Certains albums ont mieux passé 2020 que d'autres. Non qu'ils aient "profité" de la pandémie, non. Mais la période bousculée a pu leur donner une résonance supplémentaire. Sorti juste avant le confinement, Grande est la maison n'a cessé de grandir avec les mois pour s'imposer comme l'un des disques essentiels de l'année, l'un de ceux qui ont sonné le plus juste.
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Certains albums ont mieux passé 2020 que d'autres. Non qu'ils aient "profité" de la pandémie, non. Mais la période bousculée a pu leur donner une résonance supplémentaire. Sorti juste avant le confinement, Grande est la maison n'a cessé de grandir avec les mois pour s'imposer comme l'un des disques essentiels de l'année, l'un de ceux qui ont sonné le plus juste. Pour le même prix, le projet de Thomas Van Cottom aurait pu pourtant avoir les ailes coupées. Privé des deux seuls concerts prévus (à Bruxelles et Paris), et pas franchement enclin à forcer la promo, le musicien bruxellois a quand même tenu à faire vivre son projet. C'est que la vie est courte, et les miracles ne sont pas si fréquents. Il a donc décidé de confier ses chansons à une série d'amis pour un "remake" de Grande est la maison. Une sorte de mixtape, disponible uniquement en CD (déjà épuisé), sur laquelle on retrouve, entre autres, Laura Etchegoyhen (le choeur féminin Bostgehio), le camarade Marc Huyghens, Raoul Vignal, ou encore... Nicolas Michaux. Avec ses Soldiers of Love, l'auteur de l'excellent Amour Colère, sorti à l'automne, s'est attaqué au morceau Now, Winter Comes - clip compris. Explications. La connexion paraît évidente entre Cabane et toi, mais depuis quand vous connaissez-vous, avec Thomas?La première fois que l'on s'est rencontré, c'était à... Montréal, durant l'hiver 2011. On s'est retrouvé ensemble à un dîner via une amie commune, et on a passé vraiment une très chouette soirée. A l'époque, j'étais au Québec à l'occasion de l'ultime tournée d'Été 67. Lui était venu pour bosser avec Stromae. En l'espace d'une dizaine de jours, on s'est recroisé deux, trois fois. Par la suite, on est toujours resté en contact. On discute, il m'envoie ses démos, je fais pareil dans l'autre sens. Il y a toujours eu beaucoup de bienveillance entre nous. Comment expliquerais-tu le principe des "remakes series"?Thomas est quelqu'un pour qui j'ai un profond respect artistique. J'aime aussi beaucoup sa façon de bousculer les habitudes. C'est très inspirant, en terme de développement de projet. C'est quelqu'un qui a accumulé beaucoup d'expériences, qui a bossé sur des choses très différentes. Quand il m'a contacté pour la série de "remakes", je n'étais pas sûr d'avoir bien saisi tout le concept. Mais j'y suis allé parce que c'était lui. Et que j'aimais la chanson. J'avais l'impression que la rencontre de l'univers de Thomas avec le nôtre allait pouvoir donner quelque chose de chouette. Entre-temps, les intentions d'une mixtape composée de reprises et d'inédits sont devenues aussi plus claires.Pourquoi avoir choisi Now, Winter Comes?J'y suis allé au coup de coeur. C'était naturellement ma préférée. En la travaillant, je l'ai eue d'ailleurs en tête tout l'été. Elle a un côté très accrocheur, presque comme une comptine, et en même temps elle est très sophistiquée, très intéressante musicalement. Comment as-tu envisagé la reprise? Déjà, elle est signée Nicolas Michaux & The Soldiers Of Love. Le geste est donc plus collectif que sur mon album Amour Colère. On s'est retrouvé pendant deux jours fin juin. Durant le premier, on a répété pour apprendre le morceau et se l'approprier. Le lendemain, on l'a directement enregistré. Comment vous l'êtes-vous justement appropriée? Sans devenir trop technique, c'est une chanson un peu particulière. Dans l'originale, chantée par Kate Stables, on a deux ponts en 4/4, alors que le reste du morceau fonctionne sur une mesure en 6/8, ce qui correspond en gros à une valse. Dans la version qu'on a enregistrée, on a un peu simplifié en gardant le pont du milieu sur ce rythme d'une valse. Mais au final, c'est comme pour toute reprise, le but est qu'elle nous ressemble, qu'on ne se perde pas dedans. Il fallait la jouer comme si c'était l'un de nos morceaux. Ou l'une des covers que l'on fait déjà régulièrement avec le groupe - en grande partie des titres des années 50. C'était d'autant plus intéressant de ramener un morceau aussi atypique vers cette ambiance-là, de conserver sa richesse d'écriture tout en lui donnant un petit côté pop suranné. Un truc très doux, très intime, et en même temps ancré dans une certaine tradition. Avec Ted Clark, le bassiste du projet, on a une passion pour les musiques qui ont inspiré notamment les Beatles, ou les Rolling Stones, etc. Soit un peu les chansons qui ont façonné la musique à guitares. On a envie de revenir à ce point de départ, mais en le greffant sur l'époque actuelle. Dernière question: dans le documentaire qui a accompagné la sortie de Grande est la maison, Thomas demandait aux différents intervenants, dont tu faisais partie, ce qu'ils pensaient de l'album... avant même d'avoir pu l'entendre. Maintenant que tu as pu l'écouter de long en large, au fond, comment le trouves-tu? (rires) J'en pense naturellement beaucoup de bien! Pour moi, c'est vraiment l'un des plus beaux disques de l'année. Il y a trois choses. La première, comme je le disais déjà dans le docu je pense, c'est que je suis déjà tellement content qu'il existe. Cela n'a pas toujours été évident. Je me rappelle de Thomas me disant qu'il pensait laisser tomber, que personne ne lui répondait, que Bonnie Prince Billy avait disparu dans la nature, etc. La deuxième chose, c'est évidemment que l'album est réussi. Et la troisième, c'est que Thomas ait décidé de le sortir, pour de vrai! Je voyais bien qu'il avait un peu peur de se mouiller. Ce que je comprends parfaitement: quand vous sortez un disque, vous êtes même trempé jusqu'aux os ! Je ne sais pas comment il le vit aujourd'hui. Mais je trouve que c'est une vraie victoire pour lui.