"C'est toujours étrange quand votre passion devient aussi votre gagne-pain, relève Kai Campos, moitié du duo Mount Kimbie. Ce qui était simple, naturel, organique, devient tout à coup plus compliqué. Vous vous rendez vite compte qu'une série d'autres facteurs entrent en jeu. Des données plus "politiques", extra-musicales. Ne serait-ce que par le simple fait que l'industrie est dirigée par des types qui n'ont pas grand-chose à voir avec l'artistique: on parle de cadres sup' qui ont d'abord appris à vendre des marques. Nous, on ne vient pas de ce monde-là. Il a donc fallu s'adapter. Et prendre à certains moments un peu de recul. Y compris par rapport au rythme habituel du business, qui enchaîne album-promo-festival-tournée, etc." Pour le coup, quatre ans après son dernier album, Mount Kimbie est à nouveau les deux pieds dedans. On rencontre le binôme en toute fin de journée de presse, à la terrasse d'un café bruxellois côté Dansaert. Les valises posées sous la table, ils reprendront le train directement après, direction Paris...
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"C'est toujours étrange quand votre passion devient aussi votre gagne-pain, relève Kai Campos, moitié du duo Mount Kimbie. Ce qui était simple, naturel, organique, devient tout à coup plus compliqué. Vous vous rendez vite compte qu'une série d'autres facteurs entrent en jeu. Des données plus "politiques", extra-musicales. Ne serait-ce que par le simple fait que l'industrie est dirigée par des types qui n'ont pas grand-chose à voir avec l'artistique: on parle de cadres sup' qui ont d'abord appris à vendre des marques. Nous, on ne vient pas de ce monde-là. Il a donc fallu s'adapter. Et prendre à certains moments un peu de recul. Y compris par rapport au rythme habituel du business, qui enchaîne album-promo-festival-tournée, etc." Pour le coup, quatre ans après son dernier album, Mount Kimbie est à nouveau les deux pieds dedans. On rencontre le binôme en toute fin de journée de presse, à la terrasse d'un café bruxellois côté Dansaert. Les valises posées sous la table, ils reprendront le train directement après, direction Paris... Ainsi fonctionne le "business" musical. Qui a mis au point ses propres règles et sa manière bien à lui de mettre en scène ses histoires. Celle de Mount Kimbie débute à la fin des années 2000. Dominic Maker, originaire de Brighton, et Kai Campos, qui a grandi dans les Cornouailles, se rencontrent lors de leurs études à l'université, à Londres. À l'époque, la ville cultive ses obsessions dubstep, beat sombre et poisseux, né sur les cendres de la drum'n'bass. Le duo se branche sur le courant. Mais au groove irascible et teigneux, il donne une couleur plus mélancolique, plus ouverte. La musique de Mount Kimbie prend toujours les rues de Londres comme décor, mais en s'attardant moins sur la fête que sur le petit matin blême qui la suit, à arpenter le pavé humide pour rentrer chez soi, l'esprit brumeux. Comme pour leur pote James Blake, certains se mettent à parler de post-dubstep, notamment pour décrire leur premier album, Crooks & Lovers (2010). Une étiquette qui ne veut pas dire grand-chose, sinon qu'elle situe bien la place de Mount Kimbie: toujours un peu "à côté". Sans pour autant le renier, Maker et Campos n'ont ainsi cessé de prendre leurs distances par rapport au courant qui les a vus naître. Dominic Maker: "Au départ, au-delà du genre, la seule ambition était de faire de la musique ensemble. Aucun de nous deux n'avait jamais vraiment travaillé avec d'autres, ou réussi à en tirer quelque chose de vraiment intéressant (sourire). On voulait donc miser sur l'alchimie qu'on était parvenu à trouver entre nous. Et proposer une musique qui soit honnête et qui puisse peut-être amener quelque chose de différent." En 2013, l'album Cold Spring Fault Less Youth élargit donc le propos, craquant les codes du dubstep pour en garder l'essence noire. Le spleen reste urbain et l'accent typiquement english. Ce qui n'empêche pas Mount Kimbie de trouver un écho de l'autre côté de l'Atlantique. Par exemple en se retrouvant samplé par Chance the Rapper (Juke Jam, sur lequel apparaît Justin Bieber) et Audio Push (Scorn, avec Kid Cudi), ou en ayant l'opportunité de collaborer avec le saxophoniste Kamasi Washington ou encore Jay Z (le bonus MaNyfaCedGod sur le récent album 4:44). Depuis, Dominic Maker a d'ailleurs déménagé à Los Angeles. "Mais ça n'a rien à voir. Je voudrais bien vous donner une explication drôle et spirituelle, mais le fait est que j'ai simplement rejoint ma copine qui vit là-bas." De toutes façons, à en croire Maker, Los Angeles n'a pas vraiment eu d'impact sur la musique de Mount Kimbie. "Los Angeles est un endroit particulier, avec un sens de l'espace et une qualité de lumière très cinématographique. Mais c'est un monde en soi. Je n'ai pas l'impression qu'il a influé sur ce que l'on fait à deux. Moi-même, je ne suis pas vraiment conscient de tout ce qui peut s'y passer, ce n'est pas comme si je sortais tout le temps, à traquer la dernière scène qui bouge." Cela ne veut pas dire que Mount Kimbie n'a pas fait évoluer sa façon de travailler. Sur le nouveau Love What Survives, le binôme a à nouveau agrandi son champ d'investigation, en piochant du côté du kraut-rock et de la new wave. Un peu comme s'il passait du post-dubstep au post-punk... Dans leur fonctionnement insulaire, Campos et Maker ont laissé de la place pour les amis. Entre deux instrumentaux tendus (Delta), Love What Survives s'appuie ainsi sur la présence vocale de James Blake, King Krule (bestial sur Blue Train Lines), Andrea Balency (qui les accompagne sur scène), ou encore Micachu (sur le rêveur Marilyn). "C'était très important d'avoir toutes ces personnes autour de nous, glisse Kai Campos. Il n'y a rien de mieux que de voir un pote excité par l'un des vos morceaux et y apportant sa patte pour l'emmener encore ailleurs." C'était aussi l'un des enjeux de l'enregistrement: laisser du mou, ne pas confiner la musique dans des limites trop strictes, pour qu'elle puisse se permettre des détours ou mêmes des fausses fins -à l'image de We Go Home Together, gospel de poche, qui se termine en pointillé. De la même manière, le duo justifie l'utilisation de vieux synthés vintage (Korg MS-20 et Korg Delta), "assez basiques, qui ne requièrent pas beaucoup de compétences, mais dont les couleurs "bavent" un peu", dixit Maker. Référencé, Love What Survives dépasse ainsi la somme de ses influences en se laissant dériver, offrant à ses états d'âme assez de place que pour ne pas ruminer. "On veut avoir une approche plus "douce" de la vie, en général. Et de ce que devrait être un disque de Mount Kimbie en particulier. Les choses changent autour de vous, la vie continue... Vous pouvez tenter de vous accrocher, de vous recroqueviller sur certains réflexes. Ou alors prendre de la distance. Réussir à lâcher prise, c'est un peu ce que l'on a voulu faire avec cet album..." En l'occurrence, cela leur a plutôt réussi...