Bruxelles, côté Flagey. Une fin de journée un peu pressée, coincée entre boulot et obligations familiales. La fenêtre de tir est d'une heure. Pas de trop pour balayer le parcours de Geoffroy "Mugwump" Dewandeler -un album à peine, le tout frais tout beau Unspell, mais déjà toute une vie de DJ/producteur/clubber derrière lui...

L'intéressé arrive le pas élastique, la veste de training à bandes. Moins hipster que "likely lad" à la bruxelloise. "Je viens de faire pas mal d'interviews pour l'Angleterre. On a le support d'Andrew Weatherall là-bas. Du coup, ça amène les médias..."De quoi lui parlent les journalistes britons? "Pas mal du Boccaccio, de la new beat... Normal: les influences de l'album reprennent vachement ça. Puis étant belge, et DJ depuis 20 ans..."

Mugwump, c'est en effet une certaine histoire du sound of Belgium. Elle a commencé tôt. Né en 72, Geoffroy est ado dans les glorieuses années 80. "Je devais avoir quatorze, quinze ans quand j'ai commencé à sortir régulièrement à la Gaîté." L'ancien théâtre-cabaret est alors un des endroits phares de la nuit belge proto-new beat. "Je baratinais, je disais que j'allais dormir chez un pote. Puis mes parents étaient assez à l'aise. Ils venaient même parfois me chercher à 3 h, à la sortie des boîtes." A la Gaîté, le gamin est fasciné par les sets du DJ résident, Eric Beysens, qui balaie large, de James Brown à Steve Reich. "J'étais super fan. On est devenus potes. Il me faisait rentrer au Mirano", l'autre spot incontournable des noctambules de la capitale.

A la maison, Geoffroy collectionne déjà les disques. Une habitude familiale. "Mes parents tenaient un café, place Sainte-Catherine. Il y avait un juke-box, et chaque vendredi, je faisais les disquaires avec ma mère, rue de Flandres. Je devais avoir six, sept ans. Quand j'en ai eu dix, elle a commencé à m'en filer systématiquement. C'est comme ça que j'ai entamé ma première collection." Dans les cartons, il y a les Smiths -passion d'une vie-, du post-punk, de la pop électronique, puis "des trucs comme Proganda, Front 242"... Des synthés, des machines, quelques relents de new wave: on sait ce que cela va donner une fois passé dans la matrix anxiogène belge du milieu des années 80: la déferlante new beat. "Je me la suis prise en pleine gueule." Bientôt, Geoffroy trouve la route de Destelbergen et du Boccaccio. 24 hour party people... "Il y avait ici une vraie culture de masse des musiques électroniques, qui n'existait pas ailleurs. Ni en Allemagne, où c'est venu plus tard, ni même en Angleterre, qui est restée longtemps braquée sur la scène funk-northern soul."

Si le club gantois devient un temple du groove des machines, la Mecque se trouve plus au sud. En 91, Mugwump met pour la première fois les pieds à Ibiza. Soleil, fêtes, musiques, etc... "La folie..." Il revient l'été suivant. En 93, il prend carrément ses caisses de disques avec lui. Il y joue quasi deux saisons. Au milieu de la dernière, il reçoit un appel de Frank Verdrengh, qui veut lancer les soirées Food, au Silo, à Louvain. "Il aimait la même musique que moi, me donnait carte blanche. Je ne pouvais pas refuser." L'aventure durera de 96 à 2004. Les soirées deep house du Food étant régulièrement citées comme les meilleures d'Europe, le nom de Geoffroy passe en Champion's league. Pour SSR ("Sampler et sans reproche", l'éphémère label électronique de Crammed), il sort même une série de compilations, intitulée Moving House.

En musiques électroniques, encore bien plus qu'ailleurs, la roue tourne cependant vite. Le Food était né en réaction aux dérives putassières de la new beat. Au début des années 2000, il est lui-même bousculé par la montée de la turbine fluo et de l'electroclash... Geoffroy a alors la trentaine. "Trop tard pour faire demi-tour." Il a passé la décennie précédente à bouffer des disques, se constituer une (énorme) culture musicale, à apprendre aussi à "lire un public"... Bref à devenir ce qu'il appelle un "DJ accompli". Il est temps de passer à l'étape suivante. "Après le Food? J'ai commencé à faire de la musique." Une série de maxis voient le jour (au hasard, Boutade, l'un de ses plus fameux). Et forcément vient à un moment l'idée, soufflée dès 2009 par le label allemand Kompakt, de se pencher sur la réalisation d'un album...

Left is right

Aujourd'hui, une semaine après avoir fêté les quatre ans des soirées Leftorium qu'il manigance avec Prince Off ("a coherent and non-purist mix of cool & modern dance music"), Mugwump sort enfin Unspell (finalement sous l'étiquette K7!). L'idée? "Surtout ne pas proposer une collection de dix maxis." Confirmation de Kolombo, DJ rencontré à l'époque du Food et ingénieur du son du disque: "Pendant deux ans, tous les mercredis, Geoffroy est venu chez moi, en train, à Namur, pour bosser. Il amenait des bouts de samples, des disques, et on testait des choses. Il voulait un véritable album, qui ne soit pas périmé après six mois."

Loin du prêt-à-danser pour clubs, Unspell bouge donc au ralenti. Esprit new beat, es-tu là? Oui, mais en version 2.0, dans une vision "ballearic" et métissée des styles. Avec des relents de post-punk, de pop, de funk, de kraut (encore davantage présents dans la version scénique plus tranchante que Mugwump et son groupe ont commencé à étrenner)... "Ce qui m'a toujours séduit, c'est le mélange des genres.""Geoffroy est un passionné, un vrai music lover", dixit Sami "Morpheus" Birnbach. Le chanteur de Minimal Compact, groupe post-punk culte des années 80, est l'un des nombreux invités du disque. "J'ai connu Geoffroy comme vendeur chez US Import. J'allais acheter mes disques chez lui, à l'époque où j'étais directeur artistique du label SSR." Sur Unspell, le bidouilleur des cultissimes compilations Freezone reprend le Breakdown de Snowy Red. "Un morceau fétiche du temps du Boccaccio." Ce qui s'appelle boucler la boucle...

MUGWUMP, UNSPELL, DISTR. SUBFIELD/K7!. EN CONCERT NOTAMMENT LE 03/04, AU BEURSSCHOUWBURG, À BRUXELLES.

Bruxelles, côté Flagey. Une fin de journée un peu pressée, coincée entre boulot et obligations familiales. La fenêtre de tir est d'une heure. Pas de trop pour balayer le parcours de Geoffroy "Mugwump" Dewandeler -un album à peine, le tout frais tout beau Unspell, mais déjà toute une vie de DJ/producteur/clubber derrière lui... L'intéressé arrive le pas élastique, la veste de training à bandes. Moins hipster que "likely lad" à la bruxelloise. "Je viens de faire pas mal d'interviews pour l'Angleterre. On a le support d'Andrew Weatherall là-bas. Du coup, ça amène les médias..."De quoi lui parlent les journalistes britons? "Pas mal du Boccaccio, de la new beat... Normal: les influences de l'album reprennent vachement ça. Puis étant belge, et DJ depuis 20 ans..." Mugwump, c'est en effet une certaine histoire du sound of Belgium. Elle a commencé tôt. Né en 72, Geoffroy est ado dans les glorieuses années 80. "Je devais avoir quatorze, quinze ans quand j'ai commencé à sortir régulièrement à la Gaîté." L'ancien théâtre-cabaret est alors un des endroits phares de la nuit belge proto-new beat. "Je baratinais, je disais que j'allais dormir chez un pote. Puis mes parents étaient assez à l'aise. Ils venaient même parfois me chercher à 3 h, à la sortie des boîtes." A la Gaîté, le gamin est fasciné par les sets du DJ résident, Eric Beysens, qui balaie large, de James Brown à Steve Reich. "J'étais super fan. On est devenus potes. Il me faisait rentrer au Mirano", l'autre spot incontournable des noctambules de la capitale. A la maison, Geoffroy collectionne déjà les disques. Une habitude familiale. "Mes parents tenaient un café, place Sainte-Catherine. Il y avait un juke-box, et chaque vendredi, je faisais les disquaires avec ma mère, rue de Flandres. Je devais avoir six, sept ans. Quand j'en ai eu dix, elle a commencé à m'en filer systématiquement. C'est comme ça que j'ai entamé ma première collection." Dans les cartons, il y a les Smiths -passion d'une vie-, du post-punk, de la pop électronique, puis "des trucs comme Proganda, Front 242"... Des synthés, des machines, quelques relents de new wave: on sait ce que cela va donner une fois passé dans la matrix anxiogène belge du milieu des années 80: la déferlante new beat. "Je me la suis prise en pleine gueule." Bientôt, Geoffroy trouve la route de Destelbergen et du Boccaccio. 24 hour party people... "Il y avait ici une vraie culture de masse des musiques électroniques, qui n'existait pas ailleurs. Ni en Allemagne, où c'est venu plus tard, ni même en Angleterre, qui est restée longtemps braquée sur la scène funk-northern soul."Si le club gantois devient un temple du groove des machines, la Mecque se trouve plus au sud. En 91, Mugwump met pour la première fois les pieds à Ibiza. Soleil, fêtes, musiques, etc... "La folie..." Il revient l'été suivant. En 93, il prend carrément ses caisses de disques avec lui. Il y joue quasi deux saisons. Au milieu de la dernière, il reçoit un appel de Frank Verdrengh, qui veut lancer les soirées Food, au Silo, à Louvain. "Il aimait la même musique que moi, me donnait carte blanche. Je ne pouvais pas refuser." L'aventure durera de 96 à 2004. Les soirées deep house du Food étant régulièrement citées comme les meilleures d'Europe, le nom de Geoffroy passe en Champion's league. Pour SSR ("Sampler et sans reproche", l'éphémère label électronique de Crammed), il sort même une série de compilations, intitulée Moving House. En musiques électroniques, encore bien plus qu'ailleurs, la roue tourne cependant vite. Le Food était né en réaction aux dérives putassières de la new beat. Au début des années 2000, il est lui-même bousculé par la montée de la turbine fluo et de l'electroclash... Geoffroy a alors la trentaine. "Trop tard pour faire demi-tour." Il a passé la décennie précédente à bouffer des disques, se constituer une (énorme) culture musicale, à apprendre aussi à "lire un public"... Bref à devenir ce qu'il appelle un "DJ accompli". Il est temps de passer à l'étape suivante. "Après le Food? J'ai commencé à faire de la musique." Une série de maxis voient le jour (au hasard, Boutade, l'un de ses plus fameux). Et forcément vient à un moment l'idée, soufflée dès 2009 par le label allemand Kompakt, de se pencher sur la réalisation d'un album... Aujourd'hui, une semaine après avoir fêté les quatre ans des soirées Leftorium qu'il manigance avec Prince Off ("a coherent and non-purist mix of cool & modern dance music"), Mugwump sort enfin Unspell (finalement sous l'étiquette K7!). L'idée? "Surtout ne pas proposer une collection de dix maxis." Confirmation de Kolombo, DJ rencontré à l'époque du Food et ingénieur du son du disque: "Pendant deux ans, tous les mercredis, Geoffroy est venu chez moi, en train, à Namur, pour bosser. Il amenait des bouts de samples, des disques, et on testait des choses. Il voulait un véritable album, qui ne soit pas périmé après six mois."Loin du prêt-à-danser pour clubs, Unspell bouge donc au ralenti. Esprit new beat, es-tu là? Oui, mais en version 2.0, dans une vision "ballearic" et métissée des styles. Avec des relents de post-punk, de pop, de funk, de kraut (encore davantage présents dans la version scénique plus tranchante que Mugwump et son groupe ont commencé à étrenner)... "Ce qui m'a toujours séduit, c'est le mélange des genres.""Geoffroy est un passionné, un vrai music lover", dixit Sami "Morpheus" Birnbach. Le chanteur de Minimal Compact, groupe post-punk culte des années 80, est l'un des nombreux invités du disque. "J'ai connu Geoffroy comme vendeur chez US Import. J'allais acheter mes disques chez lui, à l'époque où j'étais directeur artistique du label SSR." Sur Unspell, le bidouilleur des cultissimes compilations Freezone reprend le Breakdown de Snowy Red. "Un morceau fétiche du temps du Boccaccio." Ce qui s'appelle boucler la boucle...