume Kayacan accueille en chaussettes, rouleau de peinture à la main, prêt à redonner un coup de frais au demi-cylindre qui servira de fond au shooting du jour. Hyperspeed, le photographe est sur le pied de guerre. Dans une heure, les premiers "modèles" vont arriver au Studio 38, du côté de Saint-Josse. Il les connaît bien: la plupart sont déjà passés devant son objectif. Quelques jours plus tôt, il était par exemple encore en train de mitrailler JeanJass et Caballero, en plein concert, sur la scène de l'Orangerie, lors des Nuits Botanique... La mission du jour est autrement plus périlleuse: tirer le portrait de la scène rap belge actuelle, en rassemblant sur un seul cliché ses principaux acteurs. En tout, une trentaine de noms pour marquer le coup, et garder une trace "pour les livres d'Histoire". Cela fait un moment que l'on y pensait. Depuis au moins deux ans, les indices ne cessent en effet de s'accumuler. Intérêt inédit des majors, salles de concert qui font le plein, réseaux sociaux qui s'affolent, sujets dans les JT, etc. Cet été, c'est encore Bozar qui va consacrer toute une expo à l'Histoire du rap à Bruxelles (du 28 juin au 17 septembre), tandis que la RTBF doit peaufiner (voire lancer) sa webradio orientée musiques urbaines... De Benny B à James Deano en passant par Starflam ou Stromae, le rap belge a toujours réussi à tirer sa carte du jeu. Aujourd'hui, cependant, c'est toute une scène qui monte en même temps. Caractéristique: elle n'a pas attendu les médias traditionnels pour balancer clips et musiques, souvent gratuitement, et tisser ainsi petit à petit sa toile auprès d'une jeunesse qui n'en demandait pas tant, pouvant enfin écouter un rap qui parle, boit, mange et vit comme elle. Surtout, le mouvement hip-hop belge, parmi les premiers à essaimer sur le Vieux Continent, a oublié les traditionnelles querelles qui le minaient de l'intérieur. À la place, l'unité domine. Sans toutefois effacer les spécificités de chacun. Entre les esthétiques rap de La Smala, d'Hamza ou de Roméo Elvis, il y a plus que des nuances. Il y a un peu plus d'un mois, nous avons donc lancé les premières invitations. Aux rappeurs, mais aussi managers, photographes, vidéastes, etc. Sans pouvoir non plus inviter tout le monde. L'objectif était de capter un moment, un instantané de la scène belge -pas toute la scène belge. Rapidement, les premières confirmations tombent. Roméo Elvis est OK, Caballero aussi. Des "vétérans" comme Scylla sont chauds -preuve que la nouvelle vague ne rejette pas l'ancienne. Des néerlandophones (Coely, Stikstof) aussi -preuve que la nouvelle génération n'a pas d'oeillères. Damso, dont l'album Ipséité affole les ventes en France, hésite. On essaie Stromae. Qui accepte. Avant de devoir annuler. On capte un bout d'interview de Damso pour Alohanews: "Les médias belges mettent tous les rappeurs dans un même sac, on dirait une équipe de basket." Frustration, compréhensible, d'années passées dans les marges médiatiques. Damso décline... L'esprit collectif est pourtant une réalité. On en a été témoin ce matin-là, au Studio 38. Même si on a eu peur. A 9h30, personne n'est encore là. Puis, au compte-gouttes, les uns et les autres débarquent. Arrivé en vélo, Roméo Elvis est parmi les premiers. L'Or du commun suit, Veence Hanao, discret, n'est pas loin. Dans la cour en pavé, Caballero est assis dans les sièges d'avion qui ont servi de décor pour un précédent shooting, et enfile les vannes poilantes. Une heure plus tard, Hamza sort de nulle part, tandis qu'à la dernière minute, Convok finit par apparaître, en sueur. Avec son équipe, Guillaume Kayacan s'agite dans tous les sens, et répartit en trois groupes -le cyclo n'est pas assez large pour prendre tout le monde en même temps. À midi, le cliché est finalement dans la boîte. Dans son genre, il est historique.