HIP HOP. DISTRIBUÉ PAR MASS APPEAL RECORDS. ****
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C'était il y a 20 ans. Pas pile mais presque. Un bail! En 1996, DJ Shadow, Josh Davis dans le civil, apparaissait sur les écrans radar avec Endtroducing, un album qui filait alors tout droit dans le classement des meilleurs du genre. Lequel? Pas tout à fait clairement identifié, entre rap et électronique, sampling et collage sonore. Building Steam With a Grain of Salt, y proposait-il. Avec moins de succès par la suite. Sur disque en tout cas, d'autres cratediggers se sont activés dans son sillage, aidés par la "technologie" qui a permis à des moins doués de leurs petites mains de donner corps à leurs bonnes idées. Mais... The Mountain Will Fall, cinquième album de l'intéressé, corrige plutôt bien le tir. Et voilà DJ Shadow qui se réapproprie en quelque sorte cet art du sampling par lequel il s'était fait remarquer à l'origine, tout en sortant ici et là de sa zone de confort (sur Bergschrund notamment, avec l'Allemand Nils Frahm). C'est que l'homme n'a rien perdu de sa manière de tisser des atmosphères chargées à l'aide de fils disparates. Le riff menaçant de Depth Charge le rappelle dès les premiers instants. La basse et le ton de Nobody Speak, où le duo Run The Jewels y va de quelques couplets, donnent à ce titre des allures d'extrait d'une BO de Quentin Tarantino. Quant aux percus et aux scratches d'un morceau comme The Sideshow, ils renvoient aux temps classiques où l'on piochait allègrement dans le catalogue d'un James Brown. Ces temps classiques sont aussi ceux d'Endtroducing, justement. Au détour de l'une ou l'autre compo, comme Three Ralphs, on retrouve ainsi des sonorités qui avaient alors fait la patte de DJ Shadow: un piano un peu mélancolique, une voix tirée d'un film oublié ou d'une vieille émission de radio. Au final, il y a encore ici quelque chose d'un peu old school. Dans le bon sens du terme. "Les copies physiques d'un disque, dit dans un petit texte accompagnant cette sortie celui qui colle à la fin de sa plage d'ouverture le son d'une cassette qu'on rembobine, existent pour être découvertes et redécouvertes par des frères ou des soeurs, des colocataires et, peut-être, des générations futures. Quand je pense aux innombrables disques qui m'ont influencé, c'est excitant pour moi de me dire que cet album constituera peut-être un moment important pour quelqu'un que je ne rencontrerai jamais. Ce serait incroyable!" (D.S.)Sur la pochette de Toon Time Raw!, des animaux enfantins avec lunettes et casquette posent par une journée ensoleillée au milieu des fleurs et des champignons. À en juger par ses quatorze pop songs belles et branques, Jerry Paper doit les aimer hallucinogènes ses amanites et ses bolets... Aidé par BadBadNotGood, le songwriter Lucas Nathan (c'est son vrai nom) se la "pète" jazzy et kaléidoscopique sur un album détendu du slip. Relax, la dream pop de Jerry, l'une des premières signatures de Bayonet Records (fondé par Dustin Payseur de Beach Fossils), joue dans la cour des Ariel Pink et des Mac DeMarco (Kill the Dream). Bientôt dans vos petits papiers... (J.B.)L'idée était depuis des années dans les tuyaux. Dans son agenda surchargé de ministre, l'hyperactif Ty Segall a enfin trouvé le temps de s'enregistrer avec son pote Charles Moothart (Fuzz) et au chant le furieux leader d'Ex-Cult, le formidable Chris Shaw. Punk, urgent, sauvage, Goggs met l'aiguille dans le rouge et fonce tête baissée dans le mur. Crade, violent, virulent, ce premier album s'ouvre en mode Queens of the Stone Age versus The Blind Shake et ne retire jamais ou presque la semelle de l'accélérateur. Trois têtes, une colonne vertébrale et trois bros (Cory Hanson (Wand), Denee Petracek (Vial) et Mikal Cronin) pour glisser leur grain de sel. In Goggs we trust... (J.B.) Dès le départ, Garbage a pu passer pour une anomalie. Une association contre-nature entre des musiciens/producteurs planqués derrière leurs machines (Butch Vig) et une chanteuse habitée (Shirley Manson). Cela a pu donner une série de tubes, mais aussi un parcours en dents de scie. Après avoir fêté en 2015 les 20 ans de son premier album, avec une longue tournée-anniversaire, Garbage est rentré à nouveau en studio pour graver de nouveaux titres. Sans forcément retrouver l'instantanéité pop des débuts. Mais en développant de nouvelles atmosphères, une autre manière d'amener le son, et surtout une vulnérabilité régulièrement touchante (au hasard, Night Drive Loneliness). (L.H.)Lorsque le double vinyle original sort en août 1972, la carrière des Kinks est mal embrochée. Le délicieux Muswell Hillbillies de l'année précédente, vantant les mérites de la classe ouvrière anglaise d'un Londres victorien enfoui, a été un cinglant flop commercial. Everybody's... ne fera pas de meilleures ventes mais ses accents vaudeville annoncent les disques théâtralisés suivants et, fin seventies, le retour du succès massif en Amérique sous forme de hard-rock exagéré. Ici, la gloire des années 60 étant bel et bien éteinte, Ray Davies joue au chroniqueur de ses propres boires et déboires, comme autant de chansons imbibées de questions existentielles. L'intimité lui va super bien (Sitting in My Hotel) mais c'est lorsqu'il écrit sur les traumas fanés de la gloire que brille la plus seyante des mélancolies (Celluloid Heroes). À la version originale qui présente onze titres live enregistrés au Carnegie Hall new-yorkais en mars 1972, celle-ci rajoute treize versions tirées des mêmes concerts et quatre titres, mixs, outtake et prise de répétition. Aux cinq Kinks live s'ajoute une section de cuivres et il est assez clair, vu les intros et commentaires de Ray Davies, que le jus de fruit et les sodas ont été largement ignorés avant la montée sur scène. D'où ces deux versions grandioses d'Alcohol tout droit sorties d'une soirée bourrée chez les tziganes. Avec comme background des flonflons magistraux l'évidente louche de désespoir. (Ph.C.)