Un box historique des Allemands proto-kraut Harmonia, un autre plus massif encore de dix plaques de Tuxedomoon, les quatre premiers Peter Gabriel, et puis des vieux belges comme La Muerte live à l'AB et le bien nommé Aksak Maboul, sans oublier de multiples BO vintage à la Morricone: toutes sorties récentes exclusivement, en vinyles 180 grammes. Aujourd'hui, on sait la rondelle en plastique sortie du trou noir dans lequel l'a plongée le CD il y a 30 ans: en 2014, le magazine Billboard estime que ses ventes représentent 6% des supports physiques -hors digital donc- du marché américain. Ce chiffre comparable ailleurs, de moins en moins anecdotique, permet de reconsidérer le LP comme produit industriel exploitable. D'autant que, selon le même magazine US, 75% des ventes de 33 Tours se fait auprès des moins de 35 ans, loin d'un revival de quasi-pensionnés rebobinant leur jeunesse. S'il n'existe aucun chiffre sur la tranche du mini-marché vinyl only, par contre, intentions et fantasmes y affluent.
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Un box historique des Allemands proto-kraut Harmonia, un autre plus massif encore de dix plaques de Tuxedomoon, les quatre premiers Peter Gabriel, et puis des vieux belges comme La Muerte live à l'AB et le bien nommé Aksak Maboul, sans oublier de multiples BO vintage à la Morricone: toutes sorties récentes exclusivement, en vinyles 180 grammes. Aujourd'hui, on sait la rondelle en plastique sortie du trou noir dans lequel l'a plongée le CD il y a 30 ans: en 2014, le magazine Billboard estime que ses ventes représentent 6% des supports physiques -hors digital donc- du marché américain. Ce chiffre comparable ailleurs, de moins en moins anecdotique, permet de reconsidérer le LP comme produit industriel exploitable. D'autant que, selon le même magazine US, 75% des ventes de 33 Tours se fait auprès des moins de 35 ans, loin d'un revival de quasi-pensionnés rebobinant leur jeunesse. S'il n'existe aucun chiffre sur la tranche du mini-marché vinyl only, par contre, intentions et fantasmes y affluent. "Fabriquer du vinyle, ce n'était pas possible il y a 20 ans lorsque La Muerte s'est arrêté: il était devenu irréalisable de le produire à un prix qui ne soit pas exorbitant." Didier, guitariste des fameux bruitistes bruxellois, parle de la sortie vinyl only d'Evil, double live traumatique bouclé le 7 mars dernier à l'Ancienne Belgique (lire notre critique). "Personnellement, je ne voyais pas l'utilité de rajouter un CD de plus à notre parcours", précise le ketje bruxellois qui reçoit son tourne-disques inaugural à l'âge de 6 ans "pour la première communion" et enfile assez vite les 45 Tours de Dutronc. De cette madeleine bienfaitrice, Didier Moens tirera une attirance prégnante pour le non-digital, assez conforme à l'esthétique de La Muerte, organe de blues, série B, psychobilly et Easy Rider bruxellisés. Pas trop dans la graisse numérique donc. "Il y avait tout à coup la volonté de faire la totale: double album à 180 grammes, vinyle coloré, double gatefold, pour un objet qui doit bien peser ses 700 grammes, les pochettes intérieures étant aussi lourdes que les extérieures." L'objet comme métaphore de la musique: heavy et référentiel. Sur ce, la rencontre du jeune label bruxellois Mottow Soundz et de son patron suédois, Mathias Widtskiold, ouvre les portes naturelles du 33 Tours par minute. L'enregistrement réalisé par le matos digital de l'AB via des pré-amplis de marque Euphonic "d'un excellent rapport signal/bruit" est remixé en 48 heures fissa par Didier. "Mixé on the fly, morceau par morceau comme si on était en concert, avec juste quelques effets analogiques." Le musicien ne dément pas un goût avancé pour une sortie de disque qui est aussi un "geste artistique". Le deal global implique d'aller embarquer quelques centaines d'exemplaires -700 seront pressés- dans la seule usine belge qui vinylise encore, à Herk-de-Stad, riante commune du fond du Limbourg. Le mastering, réalisé chez Alan Douches à New York -"un des dix ou vingt meilleurs au monde"-, inclut les versions vinyle -forcément- mais aussi 24 bits download, inclus au double LP, et même CD. "Ce qui nous permettra de réaliser ce format-là quand on le voudra." Rien n'est moins obligatoire. "On fait des éditions vinyles parce que c'est à la mode: il grappille des parts de marché et les gens achètent l'objet, même s'ils ne l'écoutent pas forcément, se contentant souvent de downloader le lien numérique qui, chez nous, accompagne obligatoirement le LP." Marc Hollander, patron de Crammed Discs, sent bien le vent du vinyle tourner favorablement -même dans un marché niche- mais rien ne l'oblige à faire du "only". C'est pourtant le cas de deux sorties automnales de cet indépendant bruxellois: un plantureux coffret titré The Vinyl Box de Tuxedomoon et la re-re-re-re-ressortie de Onze danses pour combattre la migraine d'Aksak Maboul. La démarche n'est pas seulement d'exhumer les souvenirs -Hollander était musicien-fondateur du Maboul- mais aussi d'avoir ce que Marc appelle joliment "cette coquetterie d'auteur qui consiste à s'emparer du droit au repentir". Au printemps 1977, Aksak Maboul, réalise donc ces Onze danses... sur Kamikaze, label épisodique de feu Marc Moulin. Hollander, Vincent Kenis -entre autres producteur de Konono, Staff Benda Bilili et Taraf de Haïdouks- plus quelques autres joyeux drilles commettent alors 18 titres élastiques, barrés et voyageurs. "On faisait du faux pygmée, du faux jazz, du faux tzigane, etc. Aussi parce qu'on n'était pas capables de reproduire ces musiques de façon idiomatique: on les tordait donc à notre manière, sans vouloir prétendre, par exemple, à devenir noirs. Un peu comme les actuels crate diggers qui synthétisent leur pioche..." Au fil des ans, ce disque de mini-culte ressort à cinq reprises sous pochettes et formats divers, mais cette fois-ci, Hollander va un pont plus loin, repartant du mix stéréo pour rajouter "un petit bout ici, en enlever un autre là-bas. Les 500 premiers exemplaires, avec trois bonus à downloader, sont partis très vite, on en est aux 500 suivants..." Tout cela dans un contexte où Aksak Maboul a (re)fait parler de lui en 2015 via la sortie de l'Ex-futur album, inédit entamé il y a plus de 30 ans. Prétexte à une tournée amenant une nouvelle génération de spectateurs même pas nés en 1977. Ce phénomène de ricochet joue aussi dans le cas du box de dix vinyles -dont un complet d'inédits- qui honore le parcours de Tuxedomoon. Groupe de San Francisco qui posa ses valises à Bruxelles début eighties avant une carrière multiple et géographiquement dispersée: aujourd'hui, les deux membres emblématiques, Blaine L. Reininger et Steven Brown, habitent respectivement Athènes et Oaxaca-Mexique. L'objet est superbe -avec livret soigné de photos-textes- et onéreux, 200 euros. Hollander: "Le coffret est tiré à quelques centaines d'exemplaires (il préfère taire le nombre exact, NDLR) donc il ne faut pas se planter et aller au-delà du point mort. Mais c'est la même démarche que pour notre box vinyles Congotronics, sorti en 2010: tiré à 1000 copies, il s'est quasi-intégralement vendu." Le vinyle en exclu comme témoin du temps qui passe, précieux donc. "Si tu fais un papier sur les sorties vinyl only, il va être court (sourire), parce qu'il y en a peu." Cette parole serait donc celle, sacrée, du commerce. Dédé est le patron de Caroline Music, magasin de disques emblématique de Bruxelles, aujourd'hui installé boulevard Anspach, pile face à l'Ancienne Belgique. Dans ce deux étages qui prospère parfois avec les visiteurs d'un soir -les fans anglais de New Order achetant généreusement avant le concert de l'AB-, le vinyle représente 60% du chiffre d'affaires. Vinyl only? Dédé démarre doucement sur le sujet en pensant à l'EP de Parquet Courts, Monastic Living, sorti ce 13 novembre. "On peut dire de manière générale que les majors sortent systématiquement toutes leurs productions en CD, vinyle ou pas vinyle. Donc, le trip de l'album sans sortie CD est presque toujours le fait de petits labels, d'indépendants et, le plus souvent, de rééditions." Mais la visite au rayon LP n'est pas si pauvre. "Il y a un véritable phénomène de ressortie en exclusivité LP pour les BO de films, assez souvent en versions vinyle colorisé: c'est le cas pour les musiques d'Ennio Morricone." Voire de préhistoriques belges, comme Burning Plague, auteur d'un premier album éponyme de hard-blues en 1970. Réédition en vinyle uniquement pour 23,50 euros. Commerce donc? A 300 mètres de Caroline, sur le même boulevard Anspach, Jean-Pierre vend du vinyle vintage depuis des lustres chez Juke Box. La réédition du vieux Burning Plague ne l'impressionne nullement: "Réédition ou pas, cela ne change rien au désir des puristes d'avoir le disque original. On n'en a pas d'exemplaire pour l'instant mais, en état impeccable, il doit valoir 220 boules, et le marché ne faiblit pas."