Quand j'étais jeune, les choses étaient simples: Morrissey était le meilleur parolier anglais depuis Ray Davies, Roman Polanski était une personnalité trouble qui avait tourné quelques films monumentaux avant de s'accorder une poignée de pantalonnades (Pirates, Frantic...) et si quelqu'un commettait quelque chose d'illégal, cette personne était le plus souvent arrêtée, jugée, punie, et après avoir purgé sa peine, avait indiscutablement droit à une seconde chance, sauf en cas de perpétuité ou de peine capitale, autrement dit uniquement si les faits jugés avaient entraîné la mort. Cela dit, on savait déjà que Morrissey était une grosse endive et on se doutait bien que Polanski devait collectionner quelques casseroles de perversions. On savait aussi que la justice pouvait connaître de sérieux couacs. Disons que la distinction était juste plus franche entre la production artistique et la personnalité de l'artiste et qu'un "Faut-il encore lire Céline?" était généralement accueilli avec scepticisme, voire franches moqueries. Disons aussi qu'un contrat social même branlant nous semblait toujours mieux que la loi du talion.
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