1. ÉDITH PIAF: L'HOMME À LA MOTO (1956)

Wikipedia considère toujours comme "douteuse" l'information selon laquelle Edith Piaf aurait été la première à chanter du rock & roll en français et je suppose que certains d'entre vous trouveront aussi "douteux" que je puisse considérer ce classique comme étant au fond assez mauvais. Avant de me lyncher, écoutez donc l'original, ce Black Denim Trousers & Motorcycle Boots composé un an auparavant par Jerry Leiber et Mike Stoller pour The Cheers. N'est-il pas musicalement plus riche, plus virevoltant, plus entraînant, moins écrasé par le texte? Après, histoire d'enfoncer le clou, on peut aussi rappeler que ce fut un très gros succès aux États-Unis alors que passé assez inaperçu en France. Autrement dit, Édith Piaf n'est peut-être pas vraiment une pionnière du rock en français mais elle fut assurément parmi les premières à pratiquer ce procédé très yéyé consistant à sortir une version francophone d'un tube étranger avant même que la chanson en question ne soit connue sous nos latitudes. Bref, Les Portes du pénitencier et autres Ma biche pourraient d...

Wikipedia considère toujours comme "douteuse" l'information selon laquelle Edith Piaf aurait été la première à chanter du rock & roll en français et je suppose que certains d'entre vous trouveront aussi "douteux" que je puisse considérer ce classique comme étant au fond assez mauvais. Avant de me lyncher, écoutez donc l'original, ce Black Denim Trousers & Motorcycle Boots composé un an auparavant par Jerry Leiber et Mike Stoller pour The Cheers. N'est-il pas musicalement plus riche, plus virevoltant, plus entraînant, moins écrasé par le texte? Après, histoire d'enfoncer le clou, on peut aussi rappeler que ce fut un très gros succès aux États-Unis alors que passé assez inaperçu en France. Autrement dit, Édith Piaf n'est peut-être pas vraiment une pionnière du rock en français mais elle fut assurément parmi les premières à pratiquer ce procédé très yéyé consistant à sortir une version francophone d'un tube étranger avant même que la chanson en question ne soit connue sous nos latitudes. Bref, Les Portes du pénitencier et autres Ma biche pourraient devoir beaucoup à cet Homme à la Moto. Ce qui n'est pas forcément pétaradant. Green is the new yellow sur cette version plutôt patachonne du célèbre tube des 4 garçons dans le vent, à l'époque tous en milieu de vingtaine. Maurice Chevalier, lui, avait par contre déjà 78 ans. Mais toujours la diction impeccable. "C'est le branle-bas. Ça remue, hein, héhé. Ça chauffe." Crac boum hue, Maurice? Aussi emblématique de la Bretagne qu'un ciré jaune et une indigestion de fruits de mer, Gilles Servat reprend en 1996 le classique irlandais composé en 1949 par Ewan McColl et ensuite rendu ultra-populaire par les Dubliners et, surtout, par les Pogues. Résultat des courses: accrochez-vous au whisky, on retire la patate. Reste que d'un point de vue strictement phonétique, on peut dire que la partie en français est plus agréable à l'oreille que le premier couplet en anglais, isn't it? Quoi qu'il en soit, les dents de Shane McGowan font probablement du 3000 tours/minute dans l'Astral à l'écoute de ceci. Jean Schultheis et Claude Puterflam n'ont peut-être l'air que de ringards rigolos sur cette version frenchie punky glam du fabuleux Wild Thing des Troggs mais ce sont en réalité deux légendes du showbizz français comme les affectionnent l'excellent magazine Schnock. Comptez sur eux, pas sur moi, pour vous en raconter les longues histoires; mêlant entre beaucoup d'autres Michel Berger et Daft Punk, Jacques Martin et Génération Écologie. Ce qui n'excuse en rien cette chose effectivement bien molle. Ringo, l'ex-mari de Sheila, un type qui a collectionné quelques tubes, quelques bides et quelques polémiques (notamment accusé de "racisme anti-arabe" par Nagui et filmé en train de repousser assez violemment une manifestante durant un playback) reprend ici le fameux Video Killed the Radio Stars des Buggles. Ça s'est fait fissa, l'original n'étant sorti que quelques semaines auparavant. On peut dire que cela s'entend. Pour rappel, à la même époque Sheila enregistrait avec Chic un album disco éventuellement bon (quand elle s'y tait, du moins) et sortait Spacer, tube plutôt élégant. Bref, en 1980, Sheila flirtait avec la grâce. Ce qui ne l'empêche pas cette même année de concasser le Psycho Killer des Talking Heads. Ceci dit, c'est encore rigolo. Et surtout moins pénible que la version de Peter Gabriel de Listening Wind (en anglais, cette fois), autre assassinat en règle d'un sublime classique du premier groupe (connu) de David Byrne. Profitons-en pour rappeler qu'en 1980 toujours, cartonnait surtout une autre reprise de Psycho Killer. Celle avec les poules.Régine, que certains (dont moi) estiment probablement être la première DJ de l'histoire, a quasi cinquante balais quand elle s'approprie cette traduction relativement fidèle du I Will Survive de Gloria Gaynor très récemment sorti. La "Reine de la Nuit" se montre plutôt roublarde à l'exercice, mais comme dit un certain Olivier L dans les commentaires YouTube sous la vidéo, "quand tu auras une carrière artistique comme cette dame tu pourras ouvrir ta bouche!" OK, Olivier... On peut même concéder sans rougir que c'est meilleur que la version de Crazy Frog et plus poignant en vilaine robe à fleurs que dans un stade de foot. Alors, c'est très simple, Sylvie: sweet dreams are REALLY NOT made of this. Bonus: La chanson en français de Flashdance, toujours par celle que Laeticia Hallyday, fille de son ex le plus célèbre, surnommerait "Margaret Thatcher". C'est bête mais c'est comme ça: Frank Alamo doit la majorité des hauts de sa carrière à des adaptations aussi francophones que douteuses de tubes anglo-saxons. Même Ma biche, son plus gros succès, est une reprise (de Sweet for My Sweet de Vline Buggy). Reste que transformer le très troublant et ouateux Days of Pearly Spencer de David McWilliams en stomp quasi amphétaminé reste un grand moment de sa collection de flops. Peut-être qu'un jour, un film ou une série rendra quoi qu'il en soit cette version très sympathique. Ce qui est déjà arrivé avec Heureux tous les deux, sa vampirisation du Happy Together des Turtles placée sur une scène très amusante de Get Him to the Greek, la comédie camée avec Jonah Hill et Russell Brand sortie en 2010. Is it me you're looking for? Non, Mireille. Raccrochez, c'est une erreur.