Il n'est jamais simple de démarrer un festival. Même quand la formule a déjà été éprouvée ailleurs. L'an dernier, les Nuits sonores débarquaient pour la première fois à Bruxelles. Né à Lyon, en 2003, le festival de musiques électroniques est une véritable institution en France: allait-il pour autant réussir son pari belge? Force est de constater que la greffe n'a pas tout à fait pris. "Le bilan fut mitigé", admet aujourd'hui Pierre-Marie Oullion, co-fondateur et programmateur du festival, au sein de la structure Arty Farty. On se souvient qu'au Heysel, en particulier, les deux soirées principales avaient eu du mal à rameuter la grande foule. Les explications? Elles sont multiples. Sans doute le festival a-t-il visé trop haut, trop vite, en ne prenant pas assez le temps de communiquer sur un concept touffu. "On a voulu dire beaucoup de choses à la fois", confirme ainsi Pierre-Marie Oullion.
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Il n'est jamais simple de démarrer un festival. Même quand la formule a déjà été éprouvée ailleurs. L'an dernier, les Nuits sonores débarquaient pour la première fois à Bruxelles. Né à Lyon, en 2003, le festival de musiques électroniques est une véritable institution en France: allait-il pour autant réussir son pari belge? Force est de constater que la greffe n'a pas tout à fait pris. "Le bilan fut mitigé", admet aujourd'hui Pierre-Marie Oullion, co-fondateur et programmateur du festival, au sein de la structure Arty Farty. On se souvient qu'au Heysel, en particulier, les deux soirées principales avaient eu du mal à rameuter la grande foule. Les explications? Elles sont multiples. Sans doute le festival a-t-il visé trop haut, trop vite, en ne prenant pas assez le temps de communiquer sur un concept touffu. "On a voulu dire beaucoup de choses à la fois", confirme ainsi Pierre-Marie Oullion. C'est qu'à Lyon, l'événement a pu grandir à son rythme, élargissant son concept au fil du temps. Par exemple en investissant des recoins abandonnés de Lyon, faisant de la ville un acteur à part entière de l'événement. Mais aussi en travaillant une identité européenne, qui est incarnée aujourd'hui dans l'European Lab, ensemble de conférences et de discussions autour de l'identité culturelle propre au continent. À cet égard, l'arrivée du festival dans la capitale de l'Union ne manquait pas de pertinence... C'est sans doute aussi pour cela que les Nuits sonores ont décidé d'insister et de taper sur le clou. La seconde édition aura donc lieu du 27 au 30 septembre. "Soit un peu plus tard que l'an dernier, à un moment où les étudiants, notamment, sont rentrés." La voilure du festival a également été diminuée. "On a voulu être plus exigeants et cohérents sur chaque plateau." Surtout, les Nuits sonores ont pris le pli de se recentrer. Plus question d'aller batifoler de l'autre côté de la ville. Hormis le circuit du vendredi (une dizaine de lieux disséminés dans Bruxelles, des Ateliers Claus au C12), et l'after du dimanche (à LaVallée), l'ensemble des activités officielles -y compris le Lab- se dérouleront à Bozar. La soirée principale du samedi se dépliera ainsi sur pas moins de six espaces différents, de 19 heures à 4 heures du matin. "On avait déjà travaillé ensemble l'an dernier, en inaugurant le festival dans les murs de Bozar. C'était assez naturel de prolonger la collaboration, avec un lieu, qui, un peu comme le Barbican à Londres, permet des approches très tranversales." L'opération n'est toutefois pas sans conséquences. Au printemps, Bozar annonçait en effet qu'avec l'arrivée des Nuits sonores dans ses murs, il mettait un terme au BEAF. Organisé depuis 2011, le Bozar Electronic Arts Festival était pourtant parvenu à se bâtir une solide réputation. L'an dernier, il avait encore réussi à attirer Jóhann Jóhannsson, Pantha du Prince, Ben Frost ou encore William Basinski, sommité de la musique ambient. Du côté des Nuits sonores, on semble un peu mal pris. "Dès la première édition, on avait rencontré les programmateurs, et d'emblée, on a voulu collaborer." Après la première édition, les équipes ont d'ailleurs commencé à réfléchir ensemble. Mais, visiblement, "la direction de Bozar a tranché", glisse Pierre-Marie Oullion. Sans doute a-t-elle trouvé là en effet l'occasion de saborder un festival qui coûtait cher, en le remplaçant par un autre événement plus rentable. Et aussi largement soutenu par la Ville... Dès le départ, les autorités communales bruxelloises ont en effet déroulé le tapis rouge pour le festival français. Un soutien appuyé, notamment par des subsides conséquents (110.000 euros pour l'édition 2017, 100.000 à nouveau cette année). De quoi faire grincer certaines dents, qui voient dans les Nuits sonores un nouvel outil au service du marketing culturel de la Ville. Au détriment des structures locales (comme le festival Listen, organisé au printemps)? Officiellement, il n'y a ni concurrence ni récrimination des uns envers les autres. Du côté des Nuits sonores, on répète même vouloir encore et toujours soutenir directement la scène locale (par exemple avec un circuit étendu le vendredi soir). "On sent dans cette ville une dynamique qui colle avec notre ADN", assure Pierre-Marie Oullion. Dans la structure de l'ASBL Arty Farty Brussels, on retrouve par exemple Pierre Pevée, manager de LaVallée, hub créatif alternatif de la SMart, installé à Molenbeek, ou encore Dorian Meeus, initiateur des Garages numériques. Il n'empêche: avec leur deuxième édition bruxelloise, les Nuits sonores ne devront pas seulement attirer le public. Elles devront aussi rassurer ceux qui font les nuits bruxelloises durant le reste de l'année...