Et soudain, le couac. Le dérapage dans la dernière ligne droite. Dimanche soir, aux Ardentes, le grain de sable s'appelait Migos. Alors que le paquebot liégeois avait traversé tout le week-end sans encombres, voilà que les rappeurs superstars venaient mettre le souk dans l'organisation. Prévisible ? Le fait est qu'à l'heure de monter sur scène, le jet privé du trio bling bling venait à peine d'atterrir sur le tarmac de Bierset... A ce stade-là, une tuile n'arrive jamais seule : alors qu'on s'agite en coulisses, sur la grande scène, Skepta est en train d'en perdre son grime. Une histoire de karma certainement : programmé juste avant la tête d'affiche Massive Attack, le Londonien est à la peine, trébuche, tergiverse, quitte la scène, revien...

Et soudain, le couac. Le dérapage dans la dernière ligne droite. Dimanche soir, aux Ardentes, le grain de sable s'appelait Migos. Alors que le paquebot liégeois avait traversé tout le week-end sans encombres, voilà que les rappeurs superstars venaient mettre le souk dans l'organisation. Prévisible ? Le fait est qu'à l'heure de monter sur scène, le jet privé du trio bling bling venait à peine d'atterrir sur le tarmac de Bierset... A ce stade-là, une tuile n'arrive jamais seule : alors qu'on s'agite en coulisses, sur la grande scène, Skepta est en train d'en perdre son grime. Une histoire de karma certainement : programmé juste avant la tête d'affiche Massive Attack, le Londonien est à la peine, trébuche, tergiverse, quitte la scène, revient, manquant de perdre sa voix - "trop de poussière avalée", s'excuse le gaillard, qui voit la plaine littéralement se vider devant lui. Sur le coup de 23h, les Migos sont finalement annoncés sur la Wallifornia Beach. Avec pas loin d'une heure de retard, les trois pimpins ricains déboulent et déballent leur set pour club : enjaillement, money money et skrrr skrrr en pagaille. Soit une certaine vision de l'entertainment 2018. En l'occurrence, elle est à peu près à l'exact opposé de celle que propose Massive Attack - l'évasion d'un côté, la confrontation de l'autre. Obligée de retarder son propre concert, la formation de Bristol est en effet une impressionnante machine à ruminer le chaos du monde. Si l'on attend d'une tête d'affiche qu'elle serve de feu d'artifice final, celui qu'installe Massive Attack est d'une beauté sombre et glaciale. Light-show en noir et blanc polaire, collision de titres d'actu en visuel, morceaux bouillonnant d'une colère sourde : on en ressort un peu groggy. C'était en tous cas une drôle de conclusion pour une treizième édition qui, malgré ce final un poil brouillon, a su tirer son épingle du jeu. Musicalement d'abord, en n'amenant pas forcément de grande révélation, mais en proposant plusieurs concerts réussis (Orelsan, NTM,...). Au niveau de l'affluence aussi, les organisateurs peuvent être contents. Avec pas loin de 100 000 personnes attirées en quatre jours, dont deux sold out impressionnants (les jeudi et samedi), le festival a franchi un nouveau cap. Ce succès est une nouvelle confirmation que le tournant urbain pris par le festival depuis deux, trois ans, est le bon. Il fallait oser faire le pas, prendre le risque de perdre une partie de ses fidèles. Les Ardentes l'ont fait, réussissant ainsi à rajeunir drastiquement leur audience, tout en conservant un certain esprit (qu'on résumera, pour faire court, et sans vouloir tomber dans les clichés, par un sens de l'accueil et du cool). En outre, le changement n'est pas qu'une question de style musical : en programmant également des stars des réseaux (Prime, Bhad Bhabie, etc), les Ardentes ont réussi à attirer un public que l'on ne voit pas souvent dans les festivals "traditionnels". Bien sûr, cette réussite charrie son lot de questionnements. En ramenant la grande foule, le site des halles des foires de Coronmeuse a pu montrer ses limites : peut-être est-il vraiment temps de préparer un éventuel déménagement pour se donner un peu d'air ? D'aucuns critiqueront également une affiche de plus en plus monothématique, ou les quelques tentatives plus rock, électro ou jazz se retrouvent coincées sur la scène des Ramblas, à jouer devant deux tondus et trois pelés : à ce point-là, faut-il encore insister ? A l'inverse, que se passera-t-il quand la vague hip hop retombera ? Par la force des choses, cela arrivera. Le retour de flamme n'est cependant pas pour tout de suite. D'ici là, les Ardentes auront retrouvé un nouveau public. Le festival d'une génération, en quelque sorte.