Il est assis face à la console son. Concentré sur son écoute. D'un coup, il se retourne: "Les gars, c'est énorme. Mais je n'ai aucune idée de comment je vais pouvoir vendre ça." Lui, c'est Mathias Widtskiöld, fondateur du label bruxellois Mottow Soundz qui ne compte certes qu'une dizaine d'artistes à son catalogue (La Muerte, Romano Nervoso ou Moaning Cities), mais qui fonctionne uniquement au coup de coeur. Un de ces enthousiastes purs et durs, qui finance son label à l'ancienne, sur la durée avec des contrats pour plusieurs albums même pour les plus "petits" groupes, comme My Diligence dont il est question ici. En 2019, une situation impensable, un véritable eldorado pour un groupe en développement, une chance dont My Diligence est bien conscient.
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Il est assis face à la console son. Concentré sur son écoute. D'un coup, il se retourne: "Les gars, c'est énorme. Mais je n'ai aucune idée de comment je vais pouvoir vendre ça." Lui, c'est Mathias Widtskiöld, fondateur du label bruxellois Mottow Soundz qui ne compte certes qu'une dizaine d'artistes à son catalogue (La Muerte, Romano Nervoso ou Moaning Cities), mais qui fonctionne uniquement au coup de coeur. Un de ces enthousiastes purs et durs, qui finance son label à l'ancienne, sur la durée avec des contrats pour plusieurs albums même pour les plus "petits" groupes, comme My Diligence dont il est question ici. En 2019, une situation impensable, un véritable eldorado pour un groupe en développement, une chance dont My Diligence est bien conscient.On ne va pourtant pas mentir: de My Diligence, on n'avait pourtant pas gardé un souvenir impérissable. Trop poseur pour être réellement crédible, sans doute. Mais quand on croise leur batteur (Gabriel Marlier, qui officie aussi au sein d'Electric Noise Machine) au hasard des couloirs du Botanique il y a quelques mois, celui-ci nous vante le renouveau de son groupe avec un tel enthousiasme qu'on fonce déposer Sun Rose sur la platine pour vérifier ses dires. La claque est immédiate: la formule a été épurée (deux guitares, une batterie), et le résultat est efficace en diable, heavy au possible, soufflant de la première à la dernière mesure. On va même oser avancer qu'alors qu'on termine à peine janvier, on a l'impression de déjà tenir entre nos mains le meilleur disque de l'année au rayon "rock dur" made in Belgium.C'est dans un joli appartement du côté de Brugmann, qui a autrefois appartenu à Eugène Ysaye, qu'on rencontre deux membres du groupe autour d'un gorgonzola de premier choix. C'est qu'on a envie d'en savoir plus sur ce virage aussi radical que réussi. François Peeters, guitariste: "La magie s'était un peu perdue avec notre bassiste. Quand on a décidé de le mettre dehors, on s'est dit: on reste à trois. On avait vu plusieurs groupes émerger avec ce système de double ampli guitare/basse, on s'est dit "pourquoi on n'essayerait pas?" Les morceaux s'y prêtaient super bien." Petit problème: la décision est prise à quelques jours d'une tournée en Suisse, où un ami bassiste d'un groupe local prend la relève au pied levé. Il est sans doute encore un peu tôt pour tester la nouvelle formule. "On n'avait pas notre matos, qui était resté dans notre camionnette en panne sur l'autoroute. Et lui n'avait pas été briefé. Pas de répète avant le concert: 1, 2, 3, 4, c'était parti. J'ai jamais vu ça! Un cyborg", s'amuse Gabriel Marlier.De retour à Bruxelles après cet épisode marquant, My Diligence ne reprend pas tout de suite le chemin du local de répétition. "Il y a eu une phase de doute où on ne s'est plus trop vus. On a fait une grosse pause, on s'est remis en question. On ne se voyait pas trop et chacun allait de son côté. J'ai découvert plein de chouettes trucs", se souvient le batteur. Et puis un jour, le déclic. "En plein trip, je découvre Torche au Trix pendant le Desertfest. Révélation: c'est quoi ce truc? Ça peut sonner pop comme les Foo Fighters, puis la mesure d'après comme le pire truc sludge, doom que tu aies jamais entendu." Dès qu'ils rebranchent les instruments ensemble, ils décident -comme Torche- d'accorder les guitares beaucoup plus bas et l'alchimie est immédiate. "C'est vraiment venu naturellement. On ne s'est pas posé mille questions. On a fait exploser les guitares et les amplis", embraye François Peeters.Reste que le changement est tellement radical que la question du nom du groupe est inévitablement mise sur la table. Gabriel: "On ne pouvait pas changer de nom, sinon Mathias du label ne nous suivait pas. Et puis, prends un groupe comme Depeche Mode. T'as vu leur discographie? Je ne dis pas qu'on est comme eux, mais ça montre qu'il est possible de changer de style à chaque album et d'avoir une grande carrière." Et de poursuivre, dans un éclair de lucidité: "Je pense qu'il est important de reconnaître quand tu vas dans la mauvaise direction, et c'était notre cas."Et les textes, dans tout ça? "On ne sait pas écrire, alors on le fait ensemble, confesse le batteur tatoué de la tête aux pieds. C'est un don que t'as ou que t'as pas. On s'est dit qu'on allait faire comme nos amis de Boda Boda: écrire des mots, des mini phrases, des trucs qui ont de l'impact. Un morceau comme Backstabber, s'il y a 6 phrases dedans, c'est beaucoup. Mais ça a du sens. (...) On n'est pas des champions de l'anglais: autant utiliser des mots qu'on sait prononcer, qui veulent dire quelque chose, qui soient explicites. On a beaucoup plus axé sur la musique, elle est vraiment riche. Pour Flying Poney, on s'est imaginé des poneys sur des nuages, sous LSD, c'est ce que la musique nous inspirait."Une fois les titres écrits, My Diligence se met à la recherche d'un studio. Le premier album a été enregistré par Didier Moens de La Muerte, qui aurait repris goût à la guitare en montant sur scène avec My Diligence pour un happening ("Sans fausse modestie, je pense que la reformation de La Muerte, c'est un peu grâce à nous (rires)"). Là, il faut trouver quelqu'un qui tienne la comparaison et qui fasse aller le groupe de l'avant. "À la base, le délire c'était d'enregistrer avec le mec de Torche à Miami. Et il était chaud. Mais point de vue dates, c'était un peu short. Et un peu cher", se souvient Gabriel. Ça se fera finalement en Belgique, avec deux ingés sons, un francophone et un Flamand, se relayant derrière la table de mixage en fonction de l'avancement du projet. En fin de parcours, reste la question épineuse de la pochette. "On n'avait pas trop d'idées, soupire François. Mais on adore tous le travail d'Elzo Durt, et on s'est dit: pourquoi est-ce qu'on ne lui demanderait pas?" Gabriel embraye: "On croyait que c'était impayable, parce qu'Elzo, c'est Elzo... Donc on ne lui a pas demandé une création, on a repris quelque chose qui existe déjà dans son catalogue. La pochette avait déjà servi comme flyer du Café Central. Mais qui s'en souviendra?" François Peeters aura le mot de la fin: "C'est une chance d'être à Bruxelles. La première fois que j'ai vu Elzo Durt, on était tous les deux bourrés à Madame Moustache. Didier Moens, c'était via une connaissance, on s'est retrouvés à boire des coups dans un bar. C'est beau, la petite Belgique qui travaille ensemble..."