Le temps passe vite. Surtout quand on s'amuse. La dernière fois que l'on a eu des nouvelles discographiques de Montevideo? Instagram ne fonctionnait toujours pas sur Android, Roméo Elvis n'avait jamais rappé et Rock Werchter proposait encore The Cure et Mumford & Sons en tête d'affiche (ah non, ça, c'est toujours le cas...). Cela remonte à 2012. Les Bruxellois sortaient alors Personal Space. Un joli succès critique, qui arrivait pas moins de six ans après un premier album. Il faut croire que c'est le bon rythme pour Montevideo. En effet, il a fallu à nouveau un peu plus de six années pour remettre le couvert: annoncé depuis quelques mois, le nouveau Temperplane vient finalement d'atterrir.
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Le temps passe vite. Surtout quand on s'amuse. La dernière fois que l'on a eu des nouvelles discographiques de Montevideo? Instagram ne fonctionnait toujours pas sur Android, Roméo Elvis n'avait jamais rappé et Rock Werchter proposait encore The Cure et Mumford & Sons en tête d'affiche (ah non, ça, c'est toujours le cas...). Cela remonte à 2012. Les Bruxellois sortaient alors Personal Space. Un joli succès critique, qui arrivait pas moins de six ans après un premier album. Il faut croire que c'est le bon rythme pour Montevideo. En effet, il a fallu à nouveau un peu plus de six années pour remettre le couvert: annoncé depuis quelques mois, le nouveau Temperplane vient finalement d'atterrir. Certes, la quantité n'est pas forcément synonyme de qualité. Mais tout de même: avec trois albums en treize ans, on ne peut pas dire que Montevideo a cherché à occuper le terrain à tout prix. Une discrétion qui pourrait passer pour suicidaire dans un paysage musical en mutation permanente. D'ailleurs, quand on le rencontre pour discuter de Temperplane, Jean Waterlot, leader/chanteur de Montevideo, aura beau faire mine d'esquiver, il sait qu'il n'échappera pas à la question: dans quelle faille spatio-temporelle Montevideo est-il tombé? "Disons que l'on ne voulait pas s'obliger à rebondir directement. En fait, c'est assez agréable de prendre son temps et se donner l'occasion de réfléchir sur ce qu'on veut faire exactement." Une autre raison, bien plus pragmatique, explique toutefois cette absence prolongée. En 2013, le label EMI, avec lequel avait signé le groupe, mettait la clé sous le paillasson. "Au moment où l'on pensait commencer à "travailler" le disque en France, plus personne ne répondait à Paris. C'était une situation assez étrange. Tout a été stoppé net. Ça n'a pas entamé notre volonté de réaliser un autre album. Mais il a fallu retrouver un mode de fonctionnement plus indépendant." De toutes façons, le groupe a décidé de voir venir, de ne plus se mettre la pression outre mesure. "C'est un peu ce qui arrive quand vous rentrez dans la trentaine. Vous commencez à trouver une certaine stabilité, vous sortez moins, vous faites un trait sur une série de choses, etc. Personal Space était déjà dans ce constat-là, presque dans la nostalgie d'une époque révolue pour nous. Par rapport au premier album plus énervé, on sentait déjà qu'on allait vers quelque chose de plus posé." Comme c'est encore le cas, et même davantage, avec Temperplane. Le Français Joakim (Bouaziz) avait produit le groupe en 2012. Il a à nouveau repris les commandes de l'enregistrement, signant même le groupe sur son propre label électro-dance-new wave Tigersushi. Au début 2016, Montevideo traverse ainsi l'Atlantique et débarque dans le studio du Français, exilé à New York. Dans leurs valises, quelques maquettes, bidouillées à Bruxelles, "dans un local pourri, sans chauffage, du côté de Cureghem". Quand ils atterrissent à Brooklyn, l'ombre de Bowie, mort quelques semaines plus tôt, est présente partout. Au même moment, ils découvrent les images des attentats à Bruxelles à la télé américaine. "C'était vraiment une atmosphère très particulière. De vivre ça de là-bas, on se sentait comme décalés. Sans vouloir sonner trop pompeux, ou commencer à parler de concept, l'album reflète un peu cet état de flottement, cet ascenseur émotionnel. Temperplane serait un peu comme un vaisseau dans lequel on aurait embarqué, et à partir duquel on observe les choses avec un peu de distance, de décalage." Si l'album a été mis en boîte à New York, c'est pourtant bien à l'Angleterre qu'il fait de l'oeil. À Manchester en particulier -de la pochette très graphique, qui fait forcément penser à celle d'un disque sorti de la Factory (au hasard, New Order), jusqu'au son du premier single, Fun House. Avec son groove baggy typique de la scène "Madchester", le morceau semble sorti tout droit des sessions du Fool's Gold des Stone Roses, tandis que Temperplane plane volontiers comme les Happy Mondays en descente. "On a toujours attaché de l'importance à essayer de créer une sorte de rock hybride. Ce qui donne ce truc un peu électro downtempo, façon Haçienda sous acide, avec des guitares assez aériennes, d'un côté; et de l'autre, mon envie de chanter davantage, en doublant les voix et en travaillant les harmonies. J'ai beaucoup écouté les albums des Beach Boys, Surf's Up et Pet Sounds, par exemple." Sur Temperplane, on peut aussi croiser des groupes comme Primal Scream, les Smiths, The House of Love, voire même, sur So What, l'ombre des... Spice Girls ("C'est déjà la deuxième fois qu'on nous le dit, alors que je n'avais jamais entendu le morceau en question", intitulé Say You'll Be There, NDLR). Montevideo a évidemment toujours joué avec ses influences . Sans doute est-il même avant tout un groupe de "stylistes", creusant les disques qui les ont marqués avec assez de panache que pour dépasser le simple copier-coller. Mais quitte à donner parfois aussi l'impression de se planquer derrière? "C'est marrant de souligner ça, parce qu'avec un morceau comme Kill Me Now, par exemple, j'ai l'impression justement d'avoir réussi à exprimer une situation sentimentale conflictuelle de manière plus transparente... Aujourd'hui, j'en arrive même au point où je me demande si je dois encore chanter en anglais, par exemple... Mais pour revenir à la question des références, disons qu'au départ, il y a surtout la volonté de composer avec les envies de chacun. Comme si on clashait différents aplats de couleurs sur une toile. Certes, sur ces tableaux, on rajoute des mots. Mais on n'écoute pas non plus le chanteur parler de la mort de sa grand-mère. Mais peut-être que ce serait super. Peut-être même que ça me ferait du bien, qui sait?" (sourire).