C'est quoi un festival ? Une énorme machinerie, un paquebot pas facile à manoeuvrer, où tout doit être parfaitement réglé. Mais c'est aussi un organisme vivant, qui tangue, bouge, s'accommodant de l'imprévu et l'aléatoire. Bien sûr, les Ardentes savaient depuis des mois qu'elles allaient devoir jongler pendant le week-end avec des quarts de finale de Coupe du monde. Mais comment le festival aurait-il pu anticiper un Belgique-Brésil ?
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C'est quoi un festival ? Une énorme machinerie, un paquebot pas facile à manoeuvrer, où tout doit être parfaitement réglé. Mais c'est aussi un organisme vivant, qui tangue, bouge, s'accommodant de l'imprévu et l'aléatoire. Bien sûr, les Ardentes savaient depuis des mois qu'elles allaient devoir jongler pendant le week-end avec des quarts de finale de Coupe du monde. Mais comment le festival aurait-il pu anticiper un Belgique-Brésil ? Il y a eu un premier but, un deuxième - à cette heure-là, combien sont-ils pour voir malgré tout le rappeur Tekashi 6ix9ine ? -, et puis, oups, un troisième, cette fois dans l'autre camp. Au bout du match, l'euphorie, les chants, la plaine en feu. Evidemment, à ce moment-là, tout bascule. MC Solaar débarque sur la grande scène. Rappeur lunaire devant un public en apesanteur. Plus que jamais, Claude MC a l'air de se demander ce qu'il fait là. Sourire permanent, flow élastique, démarche un peu gauche, il enfile les classiques (ceux des insubmersibles Qui sème le vent, et de Prose Combat), avec Bambi Cruz, son DJ et deux chanteuses. Au momentum si particulier, il ajoute son décalage, involontairement poétique : il bouge à contretemps, fait tomber maladroitement son pied de micro, rigole. C'est Monsieur Hulot qui aurait troqué son chapeau pour une casquette. En fait, à ce stade-là, les Ardentes sont passés dans une autre dimension. Pendant que Luc et Nico mettent les disques au bar de la presse (Pope of Dope, ce classique), l'Amstellodamois Lil Kleine propose une sorte de show rap-ragga-gouda, avec DJ, danseuses et chorés sexy-Mora. Sur la Wallifornia Beach, le rappeur néerlandais arbore un maillot des Diables (ce que cela a dû lui coûter...), mais ne parle ni français, ni anglais (on a compris "neuken"). On s'en fout, la soirée est douce, et Hazard, Kompany, Lukalu & co, en demi-finale de la Coupe du monde. Il ne peut rien arriver : toutes les étoiles sont alignées. Avec ce qu'il faut de mauvais goût typiquement batave, Lil Kleine passe pour un ambianceur d'exception. Pour tout dire : même Wiz Khalifa n'a qu'un quart d'heure de retard quand il monte sur la grande scène, avec sous le coude, cette fois, de vrais musicos (dj, batterie, claviers, basse), et des tubes à la pelle. Complètement zinzin. Quand on repart, en repassant par la Wallifornia Beach, on ne s'étonne même plus de tomber sur une fanfare, reprenant du Laurent Garnier : ce sont les Allemands de la Meute, qui pétaradent de la techno en mode big band. Une dernière bizarrerie au bout d'une soirée que le foot aura fait basculer dans une douce euphorie.