Jamais deux sans trois. Pour sa 15e édition, le festival Esperanzah! accueillera à nouveau Manu Chao. Après être passé par l'abbaye de Floreffe en 2007 et en 2014, le chanteur alter reviendra actionner la pompe ska-punk-chanson. S'il le fallait encore, sa participation vient également souligner l'engagement de l'événement.

Lancé en 2002, Esperanzah! a dès le départ vu plus loin que la musique. Quatorze ans plus tard, il maintient le cap. Combiner idéaux et succès public n'est pourtant pas simple. Un festival engagé peut-il par exemple le rester en grandissant? En la matière, il faut bien avouer qu'Esperanzah! reste l'une des références du genre. Jerôme Van Ruychevelt est responsable de l'action associative: "On essaie de faire en sorte qu'Esperanzah! soit d'abord un festival engagé, qui considère la musique comme un facteur d'émancipation et de transformation sociale. Ce qui implique de susciter des débats mais sans que cela empêche la pure création artistique."

C'est bien là que se joue le délicat exercice d'équilibrisme: réussir à concocter une affiche compatible avec les valeurs du festival. Jusqu'à quel point, par exemple, un artiste doit-il être lui-même "engagé" pour intégrer l'affiche?"Pour certains, c'est évident, à l'image de Smockey (dans son pays, l'artiste burkinabé a lancé le mouvement le Balais citoyen, qui a participé en 2014 au soulèvement populaire qui a chassé le président Compaoré, NDLR). Mais il y a également toute une série d'artistes qui sont d'abord et avant tout investis dans leur musique. En cela, la manière de faire compte aussi beaucoup."On pense par exemple aux Français d'Odezenne, adeptes de la méthode DIY. "Après, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas l'un ou l'autre nom qui travaille avec une grosse major." En d'autres mots: "Même si on vise la cohérence maximale, c'est difficile de l'être à 100 %."

Car l'affiche reste bien le nerf de la guerre. "Pour la plupart des visiteurs, la musique continue en effet à être le facteur le plus important", admet par exemple Hendrik Vermeersch, le directeur de Manifiesta, organisé depuis 2010 à Bredene, par La médecine pour le peuple et Solidaire, le magazine du PTB (Parti du Travail de Belgique). En septembre prochain, l'événement côtier a notamment invité Asian Dub Foundation, Kery James, ou... Manu Chao. "Mais aussi quelqu'un comme Sttellla, dont on ne peut pas dire qu'il fasse une musique très engagée. Par contre, il est populaire."

Trois semaines plus tôt, c'est Solidaris, la mutualité socialiste, qui organise son festival à la Citadelle de Namur. Ici, le programme affiche encore moins nettement ses couleurs. Souchon/Voulzy, Alain Chamfort, ou Louise Attaque: on pourrait presque se croire aux Francos de Spa... En fait, le modèle est clair. Il s'agit, comme pour Manifiesta d'ailleurs, de s'inspirer du succès de la Fête de l'Humanité française (organisée par le parti communiste). A la Fête de l'Huma, sont ainsi attendus des artistes comme les Chemical Brothers, Lauryn Hill ou Polnareff. Pas sûr qu'ils entameront l'Internationale...

Le débat est ouvert

Si l'engagement ne se marque pas toujours directement sur l'affiche, les festivals se rattrapent par ailleurs. A Manifiesta, "quelque 150 organisations auront leur stand. Une trentaine de débats sont également prévus", précise Hendrik Vermeersch. Parmi les invités, Aleida Guevara, la fille aînée du Che...

A Esperanzah!, c'est le Village des possibles qui regroupe les associations. Pas question toutefois de proposer une simple foire aux ONG. Jerôme Van Ruychevelt: "C'est tout ce qu'on essaie d'éviter." Entre janvier et juillet, les structures sélectionnées se retrouvent ainsi à cinq reprises pour travailler une même thématique -cette année, les traités de libre échange (TTIP et CETA) et l'accueil des réfugiés.

Le village des possibles, Elodie Houssiere
Le village des possibles © Elodie Houssiere

En 15 ans, le festival a forcément évolué. "Au départ, Esperanzah! était fort axé sur les relations Nord/Sud et l'aide au développement. Nous étions d'ailleurs vus comme un festival world. Petit à petit, on a relevé le curseur, en se focalisant toujours sur les inégalités, mais en montrant que des actions concrètes pouvaient également être menées au Nord." C'est ainsi que le festival a commencé à soutenir plus franchement les initiatives locales liées au mouvement de transition (des repair cafés aux financements alternatifs, etc).

Au final, l'objectif est bien de "réenchanter le politique", mais "en sortant des paroles d'expert". La quadrature du cercle? A Esperanzah!, l'équipe du festival a produit pour la première fois cette année un court métrage de fiction, intitulé Diversion, pour "mobiliser contre le TTIP". Une manière plus sexy et efficace de sensibiliser les opinions qu'un long discours. A côté des animations et débats, Diversion sera projeté en même temps que d'autres films engagés. Y compris des "blockbusters" comme Demain ou Merci patron!

Le film de François Ruffin sera d'ailleurs aussi diffusé aux Solidarités et à Manifiesta... A se demander finalement si le créneau "festival engagé" ne génère pas sa propre concurrence. Hendrik Vermeersch de Manifiesta: "Non, je ne crois pas. Aujourd'hui, notre plus gros souci est plutôt de gérer la croissance d'un événement qui attire de plus en plus de monde." Manifiesta aura d'ailleurs un stand aux Solidarités namuroises. Même son de cloche du côté d'Esperanzah!: "On a des collaborations avec Manifiesta ou le Sfinks à Anvers. Plutôt que de se tirer dans les pattes, l'objectif est de mutualiser les forces."

ESPERANZAH!, DU 5 AU 7/08, À L'ABBAYE DE FLOREFFE. WWW.ESPERANZAH.BE EGALEMENT LES SOLIDARITÉS, LES 27 ET 28/08, À LA CITADELLE DE NAMUR (WWW.LAFETEDESSOLIDARITES.BE); MANIFIESTA, DU 16 AU 18/09, À BREDENE (WWW.MANIFIESTA.BE)

Jamais deux sans trois. Pour sa 15e édition, le festival Esperanzah! accueillera à nouveau Manu Chao. Après être passé par l'abbaye de Floreffe en 2007 et en 2014, le chanteur alter reviendra actionner la pompe ska-punk-chanson. S'il le fallait encore, sa participation vient également souligner l'engagement de l'événement. Lancé en 2002, Esperanzah! a dès le départ vu plus loin que la musique. Quatorze ans plus tard, il maintient le cap. Combiner idéaux et succès public n'est pourtant pas simple. Un festival engagé peut-il par exemple le rester en grandissant? En la matière, il faut bien avouer qu'Esperanzah! reste l'une des références du genre. Jerôme Van Ruychevelt est responsable de l'action associative: "On essaie de faire en sorte qu'Esperanzah! soit d'abord un festival engagé, qui considère la musique comme un facteur d'émancipation et de transformation sociale. Ce qui implique de susciter des débats mais sans que cela empêche la pure création artistique." C'est bien là que se joue le délicat exercice d'équilibrisme: réussir à concocter une affiche compatible avec les valeurs du festival. Jusqu'à quel point, par exemple, un artiste doit-il être lui-même "engagé" pour intégrer l'affiche?"Pour certains, c'est évident, à l'image de Smockey (dans son pays, l'artiste burkinabé a lancé le mouvement le Balais citoyen, qui a participé en 2014 au soulèvement populaire qui a chassé le président Compaoré, NDLR). Mais il y a également toute une série d'artistes qui sont d'abord et avant tout investis dans leur musique. En cela, la manière de faire compte aussi beaucoup."On pense par exemple aux Français d'Odezenne, adeptes de la méthode DIY. "Après, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas l'un ou l'autre nom qui travaille avec une grosse major." En d'autres mots: "Même si on vise la cohérence maximale, c'est difficile de l'être à 100 %." Car l'affiche reste bien le nerf de la guerre. "Pour la plupart des visiteurs, la musique continue en effet à être le facteur le plus important", admet par exemple Hendrik Vermeersch, le directeur de Manifiesta, organisé depuis 2010 à Bredene, par La médecine pour le peuple et Solidaire, le magazine du PTB (Parti du Travail de Belgique). En septembre prochain, l'événement côtier a notamment invité Asian Dub Foundation, Kery James, ou... Manu Chao. "Mais aussi quelqu'un comme Sttellla, dont on ne peut pas dire qu'il fasse une musique très engagée. Par contre, il est populaire." Trois semaines plus tôt, c'est Solidaris, la mutualité socialiste, qui organise son festival à la Citadelle de Namur. Ici, le programme affiche encore moins nettement ses couleurs. Souchon/Voulzy, Alain Chamfort, ou Louise Attaque: on pourrait presque se croire aux Francos de Spa... En fait, le modèle est clair. Il s'agit, comme pour Manifiesta d'ailleurs, de s'inspirer du succès de la Fête de l'Humanité française (organisée par le parti communiste). A la Fête de l'Huma, sont ainsi attendus des artistes comme les Chemical Brothers, Lauryn Hill ou Polnareff. Pas sûr qu'ils entameront l'Internationale... Si l'engagement ne se marque pas toujours directement sur l'affiche, les festivals se rattrapent par ailleurs. A Manifiesta, "quelque 150 organisations auront leur stand. Une trentaine de débats sont également prévus", précise Hendrik Vermeersch. Parmi les invités, Aleida Guevara, la fille aînée du Che... A Esperanzah!, c'est le Village des possibles qui regroupe les associations. Pas question toutefois de proposer une simple foire aux ONG. Jerôme Van Ruychevelt: "C'est tout ce qu'on essaie d'éviter." Entre janvier et juillet, les structures sélectionnées se retrouvent ainsi à cinq reprises pour travailler une même thématique -cette année, les traités de libre échange (TTIP et CETA) et l'accueil des réfugiés.En 15 ans, le festival a forcément évolué. "Au départ, Esperanzah! était fort axé sur les relations Nord/Sud et l'aide au développement. Nous étions d'ailleurs vus comme un festival world. Petit à petit, on a relevé le curseur, en se focalisant toujours sur les inégalités, mais en montrant que des actions concrètes pouvaient également être menées au Nord." C'est ainsi que le festival a commencé à soutenir plus franchement les initiatives locales liées au mouvement de transition (des repair cafés aux financements alternatifs, etc). Au final, l'objectif est bien de "réenchanter le politique", mais "en sortant des paroles d'expert". La quadrature du cercle? A Esperanzah!, l'équipe du festival a produit pour la première fois cette année un court métrage de fiction, intitulé Diversion, pour "mobiliser contre le TTIP". Une manière plus sexy et efficace de sensibiliser les opinions qu'un long discours. A côté des animations et débats, Diversion sera projeté en même temps que d'autres films engagés. Y compris des "blockbusters" comme Demain ou Merci patron! Le film de François Ruffin sera d'ailleurs aussi diffusé aux Solidarités et à Manifiesta... A se demander finalement si le créneau "festival engagé" ne génère pas sa propre concurrence. Hendrik Vermeersch de Manifiesta: "Non, je ne crois pas. Aujourd'hui, notre plus gros souci est plutôt de gérer la croissance d'un événement qui attire de plus en plus de monde." Manifiesta aura d'ailleurs un stand aux Solidarités namuroises. Même son de cloche du côté d'Esperanzah!: "On a des collaborations avec Manifiesta ou le Sfinks à Anvers. Plutôt que de se tirer dans les pattes, l'objectif est de mutualiser les forces."